Première rencontre

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6 sujets de 1 à 6 (sur un total de 6)
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    Messages
  • #63818
    Omega
    Participant


    Comment je l’ai rencontrée? C’est une bien longue histoire, qui nous fait remonter quasiment à la préhistoire. La préhistoire d’internet, en tous cas. J’étais bien vieux pour m’intéresser à internet. Elle, évidemment, elle en maîtrisait tous les rouages, toutes les arcanes. Mais malgré nos différences, nous nous sommes retrouvés au même endroit, au même moment. Et si c’est évidemment elle qui m’a trouvé, c’est moi qui ai su la retenir. Et ça fait 17 ans que j’y parviens, même si ces dernières années, je vois bien qu’elle s’éloigne.
    Notre première rencontre IRL -comme disaient les fondus du virtuel- dans la vraie vie, quoi, en français de tous les jours, je m’en souviens parfaitement. Une rencontre inoubliable.
    Ce fut tour à tour, voire simultanément, torride, humide, glacial, sec, chaud bouillant.
    Après moult tergiversations, hésitations, reculades, nous nous étions mis d’accord. Dix-huit heures, dans un café qui semblait sur le chemin boulot-dodo pour elle, et ne m’obligeait qu’à une petite entorse à mon train-train quotidien. Nous devions juste prendre un verre, discuter un peu (je me demandais bien de quoi, mais il faut toujours faire confiance à son instinct, et j’étais persuadé que tout se passerait bien). Ma station de métro était en fait à 500 bons mètres de notre café. Ils ont leur importance, ces cinq cents mètres. J’étais plutôt content de quitter le métro étouffant et sa chaleur torride par cette journée orageuse. Il faisait meilleur dehors. Surtout quand le vent s’est mis à souffler doucement. Puis moins doucement. Et puis quelques gouttes ont commencé à tomber. Je pressai le pas. Un déluge s’est abattu sur la ville. Le cadre déjà plus trop dynamique avec son bel attaché-case, comme ça se faisait encore à cette époque, s’est retrouvé en train de courir vers le troquet, précédé par des éclairs et suivi par des roulements de tonnerre monstrueux. Je m’engouffrai dans le café sous le regard amusé des habitués, plutôt ouvriers du coin que cadres de la Défense ou étudiants de St Germain. Trempé comme une soupe, les lunettes pleines de buée, l’eau dégoulinant littéralement de ma veste et de mon pantalon, mes chaussures devenues des baignoires pour mes pauvres petits petons… Moi qui voulais faire bonne impression c’était raté. Quelle jeune femme, que j’imaginais charmante, voudrait passer cinq minutes avec une loque pareille? Et maintenant, j’avais froid, trempé comme ça. Et je ne voyais rien. Peu de tables, toutes vides, la clientèle préférant visiblement le bar. Où ma correspondante pouvait-elle bien être?
    J’avais peut-être internet, mais je n’avais pas de téléphone portable. Pas moyen de la joindre : il ne restait qu’à attendre. J’ai posé mes affaires sur une table libre, commencé à chercher dans mon attaché ce qui pourrait m’être utile pour m’essuyer quand en dépit des bruits de tonnerre, à l’extérieur du café, j’ai entendu le silence à l’intérieur.
    J’ai relevé le nez de ce satané attaché et, à travers la buée de mes binocles, je l’ai vue. Ce ne pouvait être qu’elle. Elle devait ressembler vaguement à ce qu’elle avait annoncé, un bon mètre 70, une cinquantaine de kilos, 20 ans, blonde. Mais en fait elle me tournait le dos, n’avait pas l’air en meilleur état que moi, complètement trempée, l’eau formant déjà une flaque à ses pieds, ses cheveux mi-longs plaqués sur ses épaules. Ce que j’ai vu en premier, ce n’est rien de tout ça. Ce n’est pas non plus sa veste, trempée et dont la couleur est effacée de mes souvenirs. Pas non plus ses chaussures ouvertes. Ce que j’ai vu en premier, et ce qui à mon avis a créé ce silence remarquable, c’est son pantalon. En lin, blanc, et à cause de la pluie, grâce à la pluie plutôt, galbant parfaitement ses cuisses élancées et ne nous laissant pas ignorer qu’elle portait une culotte. En dépit de l’inconfort de ma propre situation, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Je me suis approché, l’ai interpellée. Elle s’est retournée, concentrée à la résolution d’un problème de lentilles, visiblement.
    J’aurais aimé pouvoir commencer par un jeu de mot très spirituel lui laissant admirer l’étendue de mon second degré et de ma coolitude. Mais, non, j’ai juste dit
    -Bonjour
    -Salut ça va?
    Elle était vraiment concentrée sur ses lentilles, et ne semblait pas douter que j’étais son-interlocuteur-qu’elle-n’avait-jamais-vu-mais avec-lequel-elle avait-chatté-des-heures.
    Je l’ai laissée remettre ses yeux en ordre de marche. J’ai eu tout le loisir de constater qu’ils étaient bleus, que son maquillage avait coulé et qu’elle restait vraiment calme!
    Autour de nous, l’orage semblait devoir être aussi bref que violent car il semblait déjà terminé et les habitués avaient repris leurs conversations. Mais tous nous observaient. Enfin, surtout elle. Je ne sais pas si elle s’en est rendu compte ou si cela lui était indifférent, et je n’ai jamais pensé à lui demander. Mais elle semblait se moquer éperdument d’être le centre de toutes les attentions masculines à 10 mètres à la ronde.
    -Oui, ça va, j’ai répondu. je pourrais être au sec en train de boire un coca. Mais à part ça, ça va.
    -Ouais, j’ai un peu le même sentiment.
    -Je crois que nous allons devoir reporter, non?
    Elle a hésité. M’a regardé droit dans les yeux. A eu l’air de me jauger.
    -Ça c’est sûr qu’on ne va pas s’asseoir et prendre un verre…
    -Quelque chose ne va pas?
    Elle ne répondit rien pendant deux ou trois secondes de plus, puis:
    -Bon, je ne vais pas te laisser repartir comme ça. Viens. Elle a pris son sac et est partie. J’ai salué la cantonade, qui ne me regardait pas du tout (tu parles), ai adressé un regard désolé au patron qui m’a salué d’un signe de tête et l’ai suivie dans la rue.
    -Euh tu m’expliques?
    Elle n’a rien répondu et continuait d’un pas vif. J’avais vraiment l’air d’un demeuré. J’étais censé passer une heure à discuter et découvrir ma mystérieuse interlocutrice. Elle aurait dû être intimidée, après tout ce que je lui avais promis, tout ce que nous avions évoqué… J’aurais dû mener la barque, prendre la direction des opérations. Et je me retrouvais comme un crétin à suivre, à grandes enjambées, dans la rue, une jeunette de la moitié de mon âge…
    Une fois arrivé à sa hauteur, et toujours plein d’à-propos, j’ai dit:
    -Tu m’expliques?
    -Tu me fais pitié avec tes chaussures qui font floc-floc à chaque fois que tu fais un pas, ta chemise plaquée au corps, on dirait un Chippendale’s, les plaquettes de chocolat en moins. On va chez moi. Enfin, là ou je crèche pour l’instant. Tu vas pouvoir te sécher, et moi, je vais pas attraper la crève.
    J’ai cherché une répartie digne de moi, et au bout d’une demi-seconde, je l’ai trouvée. J’ai dit
    -Ok
    En vrai, j’étais assez surpris. On ne se connaissait pas du tout. On avait en effet discuté des heures sur le net. On s’était raconté nos vies (si, si, même à 20 ans on peut avoir des trucs intéressants à raconter). Mais là, en résumé, elle laissait entrer chez elle un type qu’elle ne connaissait pas du tout. Je suis sûr que sa mère aurait désapprouvé… Je n’ai pas toujours l’esprit aussi vif que je voudrais, mais je n’aime pas mettre les gens dans l’embarras inutilement, ni voir des gens se mettre en danger pour rien.
    -Tu es sûr que c’est une bonne idée? Tu ne me connais pas.
    -T’as pas l’air bien méchant, et j’ai froid, alors je vais chez moi. T’es pas obligé de me suivre. Si t’es sage, t’auras le droit d’utiliser le sèche-linge.
    Le tout avec, enfin, un vrai sourire sur son joli visage, vraiment fermé jusque-là.
    -Et, puis, c’est peut-être toi qui devrais te méfier.
    A-t-elle ajouté en riant franchement.
    -Je prends le risque.
    On était devant son immeuble. Et très vite, devant l’appartement. Elle est entrée la première m’a invité à la suivre. Elle a refermé derrière moi, à balancé son sac au milieu du salon s’est précipitée dans ce que j’ai su plus tard être la salle de bains… elle en est ressortie deux minutes plus tard emmitouflée dans un peignoir, s’est ensuite dirigée vers la cuisine et a mis la cafetière en marche.
    -Tu en veux un?
    -Oui, je te prie.
    -Ah, le fameux “je te prie”. Le café de Monsieur sera prêt dans trois minutes!
    -Tu comptes rester comme ça longtemps, a-t-elle repris. Tu attends quoi? La salle de bains, avec le sèche linge, est là, me désignant la porte qu’elle venait de franchir.
    Je m’y suis précipité. J’ai ôté mes chaussures, mes chaussettes, ma veste, mon pantalon, ma chemise, j’ai tout mis dans le sèche linge.
    -Ne cherche pas, il n’y a pas d’autre peignoir, et je garde le mien.
    J’étais condamné à rester en caleçon. J’avais vraiment l’air malin.
    Elle m’a amené mon café dans la salle de bains, a difficilement réussi à garder son sérieux devant ma tenue.
    -Le café de Monsieur est servi.
    -C’est ça, fais la maligne.
    -Eh oh, c’est pas moi qui suis à moitié à poil chez quelqu’un je n’avais jamais vu trente minutes auparavant.
    On devait se rencontrer pour se découvrir en vrai. Voir si on avait des atomes crochus. Voir si mes idées tordues pouvaient rejoindre les siennes.
    En fait, frigorifiés, on a bu un café brûlant. J’ai séché mes chaussures au sèche-cheveux, j’ai récupéré ma tenue sèche, chaude et toute fripée. Elle m’a mis en boite pendant une bonne heure, et je suis reparti sans que soit jamais évoqué le thème officiel et réel de cette rencontre.
    Mais nous savions tous les deux que la prochaine fois serait la bonne.
    Et ce serait tour à tour, voire simultanément, torride, humide, glacial, sec et surtout chaud bouillant.

    Enfin, en théorie.

    • Ce sujet a été modifié le il y a 3 années et 1 mois par Omega.
    #63819
    Monsieuralex
    Participant


    Magnifique récit touchant et tendre
    Ah, les débuts des belles histoires… c’est le meilleur

    Monsieuralex, fesseur nantais

    #63822
    Dyonisos
    Participant


    Très drôle cette première rencontre. Il est vrai que les premières fois ne se passe jamais comme on a pu les imaginer de part et d’autre. c’est cela aussi qui en fait le charme et la saveur.

    Dans la vie, mieux vaut avoir des remords que des regrets !

    #63823
    BadCristou
    Participant


    Excellent et trop drôle, vivement la suite !

    #63845
    Monsieur Jones
    Maître des clés


    Comment j’ai rencontré S. ?

    Je m’étais mis au vert. Quand je dis au vert, je devrais plutôt dire au gris anthracite, tant le plafond du ciel m’assommait avec son flot ininterrompu de cuirassés noirs qui volaient en rase-motte sur Manhattan en déversant un déluge glacé et interminable depuis dix jours.
    J’avais trouvé une planque à Times Squares dans un bloc pas loin de la 8e avenue.
    Faire l’intermittent de la cambriole n’était plus de mon âge et j’avais juré à Bowman que ce serait mon dernier coup.

    J’avais rencontré Bowman dans une soirée privée à la gloire de la forniphilie. Je participais à une vente aux esclaves, assis à coté d’une petite brune, nue à quatre pattes, toute dédiée à l’intégrité du verre pur malt que j’avais posé sur ses reins et qu’exigeait sa récente condition de table basse.
    Il était là, appuyé contre le mur. Il m’a tendu un autre drink en me félicitant pour le kilt noir que je portais pour l’occasion.
    Il avait envie de causer, moi aussi, alors c’est ce que l’on a fait pendant que nos verres s’accumulaient sur le dos de la fille qui commençait à trembler.
    Bowman a une descente de coupe du monde et il y a bien plus de chance de se faire péter la gueule en l’accompagnant dans le dépucelage d’une caisse de Glen Grant qu’en traversant un champ de mines, raquettes aux pieds. Cette nuit-là, ça a été un vrai feu d’artifice et comme les cuites sont des pactes tacites qui scellent les amitiés dans un alliage inoxydable, cette muffée eut valeur de traité international.

    Pour un dernier coup, on avait fait fort, aucun vigile, aucune violence, aucune balle tirée, aucune résistance de la chambre forte et aucun billet dans le coffre !
    Ils avaient tout retiré deux jours avant, le temps de changer le système de fermeture qui commençait à montrer des signes de vieillerie.
    Ce jour là, Bowman et moi, on est reparti ventre à terre, comme des oiseaux maudits et fauchés. En sortant de la banque, on s’est quitté comme d’habitude, lui en détalant comme un dératé par la droite et moi en l’imitant par la gauche.
    La règle était simple, après chaque coup on faisait les morts pendants 30 jours, pas de téléphone, aucune sortie de jour, aucun contact avec la famille.

    3 semaines ! que je faisais le rat en passant mes journées à dormir ou à lire, indifféremment dans un lit ou dans un bain.
    Le soir venu, je passais en revue les blocs de Midtown à la recherche d’endroits pour me ravitailler discrètement ou noyer mes insomnies.
    Cet isolement commençait à me peser, j’avais envie de reprendre mes habitudes, taper le carton dans un club de poker, badiner avec une poupée à cadrer (le regard alternativement posé sur sa bouche et son décolleté), siroter un pur malt dans une boite de Jazz en écoutant Flameco Sketches ou je ne sais quel autre standard de Miles, Coltrane ou du Bird.
    Alors j’ai fini par rentrer dans ce tripot de la 9e.

    Cela faisait deux heures que je ferraillais dans une partie de texas hold’em sans Miss Félicité qui m’avait abandonné comme on lâche une vieille pierre dans un puits sans fond.
    S. était au bar avec ses longs cheveux dense, perchée sur des talons tour Eiffel, elle avait un décolleté à perte de vue et sa robe en latex lui emballait la cambrure comme si c’était le paradis.
    Cette crâneuse semblait noyer son ennui dans un truc qui ressemblait à une Pina Colada et dont elle mâchouillait l’extrémité de la paille.
    Elle m’observait avec ses grands yeux en amandes et un sourire en coin qui m’empêchaient d’être à mon affaire, dans cette funeste partie.
    Comme un con, pour faire le malin, j’ai envoyé un All In avec une paire de 9, je devais vraiment avoir la tête ailleurs.
    Elle s’est marrée en voyant l’autre plaquer son brelan sur la table et ramassait son butin et mes dernières économies avec l’air d’un immortel.
    J’ai attrapé sur la table la bouteille de scotch qui attendait d’être siphonnée et me suis approché de cette garce de S. pour lui glisser à l’oreille “qu’elle méritait d’expier en travers de mes cuisses pour glousser ainsi devant mon infortune”.

    Elle m’a suivi.
    So What !

    Faites de vos fesses le plus bel endroit de la terre...

    #63933
    Saul
    Participant


    Comment je l’ai rencontrée? C’est une bien longue histoire, qui nous fait remonter quasiment à la préhistoire. La préhistoire d’internet, en tous cas. J’étais bien vieux pour m’intéresser à internet. Elle, évidemment, elle en maîtrisait tous les rouages, toutes les arcanes. Mais malgré nos différences, nous nous sommes retrouvés au même endroit, au même moment. Et si c’est évidemment elle qui m’a trouvé, c’est moi qui ai su la retenir. Et ça fait 17 ans que j’y parviens, même si ces dernières années, je vois bien qu’elle s’éloigne.
    Notre première rencontre IRL -comme disaient les fondus du virtuel- dans la vraie vie, quoi, en français de tous les jours, je m’en souviens parfaitement. Une rencontre inoubliable.
    Ce fut tour à tour, voire simultanément, torride, humide, glacial, sec, chaud bouillant.
    Après moult tergiversations, hésitations, reculades, nous nous étions mis d’accord. Dix-huit heures, dans un café qui semblait sur le chemin boulot-dodo pour elle, et ne m’obligeait qu’à une petite entorse à mon train-train quotidien. Nous devions juste prendre un verre, discuter un peu (je me demandais bien de quoi, mais il faut toujours faire confiance à son instinct, et j’étais persuadé que tout se passerait bien). Ma station de métro était en fait à 500 bons mètres de notre café. Ils ont leur importance, ces cinq cents mètres. J’étais plutôt content de quitter le métro étouffant et sa chaleur torride par cette journée orageuse. Il faisait meilleur dehors. Surtout quand le vent s’est mis à souffler doucement. Puis moins doucement. Et puis quelques gouttes ont commencé à tomber. Je pressai le pas. Un déluge s’est abattu sur la ville. Le cadre déjà plus trop dynamique avec son bel attaché-case, comme ça se faisait encore à cette époque, s’est retrouvé en train de courir vers le troquet, précédé par des éclairs et suivi par des roulements de tonnerre monstrueux. Je m’engouffrai dans le café sous le regard amusé des habitués, plutôt ouvriers du coin que cadres de la Défense ou étudiants de St Germain. Trempé comme une soupe, les lunettes pleines de buée, l’eau dégoulinant littéralement de ma veste et de mon pantalon, mes chaussures devenues des baignoires pour mes pauvres petits petons… Moi qui voulais faire bonne impression c’était raté. Quelle jeune femme, que j’imaginais charmante, voudrait passer cinq minutes avec une loque pareille? Et maintenant, j’avais froid, trempé comme ça. Et je ne voyais rien. Peu de tables, toutes vides, la clientèle préférant visiblement le bar. Où ma correspondante pouvait-elle bien être?
    J’avais peut-être internet, mais je n’avais pas de téléphone portable. Pas moyen de la joindre : il ne restait qu’à attendre. J’ai posé mes affaires sur une table libre, commencé à chercher dans mon attaché ce qui pourrait m’être utile pour m’essuyer quand en dépit des bruits de tonnerre, à l’extérieur du café, j’ai <i>entendu le silence</i> à l’intérieur.
    J’ai relevé le nez de ce satané attaché et, à travers la buée de mes binocles, je l’ai vue. Ce ne pouvait être qu’elle. Elle devait ressembler vaguement à ce qu’elle avait annoncé, un bon mètre 70, une cinquantaine de kilos, 20 ans, blonde. Mais en fait elle me tournait le dos, n’avait pas l’air en meilleur état que moi, complètement trempée, l’eau formant déjà une flaque à ses pieds, ses cheveux mi-longs plaqués sur ses épaules. Ce que j’ai vu en premier, ce n’est rien de tout ça. Ce n’est pas non plus sa veste, trempée et dont la couleur est effacée de mes souvenirs. Pas non plus ses chaussures ouvertes. Ce que j’ai vu en premier, et ce qui à mon avis a créé ce silence remarquable, c’est son pantalon. En lin, blanc, et à cause de la pluie, grâce à la pluie plutôt, galbant parfaitement ses cuisses élancées et ne nous laissant pas ignorer qu’elle portait une culotte. En dépit de l’inconfort de ma propre situation, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Je me suis approché, l’ai interpellée. Elle s’est retournée, concentrée à la résolution d’un problème de lentilles, visiblement.
    J’aurais aimé pouvoir commencer par un jeu de mot très spirituel lui laissant admirer l’étendue de mon second degré et de ma coolitude. Mais, non, j’ai juste dit
    -Bonjour
    -Salut ça va?
    Elle était vraiment concentrée sur ses lentilles, et ne semblait pas douter que j’étais son-interlocuteur-qu’elle-n’avait-jamais-vu-mais avec-lequel-elle avait-chatté-des-heures.
    Je l’ai laissée remettre ses yeux en ordre de marche. J’ai eu tout le loisir de constater qu’ils étaient bleus, que son maquillage avait coulé et qu’elle restait vraiment calme!
    Autour de nous, l’orage semblait devoir être aussi bref que violent car il semblait déjà terminé et les habitués avaient repris leurs conversations. Mais tous nous observaient. Enfin, surtout elle. Je ne sais pas si elle s’en est rendu compte ou si cela lui était indifférent, et je n’ai jamais pensé à lui demander. Mais elle semblait se moquer éperdument d’être le centre de toutes les attentions masculines à 10 mètres à la ronde.
    -Oui, ça va, j’ai répondu. je pourrais être au sec en train de boire un coca. Mais à part ça, ça va.
    -Ouais, j’ai un peu le même sentiment.
    -Je crois que nous allons devoir reporter, non?
    Elle a hésité. M’a regardé droit dans les yeux. A eu l’air de me jauger.
    -Ça c’est sûr qu’on ne va pas s’asseoir et prendre un verre…
    -Quelque chose ne va pas?
    Elle ne répondit rien pendant deux ou trois secondes de plus, puis:
    -Bon, je ne vais pas te laisser repartir comme ça. Viens. Elle a pris son sac et est partie. J’ai salué la cantonade, qui ne me regardait pas du tout (tu parles), ai adressé un regard désolé au patron qui m’a salué d’un signe de tête et l’ai suivie dans la rue.
    -Euh tu m’expliques?
    Elle n’a rien répondu et continuait d’un pas vif. J’avais vraiment l’air d’un demeuré. J’étais censé passer une heure à discuter et découvrir ma mystérieuse interlocutrice. Elle aurait dû être intimidée, après tout ce que je lui avais promis, tout ce que nous avions évoqué… J’aurais dû mener la barque, prendre la direction des opérations. Et je me retrouvais comme un crétin à suivre, à grandes enjambées, dans la rue, une jeunette de la moitié de mon âge…
    Une fois arrivé à sa hauteur, et toujours plein d’à-propos, j’ai dit:
    -Tu m’expliques?
    -Tu me fais pitié avec tes chaussures qui font floc-floc à chaque fois que tu fais un pas, ta chemise plaquée au corps, on dirait un Chippendale’s, les plaquettes de chocolat en moins. On va chez moi. Enfin, là ou je crèche pour l’instant. Tu vas pouvoir te sécher, et moi, je vais pas attraper la crève.
    J’ai cherché une répartie digne de moi, et au bout d’une demi-seconde, je l’ai trouvée. J’ai dit
    -Ok
    En vrai, j’étais assez surpris. On ne se connaissait pas du tout. On avait en effet discuté des heures sur le net. On s’était raconté nos vies (si, si, même à 20 ans on peut avoir des trucs intéressants à raconter). Mais là, en résumé, elle laissait entrer chez elle un type qu’elle ne connaissait pas du tout. Je suis sûr que sa mère aurait désapprouvé… Je n’ai pas toujours l’esprit aussi vif que je voudrais, mais je n’aime pas mettre les gens dans l’embarras inutilement, ni voir des gens se mettre en danger pour rien.
    -Tu es sûr que c’est une bonne idée? Tu ne me connais pas.
    -T’as pas l’air bien méchant, et j’ai froid, alors je vais chez moi. T’es pas obligé de me suivre. Si t’es sage, t’auras le droit d’utiliser le sèche-linge.
    Le tout avec, enfin, un vrai sourire sur son joli visage, vraiment fermé jusque-là.
    -Et, puis, c’est peut-être toi qui devrais te méfier.
    A-t-elle ajouté en riant franchement.
    -Je prends le risque.
    On était devant son immeuble. Et très vite, devant l’appartement. Elle est entrée la première m’a invité à la suivre. Elle a refermé derrière moi, à balancé son sac au milieu du salon s’est précipitée dans ce que j’ai su plus tard être la salle de bains… elle en est ressortie deux minutes plus tard emmitouflée dans un peignoir, s’est ensuite dirigée vers la cuisine et a mis la cafetière en marche.
    -Tu en veux un?
    -Oui, je te prie.
    -Ah, le fameux “je te prie”. Le café de Monsieur sera prêt dans trois minutes!
    -Tu comptes rester comme ça longtemps, a-t-elle repris. Tu attends quoi? La salle de bains, avec le sèche linge, est là, me désignant la porte qu’elle venait de franchir.
    Je m’y suis précipité. J’ai ôté mes chaussures, mes chaussettes, ma veste, mon pantalon, ma chemise, j’ai tout mis dans le sèche linge.
    -Ne cherche pas, il n’y a pas d’autre peignoir, et je garde le mien.
    J’étais condamné à rester en caleçon. J’avais vraiment l’air malin.
    Elle m’a amené mon café dans la salle de bains, a difficilement réussi à garder son sérieux devant ma tenue.
    -Le café de Monsieur est servi.
    -C’est ça, fais la maligne.
    -Eh oh, c’est pas moi qui suis à moitié à poil chez quelqu’un je n’avais jamais vu trente minutes auparavant.
    On devait se rencontrer pour se découvrir en vrai. Voir si on avait des atomes crochus. Voir si mes idées tordues pouvaient rejoindre les siennes.
    En fait, frigorifiés, on a bu un café brûlant. J’ai séché mes chaussures au sèche-cheveux, j’ai récupéré ma tenue sèche, chaude et toute fripée. Elle m’a mis en boite pendant une bonne heure, et je suis reparti sans que soit jamais évoqué le thème officiel et réel de cette rencontre.
    Mais nous savions tous les deux que la prochaine fois serait la bonne.
    Et ce serait tour à tour, voire simultanément, torride, humide, glacial, sec et surtout chaud bouillant.

    Enfin, en théorie.

    quel charmant récit

    …une vraie rencontre incongrue…. une belle histoire qui commencent….

    Quelque soit la situation amoureuse, érotique, ou gentiment SM c toujours vous qui menez la barque mesdames….pauvres diables que nous sommes

    Suite sans doute à mon post récent, je reçois des sollicitations de fesseurs. donc pour éviter ses importuns avec lesquels je ne me connecterais je précise immédiatement que je suis HETERO, donc messieurs passez votre chemin MERCI

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