L’étrangère

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  • Ce sujet contient 6 réponses, 7 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Anonyme, le il y a 1 mois et 2 semaines.
7 sujets de 1 à 7 (sur un total de 7)
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  • #67816
    FrenchTouch
    Participant


    Imaginons une rencontre : elle est là, vous aussi. Ou alors : il est là, vous aussi. Ce petit texte se lit dans les deux sens, et c’est plus un essai qu’un récit, même s’il décrit une situation que j’ai pu vivre.
    Elle est là, donc, la femme attendue. Celle avec laquelle vous avez discuté, sympathisé, noué une forme de lien qui vous a semblé fort, et qui vaut ce qu’il vaut. Un lien suffisant pour vous faire libérer cette journée, retenir une chambre, venir à la gare pour l’attendre ou pour prendre le train. Une femme sur laquelle vous avez projeté un certain nombre de choses, des images qui vous appartiennent.
    Elle est là, mais ce n’est qu’elle. Ce n’est pas un commentaire offensant : elle peut être merveilleuse. Simplement, elle n’est pas l’image que vous aviez conçue dans votre esprit. Les premières minutes ensemble sont un ajustement, pour elle, pour vous, plus ou moins abrupt.
    Chacun peut partir. Disons que tout le monde reste. On choisit de s’apprivoiser mutuellement, malgré ce décalage qui est peut-être déjà une petite déception.
    On fait un bout de chemin, du point de rendez-vous à l’hôtel. On essaye de renouer le lien par la conversation, de raccrocher cette personne étrange à quelque chose de familier : un humour, des expressions, un sujet laissé en suspens, n’importe quoi. La première gêne est passée mais l’étrangeté demeure, et la distance physique étant plus rapide à franchir que celle qui sépare la réalité de l’idée qu’on s’en fait, on arrive à destination.
    On ne va pas rester dans la rue, donc on monte. On ne va pas rester sur le seuil, donc on entre. Vous voilà dans une chambre avec votre inconnue et votre léger sentiment de malaise. Ce n’est plus trop le moment de vous demander ce que vous en pensez.
    Vous me direz, il n’est pas trop tard pour reculer. Oui, et parfois on reculera, mais pas toujours. Il y a un seuil de matérialité à franchir, plus élevé à mesure qu’on se rapproche du contact. Ce petit vague à l’âme n’est pas un motif suffisant.
    On prend un moment. On s’observe, on prend de l’élan (une image mentale de moi reculant pas à pas jusqu’aux cordes du ring puis un peu au-delà, comme un personnage de dessin animé, avant de m’élancer en avant).
    Le plus souvent, il y a d’emblée l’élan du désir, et l’on n’a que le souci de ne pas trop se précipiter, mais là on est dans un entre deux, à la limite du désir et de son absence, dans la zone grise des rencontres en ligne et du “pas tout à fait ça”. J’ai cette étrangère à mon bras, si différente de tout : de ce que j’avais imaginé, des femmes que j’ai désirées, de celles qui m’entourent. Elle est un monde et moi, un autre. Elle éprouve certainement ce décalage, elle aussi.
    On se regarde puis quelque chose embraye, un mécanisme se met en marche, et on y va. En espérant que la magie opère au contact, à défaut d’avoir opéré au premier regard.

    • Ce sujet a été modifié le il y a 1 mois et 3 semaines par FrenchTouch.
    #67825
    Yves
    Participant


    Tellement vrai…

    Mesdames, mesdemoiselles, mon propre plaisir passe par le vôtre.

    #67826
    SandrineG🍑
    Participant


    Criant de vérité. On anticipe, on projette, on fantasme et puis, on vit le moment ou toues les cartes se redistribuent, d’une certaine façon. La relation se reconstruit et on retrouve petit à petit les codes instaurés pendant les échanges. Après il peut y avoir la déception, mais je suis convaincue que cela se prépare, d’une certaine façon et qu’il faut même l’évoquer. ” Et si nous étions déçus?”. Cela permet de briser un tabou, une gêne.

    Merci pour ce petit texte, je le trouve libérateur, d’une certaine façon

    "Et mes fesses, tu les aimes mes fesses" ;-)"

    #67829
    Hyperion
    Participant


    Texte bien rédigé, qui rappelle certaines émotions vécues lors de ces rencontres si particulières…

    #67832
    Ame.masculine
    Participant


    En projetant on cristallise.. parfois on idéalise…. De trop.

     

    Et puis s ajoute à la dimension cérébrale et psychologique l impact du physique.

     

    Il faut voir si il est possible de s accorder ou de se ré accorder…

     

    Une certaine… Confrontation…

     

    Ce peut être surprenant, déroutant, mais, et ce texte l évoque aussi …  Liant, nouant et inspirant ..

     

    Dans ce cas cette personne, pourtant étrangère, ne l est, finalement, pas tant que cela …

    #67838
    Saul
    Participant


    Tellement ça… d’où l’importance de ne pas trop attendre en vue d’une rencontre, car tant qu’on a  pas vu. La machine à fantasmes tourne à plein régime

    Suite sans doute à mon post récent, je reçois des sollicitations de fesseurs. donc pour éviter ses importuns avec lesquels je ne me connecterais je précise immédiatement que je suis HETERO, donc messieurs passez votre chemin MERCI

    #68273
    Anonyme
    Inactif


    Incroyablement bien dit, et bien vu.

    “On fait un bout de chemin, du point de rendez-vous à l’hôtel. On essaye de renouer le lien par la conversation, de raccrocher cette personne étrange à quelque chose de familier : un humour, des expressions, un sujet laissé en suspens, n’importe quoi.”

     

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