L'oeil du cyclone

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  • #40440
    EmmaLu
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    J’ai merdé. Indubitablement, j’ai merdé. C’est la pensée qui traverse mon esprit embrumé quand la gifle me ramène sur terre. Tu es en colère et c’est justifié. Mais, je n’arrive pas à me sentir responsable cette fois. C’est comme si j’étais coupé du monde. Je me suis perdue dans mes pensées, dans mes peurs, dans ma vie qui déconne parfois. Et je me suis fait mal, comme rarement je me fais mal, même dans mes moments de panique.
    “Pas fait exprès.” Je murmure avec cette voix de petite fille que je prends quand tu grondes fort et bas. Mais cette fois, je me suis fait mal devant toi. La belle erreur ! Difficile pour toi, de ne pas y voir pure provocation, une provocation de bien mauvais goût d’ailleurs. Mais, me semble-t-il, tu me crois quand j’essaye de t’expliquer que je ne pouvais, que je n’ai pas contrôlé, que j’ai -chose que je déteste par-dessus tout- perdu le contrôle. “Pas réfléchi.”
    Tu me saisis fermement par le haut du bras en répondant, entre tes dents serrées : “Crois-moi, la prochaine fois, tu y réfléchiras bien.” avant de me pencher sous ton bras pour une dégelée monumentale comme je goûte parfois. Tu baisses rapidement mon pyjama, et je me retrouve à gesticuler comme un beau diable, sans oser m’opposer à cette correction, mais sans pouvoir m’empêcher de lutter contre. Tu me relèves aussi vite que tu m’as penchée et une seconde gifle me prend par surprise.
    “Apporte-moi la cuillère, tout de suite !” J’acquiesce et m’éloigne de toi comme un automate. Les pensées dans ma tête s’entrechoquent et perdent leur sens. Les mots m’échappent et je les fuis. Contrôle Emma, contrôle.
    Je te tends l’objet, tu as pris place sur le bord du lit. Tu le saisis et le pose sur les draps. Tu prends le temps de me déshabiller complètement, avec des gestes sévères et étrangement doux. Doucement, je reprends conscience de la réalité. De notre réalité. Et tout un tas de questions me retournent la tête. Tu prends ma main dans la tienne et m’attire sur tes genoux, dans cette position que je connais bien. Je soupire et mets ma tête dans mes mains. Tu n’arrêtes pas de me gronder. Tes mots durs résonnent en moi mais je peine à m’y accrocher. La cuillère s’abat régulièrement sur ma croupe et tu ne t’en prends qu’au bas de mes fesses au haut de mes cuisses et à la jonction entre les deux.
    “Je veux que tu penses à cette fessée à chaque fois que tu marcheras, à chaque fois tu t’assiéras.” J’essaye tant bien que mal de me justifier, de m’excuser. Tu m’attrapes fermement les cheveux, arrêtant-là mes simagrées. “Tu te moques de moi là, tu as vu ce que tu as fait ? Crois-moi avec la trempe maison que je te prépare, je vais te mettre du plomb dans la tête une fois pour tout.” Avec ça les coups de cuillère se font plus sévères et rapprochés. Je gémis, je chouine.

    Je me sens submergée par nos émotions, comme une immense vague qui a retourné ma petite barque, laquelle tentait de naviguer dans des eaux troubles par vent violent et en pleine nuit. Je me noie sous ta colère, mon désarrois. Etrangement, ma culpabilité ne fait pas partie du tableau. Il semble que tu sois suffisamment en colère pour deux. Je coule dans un tumulte de sensation, de douleur, de mots durs portés contre mon comportement stupide.

    La tempête de mes pensées semble plus violente que jamais. Mais d’un coup, me voilà à l’abri, prostré sur tes genoux. Dans l’œil du cyclone. Et là, je comprends, je remarque. C’est exactement ce que je voulais quand j’ai débuté dans la fessée. Ce sentiment bizarre, que je n’ai plus besoin de me faire du soucis que tu t’occupes de tout. Cette certitude, que tu m’aimes et que tu prends de moi. Cette impression que tu ne laisseras personne me faire du mal, que tu ne me laisseras plus me faire du mal. Et en même temps, que j’atteins ce point de sérénité absolue dans notre cocon de protection, de l’eau coule sur mes joues. C’est la première fois. La première fois que je me sens libre et en sécurité. Enfin, je peux te donner le contrôle.
    Tu prends différents instruments : ta tawse, mon paddle, nos brosses. Je ne compte pas les coups, je ne cherche pas à savoir combien de temps la rouste se poursuit. Je pleure et je crie. Mes larmes se transforment en sanglots bruyants et incontrôlés. Ce ne sont pas des pleurs d’adultes douloureux et silencieux et je crois que je n’ai plus pleurer comme ça depuis mes 14 ans -et encore. Je n’ai qu’un faible soubresaut à chacun de tes coups, j’ai arrêté de gigoter dans tous les sens, j’ai arrêté de polémiquer. J’ai arrêté de me battre contre moi et contre toi. Je ne dis que “oui” et ton prénom. J’obéis à chacun de tes ordres avec une rapidité et une déférence qui nous surprend tous les deux, je pense. J’ai mal et j’aime ça, mais surtout je me sens bien avec toi, sous ta coupe, dans ton monde.

    Et d’un coup ça s’arrête, deux coups de brosse un peu plus fort et voilà que tu me demandes de me relever. Pas de coin pour moi cette fois, tu me fais assoir sur tes genoux et je me colle à toi, comme à une bouée de sauvetage. J’agrippe ton t-shirt et je me pelotonne contre ton torse. Tu me câline tendrement. La tempête est passée, le cyclone s’est estompé, on navigue ensemble sur une eau calme et il fait grand soleil. J’ai du mal à me calmer néanmoins. En fait, je n’essaye même pas, mes sanglots sont presque convulsifs mais ça m’est parfaitement égal. Ma seule volonté était de satisfaire à l’exigence de ta punition est c’est chose faite. Maintenant, ma motivation est brisée et je n’ai plus de force, plus d’envie. Tu me chuchotes des mots doux au creux de l’oreille : tu me dis que tu m’aimes beaucoup, que tu ne veux pas me voir me blesser, que j’ai été courageuse que tu es fier de moi, que je suis pardonnée. Ma respiration se fait finalement plus calme, mon visage est baigné de larmes, j’ai mal à la tête et à la gorge à force d’avoir crier et pleurer. J’ai soif. Je suis au paradis. Tu me demandes de me lever. ” Il faut que je te masse maintenant petit microbe, sinon tu vas avoir des bleus, vu tout ce que je t’ai mis.” Mais je ne réagis pas, je ne bouge pas, je ne parle pas, j’ai les yeux fermés. Je m’endors épuisée, mais heureuse. (“Fallait-il que l’on s’aime et qu’on aime la vie” La bohème – Charles Aznavour)

    #40441
    Zatopek33
    Bloqué


    Merci, Emma, pour ce très joli récit .

    #40444
    lunapower
    Participant


    ???????

    https://lesaventurescuisantesdecamille.blogspot.com/

    #40448
    EmmaLu
    Participant


    Quel accueil pour ce texte !
    Merci beaucoup ! <3

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 4 années et 7 mois par EmmaLu.
    #40460
    Anonyme
    Inactif


    Waoouh.
    Belle correction.
    Et j’adore la métaphore météorologique qui porte tout ton récit ?
    Vivement l’orage ??

    #40486
    James
    Participant


    Wow, quel superbe récit, on s’y croirait, bravo. 🙂

    En espérant que le “petit microbe” fasse plus attention à lui à l’avenir 😉

    James le Creusois, le vrai, l'unique, le charismatique :p

    #40539
    EmmaLu
    Participant


    Merci beaucoup ! Vivement l’orage en effet @julien haha ^^.
    M’enfin, @james c’est une fiction ^^’, je fais HYPER MEGA attention à moi tout le temps XD.

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