Un adieu douloureux

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  • Ce sujet contient 14 réponses, 13 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Spankettegirl, le il y a 2 mois.
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  • #68475
    CoDée
    Participant


    -Est-ce vraiment ce que tu veux ?

    Elle le fixe dans les yeux, elle ne craint plus de planter son regard dans le sien. C’est du passé ça. Maintenant elle est prête à lui dire ce qu’elle veut. Ce qu’elle désire. Ce qu’elle attend de lui. Parce qu’elle sait très bien que si ce n’est pas maintenant qu’elle le fait, il n’y aura plus jamais d’occasion possible.

    -C’est ce que je veux. Vraiment.

    -Tu n’as pas oublié ton safeword ?

    Elle balaie la remarque d’un geste de la main.

    -Bien sûr que non.

    -Mais moi je veux être sûr que tu t’en souviennes. Redis-le moi.

    -Je vous dis que je m’en rappelle. Cela ne suffit pas ?

    -Dis-le. Maintenant. Comment veux-tu que je soie serein et que je te pousse bien au-delà de tes limites si je ne suis pas sûr que tu pourras me stopper quand cela sera trop insupportable ?

    Elle soupire, agacée. Elle ne veut pas le dire. Pas pour l’énerver mais parce qu’elle sait pertinemment qu’elle ne le dira pas. Elle lui a demandé de la corriger sans concession, sans ménager ses coups parce que c’est ce qu’elle veut. Libérer son esprit, oublier la souffrance de la rupture à venir, ne plus penser, ne plus être…

    -Si tu ne me le dis pas je ne le ferais pas. Et je ne parle même pas de ton insolence. Ne pas me répondre cela m’agace profondément !

    Elle se mord les lèvres. Oui il est vraiment en colère. Elle le sait, elle le voit dans ses yeux. Ce n’est pas cela qu’elle veut non plus. Qu’il soie fâché contre elle. Aussi elle se penche et lui glisse doucement à l’oreille le mot qu’ils avaient défini avant leur première rencontre et qu’elle n’a jamais utilisé.

    Se faisant ses lèvres effleurent sa joue, involontairement. Elle voudrait bien y déposer un baiser, voire même l’embrasser peut-être ? Mais jamais elle ne l’a fait et elle n’osera pas non plus cette fois là.

    Elle n’a pas le temps de se perdre dans ce sentiment de tendresse qui commence à l’envahir. A peine le mot entendu il l’écarte légèrement de lui et la gifle fortement à deux reprises.

    -Ça c’est pour ne pas m’avoir répondu dès que je te l’ai demandé.

    Malgré les gifles elle garde obstinément la tête droite, et elle le regarde fièrement.

    Il la fixe, un peu étonné de la voir si différente, si déterminée.

    Il sait, elle sait. Sans l’avoir dit ouvertement, que cette rencontre sera la dernière. Leur route se sépare. Alors toute cette journée est empreinte de cela. De cette mélancolie latente. D’une tristesse ambiante silencieuse, non dite, mais lourde. Parce qu’ils sont tous les deux liés par ce truc indéfinissable et si particulier. Cette relation extraconjugale intime, profonde, intense, qui ne se limite pas au partage des désirs et des fantasmes. Ils ne sont pas un couple mais ils sont plus que de simples partenaires. Aussi se dire que c’est fini, mettre un terme à ce lien, à leur histoire, cela ne peut être anodin. C’est forcément douloureux.

    Elle s’est estimée chanceuse déjà quand il a réussi à trouver cette journée à lui accorder. Clôturer leur relation sans s’être revus une dernière fois cela aurait-il été plus facile ? Moins douloureux ? Probablement que non parce que il y aurait toujours eu ce regret de : et si nous avions eu une dernière fois? Comment se serait-elle passée?

    Elle a la gorge nouée. Elle est comme absente. Elle sait qu’elle devrait profiter de ce moment. Mais elle a du mal à ne pas penser que chaque parole qu’il prononce, chaque geste qu’il fait, est peut-être le dernier…

     

    Plus tard dans le train elle repensera à chaque détail de cette journée.

    Quand il est venu la chercher à la gare, et qu’elle l’a aperçu en descendant du train…

    Comment il était habillé, les mouvements qu’il a faits, ce qu’il a dit…

    La disposition exacte de la chambre, la couleur des draps, la vue de la fenêtre…

    Aux positions qu’il lui a fait prendre, les ordres qu’elle a reçus…

    Les fessées, les coups de ceinture, de martinet, de brosse, de cravache qu’il lui a donnés…

    Ce moment où elle a fini malgré elle par laisser échapper quelques larmes. Mais il ne l’a pas remarqué, heureusement…

    Et ce fameux safeword qu’elle n’a jamais dit. Qu’elle n’a même jamais pensé à dire. Elle le savait, elle était prête. Elle ne le dirait pas. Elle encaisserait, elle subirait jusqu’à perdre le fil, jusqu’à perdre connaissance s’il le fallait, jusqu’à se perdre, jusqu’à ne plus exister. A n’être qu’une chose molle, gémissante, souffrante, douloureuse.

    Elle endurerait jusqu’à ce que son corps reflète, enfin, l’état de son cœur…

    Il se doutait bien sûr qu’elle ne le dirait pas ce mot, que ce serait à lui de savoir et de décider le moment où il faudrait cesser les coups.

    Quand il a annoncé que c’était fini, elle a enfoui son visage dans l’oreiller, a pris sur elle pour contrôler sa respiration, pour ne pas pleurer. Parce que cette fois cela voulait dire que c’était définitivement terminé. Et même si tout son corps était meurtri, douloureux, elle n’arrivait pas à l’accepter. C’était la dernière fois qu’il venait de la punir, la dernière position qu’il lui demanderait de prendre, le dernier coup qu’il venait de lui donner…

    Elle était restée quelques temps comme cela, dans la même position, à quatre pattes sur le lit, le visage enfoui dans les draps. Douloureuse, meurtrie, mais pas apaisée cette fois. Son cœur était trop lourd dans sa poitrine pour cela.

    Après lui avoir laissé un peu de temps pour se reprendre il était venu s’allonger près d’elle, en silence. Doucement il avait tendu la main pour dégager les cheveux collés sur son visage.  Alors elle avait enfin quitté sa position et était venue se blottir contre lui, dans ses bras, la tête posée sur sa poitrine. Et ils étaient restés longtemps,  comme cela, sans rien dire.

    C’est lui qui avait rompu le silence en disant :

    -Je ne te punirais plus aujourd’hui mais il y a autre chose que je veux faire de toi. Je suppose que tu t’en doutes.

    Elle le savait bien sûr. Elle espérait qu’il le dise. Elle n’aurait pas pu le demander. Elle n’aurait pas osé. Jamais elle n’avait osé d’ailleurs…

    Alors elle avait pu, une dernière fois, s’agenouiller devant lui, le prendre dans sa bouche, le faire frémir et recevoir en elle le fruit de sa jouissance…

    Avant qu’ils se séparent il l’avait prise aussi. Elle l’attendait ce moment, elle le voulait tellement. Qu’il la pénètre, qu’il la possède. Être à lui, une dernière fois…

     

    Le train continuait sa route, et même si le wagon était plein elle se sentait vide, seule, abandonnée. Une coquille vide. Autour d’elle les gens vivaient, riaient, parlaient, comme si de rien n’était. Pendant qu’elle repassait en boucle dans sa tête le déroulé de cette journée tout en essayant de trouver une position confortable dans son siège. Sur l’écran en face d’elle, était indiquée la durée avant son arrêt. Encore une heure. Une heure et ce serait fini. Complètement. Cette journée s’achèverait. Elle reprendrait sa voiture et rentrerait chez elle, retrouver sa famille qui ne saurait pas, qui ne comprendrait rien de sa tristesse, de sa mélancolie.

    Cela en serait fini de lui, de leur relation, de ce lien particulier mais si intense qu’ils avaient noué. Et la dernière image qu’elle aurait de lui, ce serait sa silhouette s’éloignant avant de disparaître dans cette gare où elle ne remettrait plus jamais les pieds…

    Elle n’avait pas pleuré quand il était parti, elle était comme tétanisée. Incapable de réagir. Tout juste avait-elle réussi à lâcher un timide au revoir, tant sa gorge était nouée.

    Elle ne le pas savait pas encore mais les larmes elle n’en manquerait pas par la suite. Quand la rupture serait officielle, qu’il lui confirmerait que c’était fini…

     

    Lorsque le train s’arrêta à son arrêt elle laissa tous les passagers sortir avant de se lever à son tour. Elle avait du mal à bouger, chaque mouvement étant douloureux. Il faut dire qu’il l’avait bien corrigée, bien marquée, profondément imprimé sur elle ce souvenir de lui sur sa peau. Ce souvenir éphémère qu’elle chérirait, qu’elle contemplerait. Et qu’elle regarderait tristement disparaître petit à petit jusqu’à ce qu’il ne reste sur elle plus aucune marque, plus aucun bleu, plus aucune trace.

    Plus rien.

    Plus rien de lui…

     

    #68476
    Lily Rose
    Participant


    Bonjour CoDée, quel beau récit, très bien écrit. On ressent toute la douleur, l’attachement à l’autre, de cette dernière fois. Je ne sais pas si c’est réel mais si c’est le cas, je sais que c’est facile à dire mais courage.

    #68477
    Yves
    Participant


    Que c’est difficile de se séparer de quelqu’un. Que d’émotions dans ton récit réel ou pas, on s’en fout car tous, on peu se reconnaitre dans ce que tu as écrit. Si c’est réel, je t’assure de tout mon soutien. Ton récit fais mal, il remue des choses parfois enfouies au plus profond de nous. Merci de ce partage.

    Mesdames, mesdemoiselles, mon propre plaisir passe par le vôtre

    #68490
    Miss Betty
    Participant


    Une grosse pensée pour toi et plein de courage pour ces moments difficiles.

    😘😘😘😘

     

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 3 mois et 3 semaines par Miss Betty.

    On a deux vies. La deuxième commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une !

    #68495
    Guruduth
    Participant


    très beau récit

     

    #68498
    CoDée
    Participant


    J’écris parfois un peu comme si c’était une thérapie. Même sous couvert d’un texte fictif les inspirations, les ressentis, les émotions, les sentiments, eux, peuvent être totalement vrais.

    Quand je suis débordée par mes émotions et mes sentiments, écrire m’aide à les reconnaitre, les admettre, et à mieux les supporter. C’est une manière de me reconstruire.

    Parfois j’ai envie de  partager ces écrits, parfois non. Mais quand je le fais, j’apprécie savoir que mes textes ont été appréciés, ont pu toucher, émouvoir.

    Alors, merci beaucoup à tous pour vos retours et vos mots gentils ❤

    #68499
    Yves
    Participant


    Tu as un vrai talent CoDée ! Arriver à m’émouvoir ainsi… Chapeau bas !

    Mesdames, mesdemoiselles, mon propre plaisir passe par le vôtre

    #68505
    Solal
    Participant


    C’est un très beau texte Codée. C’est très bien mené.
    Les adieux sont toujours horribles, même quand on sait que c’est inévitable.
    Même si on sait bien qu’il y aura d’autres rencontres et des émotions fortes avec d’autres personnes, c’est toujours si difficile de se dire que c’est définitivement fini.
    Comme tu le décris, on a envie de garder en souvenirs les moindres détails de la dernière scène.

    #68510
    Paulparis
    Participant


    Emouvant ! Bravo.

    D’autres rencontres, d’autres moments intenses viendront vous remettre en selle et vous faire revivre le plaisir de vous offrir avec force. C’est l’histoire des hauts et des bas. De la vie

    #68518
    Spankheure
    Participant


    Je ne peux que rejoindre les autres. C’était un récit très touchant. Il n’y a rien de pire que des adieux douloureux.

    #68520
    Biloba
    Participant


    Pourvu que votre encre ne se tarisse pas.

    “les cheveux collés sur son visage”, les yeux cachés comme derrière un confessionnal de saule et ce vent dans le dos qui devance les prochains souvenirs…

    #68521
    Chelonia
    Participant


    Une très jolie plume pour un sujet très sombre et douloureux…

    😘

     

    #68524
    lunapower
    Participant


    Magnifique Codée!

    C’est vrai que certains adieux peuvent être très douloureux à vivre

    https://lesaventurescuisantesdecamille.blogspot.com/

    #68533
    Titi
    Participant


    Richard Antony entendait ce train qui siffle, snif, dans le soir. J’espère que tu ne resteras pas trop longtemps sur le quai et que tu sauras retrouver une correspondance qui fera à nouveau battre ton coeur. Courage, nous sommes là.

    Mains fines pour fesses délicates

    #70672
    Spankettegirl
    Participant


    Un beau récit

    Une séparation n’est jamais facile surtout si l’alchimie est la fusionnel…

    C’est des mots bouleversants

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