Le retour d’Itinéris

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    Victor
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    Le retour d’Itinéris

    Cette fois, je l’ai échappé belle ! Je suis passée à deux doigts du parapet latéral. À 130 km/h ! J’aurais pu faire une belle « pizza » comme on dit dans le secourisme. Je me suis fait peur. Et pourtant, seulement 3 km plus loin, j’ai renvoyé un SMS. Puis un autre. Et je me suis même fait le plaisir d’une petite recherche Google. Oh ! Je n’en peux plus ! Vous vous dîtes que je suis vraiment… Gonflée. Non ! Débile ! C’est le bon mot. Je ne suis qu’une pauvre débile ! Mais, je ne sais plus comment faire avec cette saleté de téléphone. Je l’aime, comme si je l’avais fait. Mais je crois que je ferais parfois mieux de m’en passer. J’ai bien essayé de prendre de bonnes résolutions. Je ne les ai jamais tenues. Enfin… pas longtemps. Pauvre idiote ! Je me suis parfois dit qu’éteindre ce maudit bigo pouvait être une bonne idée. Mais 100 km plus loin, je le rallumais et je divaguais. Ou alors, je l’ai fourré dans la boite à gants, pas celle de l’accoudoir facilement accessible, hein ! Non. Celle côté passager, loin de moi ! Et, devinez quoi : à la première sonnerie, comme une héroïnomane en manque, je l’ai laissée me distraire, j’ai quitté la route des yeux quelques millisecondes et j’ai fouillé et trifouillé, toujours à plus de 100 km/h pour mettre la main sur ce fichu bigot. Et hop, encore un écart ! Tiens… j’aurais pu y passer… encore une fois. 

    Alors, que faire ? Que faire pour arrêter définitivement ces erreurs ? Ça vous parait simple ? Et bien, pour moi, c’est une épreuve. J’ai retourné la question dans tous les sens. Je me suis creusé la tête. J’ai fait des recherches. J’ai lu des articles. J’ai vu des méthodes extrêmes. Aucune ne m’a convaincu. J’y ai encore bien réfléchi. Mais rien ne m’est venu. Aucune idée fantastique ne m’est venue. J’en ai désespérément conclu que toute seule je n’y arriverai jamais. Et puis, j’ai un peu forcé le destin un jour en voiture avec mon mari. J’ai envoyé un SMS et j’ai bien failli nous encastrer dans une pîle de pont puis dans un semi-remorque. Il a crié de peur. Il ne m’a pas adressé la parole pendant tout un week-end. Et, il m’a pris rendez-vous pour une thérapie « de choc », hors des sentiers battus. Il m’avait déjà menacé qu’il trouverait tôt ou tard une méthode pour me faire plier, mais là, il est passé des mots aux actes et je vais être punie. Alors depuis, je compte les jours en attendant ce rendez-vous. J’appréhende et je me demande si cela fonctionnera plus d’une semaine. En tous cas, je l’espère. Je ne peux y parvenir seule. 

    ***

    Pour accentuer ma honte, ce soir, alors que la pluie vient de cesser, mon mari m’accompagne à ce mystérieux rendez-vous. Il ne me touchera pas. Il ne parlera surement pas. Il me regardera simplement me faire punir. En sonnant, hésitante, à la porte de cette inconnue, je tremble. Il est 19 h 15. La nuit est tombée depuis déjà presque deux heures dans cette ruelle où l’éclairage public vacille. Un épais brouillard aveugle les passants et on distingue à peine les feux des voitures à cinq mètres. Un chien errant est venu renifler mes pieds avant de déguerpir. Le vent balaye ma jupe. Et mon mari reste de marbre. 

    Personne ne vient. Je sonne de nouveau, timidement.

    Je suis crispée. Je me mords les lèvres. Je suis prête à renoncer. Je suis là, bête, à me dire que je me suis bien fait peur sur la route et que je ne reprendrais plus jamais de téléphone au volant.

    Personne ne vient. J’hésite. Je tourne les talons et à ce moment-là, la porte s’ouvre. Une femme prononce mon nom. Sa voix me pétrifie. Littéralement. Elle répète et me demande si elle se méprend — avec autorité. Je pivote vers elle et la salue d’un murmure. Elle s’écarte et nous fait entrer. Elle me fait assoir à son bureau. Mon mari s’installe dans le sofa, contre le mur, à l’écart. Et, elle m’interroge, sans aucun sentiment : nom, prénom, âge, situation maritale, date de permis, date de premier smartphone, temps d’utilisation quotidien du téléphone, temps d’utilisation au volant, avec Bluetooth, sans, raisons, utilisation en semaine et/ou les week-ends. Elle note les réponses sur son terminal. Elle soulève mon menton et me prend en photo. Son Polaroïd sort un ignoble instantané qu’elle agrafe aussitôt avec mon pedigree qui sort de l’imprimante.

    Méthodique, elle enchaine sans sourciller. Elle me fait passer des photos d’accidents de la route. Les images sont toutes aussi glaçantes les unes que les autres. Elle me fait lire une liste de noms et prénom. Elle me presse d’articuler, de parler distinctement, de cesser de bafouiller, d’oser affronter la réalité. Elle me fait désormais lire une autre liste, complétée d’âges. Aucun n’est supérieur à 12 ans. Je fais le lien. Des larmes me montent. 

    Elle me fait maintenant passer des photos de famille. Puis des photos d’enfants seuls. Je craque. Elle me tend une boite de mouchoirs dédaigneusement. 

    • J’aimerais pouvoir croire à la sincérité de vos pleurs, Laura.

    Son emprise est totale. Elle m’indique que la courte liste que je viens de lire ne témoigne que d’une région en France sur le mois précédent. Je ne sais plus où me mettre. La honte m’envahit. Elle me demande mon téléphone et prélève la carte SIM qu’elle insère aussitôt dans un adapteur puis dans une sorte de lecteur connecté à un étrange boitier. Elle patiente quelques secondes en claquant ses ongles sur le bureau. Je me concentre sur ma respiration. Je ferme les yeux. Un bip retentit. Elle sort du boitier un vieux téléphone de première génération, sans SMS, du début des années 80 : un Motorola DynaTac 8000 X. Quant à mon bijou technologique, elle le place sous une presse à vis. Et sous mes yeux, elle serre la vis jusqu’à ce que l’écran puis le châssis cèdent sous la pression. Une merveille réduite à débris.

    Elle me demande maintenant mes identifiants d’opérateur téléphonique et ordonne une portabilité de mon abonnement 4G vers un forfait bloqué. Je n’aurai plus droit qu’à 30 minutes par mois. Elle me signifie que l’autonomie de mon nouveau compagnon mobile n’est que de 4 heures et que la durée de charge est également de 12 heures. 

    • J’aimerais vraiment pouvoir vous faire confiance, Laura, me lance-t-elle.

    Elle me fait lever et me demande de confirmer qu’elle ne pourra éventuellement m’accorder une once de confiance qu’après m’avoir remémoré la discipline que mes parents ont dû m’apprendre un jour. Elle insiste. Elle me dit que je mérite d’être punie pour les nombreuses infractions commises, par chance, sans conséquence sur la vie des autres, celle de mes proches ou ma propre sécurité.

    Elle se lève aussi et allume une caméra à prompteur face à moi et m’ordonne de lire. Je suis morte de trouille. Je ne sais ce que je vais devoir déchiffrer. Je commence doucement :

    • Moi, Laura Satony, 31 ans, mariée depuis 4 ans, 12 ans de permis de conduire : je reconnais avoir, à maintes reprises, utilisé mon téléphone portable alors que je conduisais une voiture. Je reconnais qu’il s’agit d’une infraction au Code de la route qui provoque une brutale chute de l’attention. Celle-ci est susceptible de causer une perte de contrôle de mon véhicule et donc des accidents de la circulation. Ceux-ci sont susceptibles de causer d’irréparables dommages aux autres usagers de la route. N’étant pas capable de maitriser mon propre comportement, je m’en remets à ma thérapeute, ici présente, Maria-Carmen Aranjuez. J’ai accepté la destruction de mon smartphone et son remplacement par un modèle élémentaire, voix seulement, pourvu de 30 minutes de communication mensuelle. Je vais me dévêtir et…

    Je baisse les yeux. Je pleure. J’ai honte. Je suis paralysée. Je n’arrive plus à lire. Je suis estomaquée. Mon mari s’impatiente. J’entends ses souliers claquer sur le carrelage. Je l’imagine pétrir le tissu du canapé. Madame Aranjuez me somme de me reprendre en me fixant et en tapant son poing sur son bureau. Ses yeux me transpercent. Je bredouille en pleurnichant :

    — Et… je vais… Et je vais recevoir… une sévère fessée… de la main de ma thérapeute pour l’ensemble de mes fautes. Ma thérapeute a…. Ma thérapeute avisera de la suite de mon traitement.

    À la lecture de cette déclaration, ma gorge s’est nouée, des larmes ont coulé sur mes joues, j’ai toussé et j’ai dû redoubler d’efforts pour terminer la lecture de cette « sentence ». La caméra devant moi n’en a rien perdu.

    Je comprends que mon époux a choisi de me punir pour de bon et qu’en plus il ne sera que spectateur des châtiments. Je vais donc recevoir une vraie fessée punitive devant lui et par une parfaite inconnue. 

    D’habitude, dans l’intimité, avec lui ou même avec des amis, j’aime jouer, en recevoir et en donner, comme ça, pour le plaisir. J’aime jouer les vilaines. J’aime jouer les écolières, les prisonnières. J’aime me faire gronder pour rire et faire la maligne pour finir au coin, les fesses roses, rouges ou striées avec un doux sentiment de plénitude. Mais aujourd’hui, c’est une autre voie avec un tout autre objectif. Lui et elle semblent complètement détachés. Il n’y a pas le moindre brun d’érotisme dans l’air. Personne ne cherchera mon plaisir. On voudra juste me faire regretter mes fautes afin que je ne recommence plus mes conneries de petite égoïste irresponsable. 

    Je me sens coupable, humiliée et déjà tellement punie. J’aimerais m’échapper, mais on me rappelle à l’ordre. Madame Aranjuez à côté de la caméra m’ordonne sèchement de me déshabiller… Et mon mari confirme sans détour : « Exécution Laura ! » avant qu’elle n’insiste sans la moindre gêne : 

    • À poil !

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