Never More

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  • Ce sujet contient 10 réponses, 9 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Yves, le il y a 1 mois.
11 sujets de 1 à 11 (sur un total de 11)
  • Auteur
    Messages
  • #73335
    Nush
    Modérateur


    Soir 1

    Une cour 18ème. Des rangées de chaises bien ordonnées ; lecture publique. Je m’assois au premier rang.
    Je suis en avance, je prends mon carnet et je crayonne un détail d’une ferronnerie. Silence à peine dérangé par quelques oiseaux qui volètent sur les arbres et les voix basses des personnes qui arrivent peu à peu. Il fait encore très chaud. Je lève la tête, mon regard sillonne parmi les chaises et s’attarde sur le seul homme visiblement plus jeune que la moyenne. Il me regardait. Je détaille : tee-shirt noir, pantalon en toile de même couleur légèrement défraichi et mules en cuir. Visiblement un corps musclé, brun, cheveux courts sans excès ; une certaine nonchalance. Il détonne autant que moi dans cette assemblée de jeunes retraités. Un égaré..
    De temps en temps nos regards se croisent.

    Soir 2

    Une cour 18ème. Des rangées de chaises bien ordonnées ; lecture publique. Je m’assois au dernier rang.
    Je suis en avance. La cour se remplit peu à peu. Je prends dans mon sac le livre qui m’accompagne toujours et je plonge efficacement dans ce récit. Quelqu’un s’assoit devant moi ; je déteste la promiscuité lorsqu’elle ne semble pas nécessaire. Je lève mon nez et surprise je constate que c’est l’homme ‘jeune’ d’hier. Intéressant. Incongru mais intéressant…
    La lecture commence, un texte étrange sous forme de litote, scansion et vertige. Je suis prise dans ce tourbillon de mots pendant 45 minutes. Applaudissements.
    Le lecteur enthousiaste souhaite faire venir sur la scène l’auteur.
    Il se lève. C’est l’inconnu au regard énigmatique.
    Je comprends mieux. J’aime comprendre.

    Soir 3

    Une cour 18ème. Des rangées de chaises bien ordonnées ; lecture publique. Je m’assois au dernier rang.
    Je suis en avance. Quelqu’un s’assoit devant moi. Je sais. Lui. L’inconnu devenu auteur.
    Un peu différent. Chemise foncée, pantalon en toile beige, froissé ; cheveux mouillés. Je me penche pour éteindre mon portable, odeurs. Son parfum qui arrive jusqu’à moi, reconnaissable entre mille : ‘Pour un homme’ de Caron. Souvenirs. Emotions.
    La lecture commence, la nuit descend sur nous. Il s’étire un peu sur sa chaise, vers l’arrière. Son bras touche mon mollet, l’effleure. Il reste là. Mon mollet aussi. La chaleur de la peau.
    Durée : 10 secondes. Une éternité.
    J’écoute le récit. Parfois mon regard s’égare sur sa nuque. J’ai envie de glisser ma main, de mordre doucement. Ses cheveux sont presque secs. Par moments je sens le parfum, lorsqu’il bouge. J’ai besoin de cet homme. Inévitablement.
    La fin du récit. L’instinct…je pose ma main sur son épaule, à peine effleurer sa chair odorante. Il se retourne. Il me regarde et je lui demande :
    « Pourquoi la litote ? Curieux et inusité…Pourquoi ? »
    « Parce que j’en avais envie…..c’est un enfant qui parle. Juste j’en avais envie. Comme de vous. »

    Stupéfaction.
    Dire le désir, ainsi. D’une manière abrupte. Son urgence.
    Pourquoi pas, après tout.

    Il me prend le bras, me pousse.
    « Viens, j’ai faim »….(de quoi, de qui?!)
    Tutoiement immédiat; je me laisse guider.

    Pourquoi pas, après tout.

    Il est dans ma ville, la nuit est vraiment tombée et je me sens ailleurs. Tourbillon. Presque pas de mots. Il m’emporte jusqu’à un restaurant un peu louche.
    Finalement il avait faim. Moi aussi et je me découvre affamée.
    Des dires, des sourires, sa manière d’écrire, il enseigne, il écrit.
    Je le regarde, il m’affole ; je crois que parfois il voudrait m’achever là sur cette chaise.

    Son urgence. Son regard sur moi.
    Rien de banal, un doux apprivoisement, le trouble.

    Yonder : pas encore là-bas, mais déjà plus ici. Je ne vois pas les minutes, encore moins les heures.
    Il me charrie jusqu’à sa chambre d’hôtel. Luxueux. Bizarre.

    La porte se ferme et il me plaque contre la paroi. Vision grossie du papier rouge à fleurs. Il me tient les poignets et je sens son souffle sur mon cou. Il cherche ma peau, fouille mes cheveux. Impatiente. Je sens ses lèvres sur ma nuque et ses dents qui me tiennent. Le félin qui bloque sa femelle. Je suis femelle, femme, félin. Oubli. Le désir absolument, si rapidement. D’une manière abrupte.
    Je me retourne, besoin de son regard. S’enivrer de son regard noir. Des lèvres qui se mangent. Frénésie. Choir. C’est doux un tapis finalement. Robe chemisier à pressions ; il tire et je n’ai plus de tissu, juste ma peau et quelques dentelles.
    « Ainsi c’est mieux »….(mieux ?!!!!).
    Culotte noire à nœuds, il tire et je n’ai plus de tissu, juste ma peau…il se recule. Je me sens exposée, vulnérable(?), je me sens ‘moi’.

    Il enlève la couverture du lit et me fait signe de m’allonger sur les draps. Se regarder nus et avides. Déjà curieux l’un de l’autre.
    Sa main qui passe sur mon cou, mon dos et mon cul. Qui s’abat sur mon cul. Il me tire, me fait pivoter et je me retrouve en travers de ses genoux, prisonnière des draps de lit, prisonnière de ses mains.
    Sa main sur ma cambrure, sur mes hanches.

    Sa main sur mes fesses et le bruit rythmé des claquements sur mon cul.
    Je n’entends plus que ce bruit qui envahit tout, qui m’envahit.
    La douleur et le bruit. La douleur et sa fureur. Soudain il n’y a là rien de doux mais juste la vanité d’un sadique qui ‘me’ reconnait.
    La douleur, ‘ma’ douleur me submerge et le plaisir m’inonde.
    Yonder : pas encore là-bas, mais déjà plus ici.

    Ses doigts, sa main et sa bouche découvrent. Je frissonne totalement, infiniment. Abandon.
    Ses mains sur mes cuisses, ses doigts qui glissent. Ses doigts qui se faufilent en moi, m’ouvrent, me fouillent et mon esprit qui chavire. Ecartée.
    Comme toujours. A chaque fois.

    Pénétrée et ouverte. Je suis animal sentant venir le plaisir, feulement. Emportée par une marée chaude, ma chair qui pulse, j’entends son cœur qui bat en écho du mien. La jouissance.
    Combien de fois ?….je ne sais plus très bien.
    Son regard sur moi. Bizarre. Ereintement. La fatigue absolue des corps qui ont trop donné, trop offert.

    Sueur. ‘Pour un homme’ et ‘Eau de campagne’. Envie d’eau froide. Boire et enfin se désaltérer.
    « Je voudrais te laver »… (idée saugrenue).
    Dire ce désir là, ainsi.
    Pourquoi pas, après tout.
    L’eau qui coule dans la baignoire, à peine tiède, un fond. Je relève mes cheveux. Je me glisse dedans, il reste à coté ; il m’asperge très doucement avec de l’eau. Le plaisir infini de ce rafraichissement. Abandon. Le bruit. Juste le bruit de l’eau, mon corps là, si nu.

    Je ne suis pas sûre d’avoir honte. Régression.
    Sa main qui me lave, la douceur de cette caresse m’obsède. Il regarde mon visage qui s’abandonne au plaisir qui le contraint. Il regarde mon corps qui s’abandonne au plaisir qu’il lui inflige. Houle. Orgasme.
    Je lui dis mon plaisir. En litote.

    Pourquoi pas, après tout.

     

    • Ce sujet a été modifié le il y a 1 mois et 1 semaine par Nush.
    C'est la nuit qu'il est beau de croire en la lumière.
    #73344
    Docteur Clack
    Participant


    Très beau récit ! Vivacité et langueur. Pourquoi “never more” ?

    #73346
    Line
    Participant


    Très joli. Sauvage et sensuel. Inspirant et tension à son paroxysme. J’adore cette façon hachée de raconter, un peu comme si tu couchais sur le papier tes pensées brutes. On est directement dans ta tête et tu nous fais vraiment ressentir tes émotions les plus intîmes.

    Puis finir sur un bain, j’adore l’idée. J’ai toujours aimé le côté infantilisant de se ‘faire laver’ par Monsieur comme une ‘petite fille’, une douce régression que j’affectionne même si Monsieur Méchant m’a dit que je le méritais pas…

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par Line.

    L'incorrigible Line

    #73360
    Manfred
    Participant


    Superbe. Je ne veux pas en dire plus, de peur d’atténuer par des commentaires inutiles la tension du récit.

    #73380
    Titi
    Participant


    Dans le style de l’Etranger de Camus par certains aspects… Envoûtant, fascinant, on vibre à l’unisson du corps de l’héroïne qui s’offre à nous une seconde fois par la plume après s’est offerte jusqu’à l’épuisement à son séduisant fesseur.

    Mains fines pour fesses délicates

    #73381
    Clem
    Participant


    Un récit hors d’haleine

    Ou elle se cede a lui…

    #73383
    Victor
    Participant


    Super ! Quel rythme ! On en dévorerai des pages et des pages. Bravo.

    #73412
    salamboflaubert75
    Participant


    Quel beau récit qui nous tient hors d’haleine par son rythme, sa sensualité et son érotisme!
    L’abandon de la femme pour cette fessée et ce doux moment qu’est le bain…

    Merci !

    Sal

    #73497
    Yves
    Participant


    Ce récit est juste parfait. Sensuel, intime, touchant, il nous prend et nous tient jusqu’au bout.

    Bravo et merci…

    Mesdames, mesdemoiselles, mon propre plaisir passe par le vôtre

    Blog : histoires-jr33.blogspot.com

    #73858
    Nush
    Modérateur


    Je vous remercie infiniment de votre lecture et de vos remarques .

    Ecrire est parfois nécessaire pour s’offrir des souvenirs et pour que vous, lecteurs, puissiez partager mes émotions.

    C'est la nuit qu'il est beau de croire en la lumière.
    #73867
    Yves
    Participant


    Je vous remercie infiniment de votre lecture et de vos remarques. Ecrire est parfois nécessaire pour s’offrir des souvenirs et pour que vous, lecteurs, puissiez partager mes émotions.

    Tes émotions, tu nous les fais partager pleinement. Merci de cette écriture profonde et fragile…

    Mesdames, mesdemoiselles, mon propre plaisir passe par le vôtre

    Blog : histoires-jr33.blogspot.com

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