Le pouvoir du côté obscur

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  • #73355
    Docteur Clack
    Participant


    Malgré son jeune âge elle avait beaucoup d’expérience. Elle pouvait endurer des corrections extrêmes qui lui laissaient des bleus plusieurs jours. Mais elle ne m’avait pas approché pour ça. Elle avait une montagne de problèmes à résoudre au fond d’elle-même et voulait que je la prenne en main. Il n’était plus question de jouer mais d’entrer dans son esprit pour la libérer des démons qui lui empoisonnaient la vie. Nous avions parlé et elle m’avait accordé sa confiance.

    J’allais donc changer de registre, et endosser la personnalité d’un exorciste impitoyable. J’étais manifestement bien dans mon rôle car elle pâlit dès qu’elle me vit franchir son seuil.

    Elle avait rempli un cahier. Un océan de reproches et de procrastination, entremêlé de culpabilité et de colère après elle-même. Elle avait aussi noté nos conversations et mes questions. Comme autant de talismans pour se protéger de la bête. Très scrupuleusement.

    Je l’interrogeai calmement. Son regard fuyait le mien et n’arrivait pas à se fixer. “Regardez-moi. Cessez de fuir” lui dis-je. “Oui Seigneur Vador…” dit-elle (enfin elle a dit oui Docteur, mais j’ai la même voix que le Seigneur Sith, alors ça lui a fait peur, forcément…). Ses yeux se plissaient mais elle a tenu bon. Je la voyais trembler et je vis plus tard que son épine dorsale était parcourue de transpiration. Ce que nous nous sommes dit nous appartient, mais j’étais rentré dans sa tête et y avait trouvé quelques clés pour l’aider.

    Je la couchai en travers de mes genoux et lui assénai aussitôt plusieurs claques bien sentie sur le bas des fesses non couvert par sa culotte ténue. Elle gémissait mais elle accélérait sa respiration comme un plongeur en apnée. Elle se préparait à une correction mémorable. Je compris alors qu’elle allait fermer son esprit et que je pourrai m’échiner indéfiniment sans aucun résultat. Je poursuivis pour faire monter la tension puis la redressai.

    Je plongeai à nouveau mon regard dans le sien. Elle le fuyait toujours mais je vis qu’elle fuyait autre chose. “Regardez-moi !” Elle s’exécuta.

    “Vous ne pleurez jamais ?”

    “Surtout pas ! J’ai horreur de ça. J’ai l’impression de me dévoiler et d’être faible”. Je compris que c’est ainsi qu’elle verrouillait son esprit et se donnait une contenance qui lui permettait de faire illusion et d’ignorer tous les reproches que son attitude pouvait lui attirer. Le démon intérieur qui la tourmentait se cachait derrière cette fermeté orgueilleuse.

    “Vous devriez. Ca vous ferait du bien et vous libèrerait de ce qui vous tourmente. Ainsi vous pourriez tomber le masque et découvrir à la fois votre personnalité lumineuse et identifier ce spectre intérieur qui vous asservit”. Elle se figea stupéfaite. Son menton tremblait.

    “Je ne vais pas pouvoir. Je n’ai jamais pu. C’est trop dur,” gémit-elle.

    Pauvre petite créature fragile. Il fallait que je fasse très attention à ne rien casser là-dedans. Le poids de la responsabilité m’envahit. Je lui sourit en gardant mon air grave et lui pris le poignet. Tout doucement je la réallongeai en travers de mes genoux. Sa respiration n’était plus qu’un mince filet imperceptible.

    ” Je vais vous fesser fort ma chère. Ca va vous faire inhabituellement mal, car vous allez laisser tomber votre armure et vous concentrer sur vos malheurs. Sur ce qui vous empêche de vivre. Sur cette part de vous que vous détestez. Et alors vous irez mieux”.

    “Oh mon dieu” gémit-elle en hoquetant. Je lui donnai une première claque, sèche et sonore. Une seule.

    Et elle fondit en larmes d’un seul coup en se relâchant complètement.

    Je continuai à la fesser tandis qu’elle sanglotait éperdument, comme si chaque claque faisait sortir une morceau de sa souffrance psychologique. Ses plaintes emplissaient la pièce tandis qu’elle crachait sa colère avec ses larmes.

    Je la redressai et la fit rassoir. Son visage trempé et tremblant me contemplait incrédule et soulagé. Elle ne fuyait plus mon regard, elle s’y accrochait.

    “Comment ça se fait ? Je ne pleure jamais. Que s’est-il passé ?” dit-elle stupéfaite.

    “Vous sentez-vous mieux ? Avez-vous mal ou honte ?” lui demandai-je doucement.

    “Oui… Non…”dit-elle. “Ca me fait du bien. Je me sens libérée d’un poids. Je n’arrive pas à y croire”.

    “Chut” lui dis-je. “Profitez de ce nouveau pouvoir et apprivoisez-le. Je suis sûr que la sensation physique n’était rien à côté de vos tourments intérieurs”.

    “Oh oui” dit-elle dans un sanglot. “La douleur n’est rien à côté de ce que vous venez de faire. Je n’ai jamais été aussi bouleversée”.

    Je continuai à faire le tour de son esprit, avec douceur pour vérifier que tout allait bien et m’assurer qu’elle se sentait mieux. Elle me rassura. Je la menai devant le miroir qu’habituellement elle fuyait, et lui demandai de se regarder maintenant qu’elle avait pu chasser momentanément la succube qui la dévorait. Elle vit son visage détendu et son regard clair et se sourit pour la première fois depuis bien longtemps. Elle rayonnait.

    Inquiétant et délicat à manier le côté obscur. Mais tellement puissant….

     

    #73357
    Valdivia
    Participant


    J’aime beaucoup votre texte qui va chercher au plus profond une sorte « d’exorcisme ».

    Par conviction, je n’entre pas personnellement dans cette façon d’aborder les rédemptions…

    Mais , bon , c’est peut être justement là que l’écrit fait entrer en conversation, découvrir de nouveaux mondes … et voyager encore !

    Bravo Docteur!

    #73364
    Biloba
    Participant


    ” l’enfer, c’est les autres “, peut-être pour la façade sèche, neutre, sans larmes, sans rires non plus, que tu t’imposes à leur montrer.

    Des larmes en dedans, des rires étouffés, ces nœuds qui sont autant de mensonges à toi-même, mensonges au dehors et dedans.

    ” je pleurais quand je vAins au monde, chaque jour me montre pourquoi “. C’est un peu simple, d’abord parce que tu ne pleures qu’en toi, que tu n’offres tes larmes à personne. Ensuite parce que tu ne sais pas faire confiance.

    Alors, tu as peur, c’est confortable, ça peut durer une vie à tourner sur soi-même, en écoutant la petite voix intérieure qui dit : ” il faudra bien que cela sorte “.

    Alors, tu as froid. Comme tu en as marre de “cahier”, tu finis par chercher le feu dans l’autre ainsi que l’AuTRE c’est toi. Jusqu’à l’accouchement de tes larmes, larmes de sel que tu fuis depuis trop longtemps.

    Il ne s’agit pas de t’humilier, mais de t’aider à te libérer, peu importe le chemin : au bout du tunnel, ta clairière.

    Ainsi tu seras magnifique dans la plénitude de ton accomplissement. C’est le travail de toute une vie, ou le temps plus ou moins long, doutes et hésitations, avant de passer à l’acte. C’est, par conséquent, toi-même qui te donnes le feu vert ta libération. Cela ne marche pas forcément, mais tu AURAs pour le moins le mérite d’avoir essayé.

    Je ne serai plus qu’un moyen, dès lors que tu sortiras de ta cage, je serai mort depuis longtemps, si tant est qu’aimer vraiment, c’est préférer un autre à soi-même.

    #73373
    Miss Tinguette
    Participant


    Très beau texte qui reflète les femmes comme moi, qu’on nomme aussi “femme forte” ou ” femme avec du

    caractère”.

    Ces femmes là ont dû être fortes tout le temps ou presque, on ne sait plus comment c’est de pleurer, se laisser

    aller etc alors côté émotions c’est pas encore ça.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par Miss Tinguette.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par Miss Tinguette.
    #73382
    Victor
    Participant


    Bonjour

    J’ai bien aimé. L’histoire se tient.

    Peut-être que quelques répliques pourraient être allégées pour donner plus vrai. Certaines ressemblent à un cours magistral.

    A bientôt

    #73403
    Docteur Clack
    Participant


    Merci à toutes et à tous pour vos commentaires.


    @Valdivia
    J’ai utilisé l’image du démon pour symboliser les tourments intérieurs. J’ai pu observer que les vieilles légendes plus ou moins teintées de religiosité, les vampires, les fantômes et autres djinns, étaient le moyen que nos ancêtres avaient trouvé pour décrire les souffrances de l’âme. J’ai même connu une dame victime d’un shinoi, mais c’est une autre histoire.

    Donc oui une forme de rédemption, mais sans dimension mystique.


    @Biloba
      Très bien vu. Cette jeune femme s’interdisait la libération par les larmes et je n’ai été que l’instrument qui lui a permis de se laisser aller. Je lancerai un sujet sur le fesseur comme instrument de la personne qui reçoit, car je crois que c’est très profond.

    @ Miss Tinguette. En effet les personnes dites forts (hommes comme femmes) peuvent s’interdir l’expression des émotions, ce qui est une souffrance. C’est souvent très compliqué de réaliser qu’accepter ses faiblesse c’est la vraie force, et affronter ses peurs le vrai courage.


    @Victor
    Merci. L’exercice d’écriture était assez brut et spontané. Les répliques sont condensées et il aurait fallu beaucoup de place pour décrire tous les jeux de regards et le body language. J’essaierai un jour car en effet ça donne un ton plus “docte”.

    #73437
    Nush
    Modérateur


    Ton récit est bien posé, les situations parfaitement décrites, les émotions des personnages sont admirablement décrites.

    J’ai relu plusieurs fois ton récit. Sans réellement savoir s’il me plaisait ou pas. Et encore maintenant je doute.

    Il est vrai, comme le précise Valdivia, que de la rencontre d’autres situations naissent les supputations, les interrogations et la réflexion.

    Je ne ‘me’ retrouve pas dans le personnage féminin, d’où mon vacillement à apprécier la lecture, à rendre mienne la situation décrite.

    Cette femme qui contient ses émotions et puis se ‘lave’ par la douleur ça je connais. Je connais même très bien.

    Ce qui m’effraye ce sont les pleurs, les sanglots. Et surtout ce qui se cache derrière ces pleurs et ces sanglots.

    Tu laisses présager de sombres raisons à ces épanchements et je crois que c’est cela qui me touche en négatif.

    Je pleure parfois pendant les jeux érotiques mais jamais pour des raisons aussi obscures. La douleur me suffit.

    Maintenant, je sais que ton récit a atteint son but : me faire réfléchir. A mes propres désirs et mes peurs.

     

    C'est la nuit qu'il est beau de croire en la lumière.
    #73439
    Yves
    Participant


    Bonjour,

    J’ai eu à pratiquer ce genre de fessée pour aider la personne à relâcher ses émotions. Cela n’a pas fonctionné avec cette personne, sans doute trop torturée intérieurement. Il y a des barrières infranchissables.

    Mais lorsque cela arrive, alors c’est un soulagement pour le fesseur comme pour la fessée.

    On se retrouve alors dans un état second.

    Voilà, ce que je dit est tiré de ma propre expérience. Seulement cela.

    Mesdames, mesdemoiselles, mon propre plaisir passe par le vôtre

    Blog : histoires-jr33.blogspot.com

    #73444
    Paulparis
    Participant


    Beau récit qui évoquer un aspect très intéressant de nos rapports dominateur/dominée. Personnellement je n’aime pas faire pleurer les femmes, je n’aime pas les voir pleurer… Mais cela n’enlève rien à l’interêt du thème que vous évoqué.

    #73445
    Eva
    Participant


    Je viens de relire moi aussi votre texte,  et vous remercie de ce partage.  Et je remercie Nush et Victor aussi pour avoir exprimé deux points sur lesquels je n’aurai su mettre les mots. Comme Nush, je ne suis pas sûre que votre texte me plaise, alors que je le trouve sincèrement bien écrit. Peut etre ce côté clinicien très détaché évoqué par Victor en est il la raison…

    Dans tous les cas, ce que j’y vois à la deuxième lecture, c’est que la demoiselle en question avait déjà fait une grande part du chemin et du travail en écrivant consciencieusement ses émotions et ressentis en vue de votre rdv. Tel un talisman…c’est joliment dit mais était ce vraiment pour se protéger ?oubien au contraire l’armure était elle déjà tombée ?

     

    Se révèle être "comme une boule de flipper,qui roule qui roule...".

    #73489
    Docteur Clack
    Participant


    @Nush, @Eva et @ PaulParis. Vous mettez le doigt sur un point qui me dérange moi-même. La situation était très inhabituelle pour elle comme pour moi, et il est apparu assez vite que notre relation n’avait pas pour objectif le plaisir, mais une forme de catharsis. Il y avait là-dedans une dimension obscure, d’où le titre, qui m’a amené à beaucoup de prudence d’une part, et d’autre part à un investissement émotionnel assez fort que je n’ai pas voulu laisser transparaître dans le texte car je ne voulais pas partager des choses concernant de trop près l’intimité de cette personne qui m’a fait confiance, fût-elle anonyme pour vous tous. D’où ce style “clinique” que vous avez ressenti ainsi que Victor. Là c’est moi qui ai mis une armure pour vous en parler, et force est de constater que vous avez senti mon malaise.

    Et oui, moi aussi je suis dérangé par les larmes et je n’avais jamais vu des larmes connectées à une telle souffrance intérieure (ce qui m’a posé le même problème qu’à Nush). J’ai alors essayé de les recevoir au mieux et de les comprendre.

    J’ai revu cette personne régulièrement, et elle a rapidement arrêté de noter ses peccadilles dans son carnet, mais a continué à lui confier ses doutes, ses espoirs et ses progrès (toujours come un talisman chère Eva) et nous avons eu également de longs échanges écrits. Ca m’a placé dans une position de simili thérapeute, ce qui n’est pas mon métier n’en déplaise à mon pseudo, avec laquelle j’avais des doutes (et des gros), mais je dis dire que ma partenaire a admirablement réagi dans le sens où elle m’a encouragé à poursuivre et m’a témoigné de la reconnaissance pour ce qu’elle estimais être clairement des progrès.

    Je lui avait en effet laissé le contrôle de cette relation, de ce que nous allions faire, de ce dont nous allions parler, ay aussi d’y mettre un terme, car je n’étais pas à l’aise pour la diriger sur des chemins aussi sombres. Je voulais être sûr de sa totale liberté.

    Je suis heureux de vos commentaires qui éclairent les questionnements que j’ai eus tout au long de cette relation totalement inhabituelle pour moi. Je suis aussi heureux que mon écriture détachée n’ait pas résisté à votre empathie, car vous l’aurez compris cette expérience m’a marqué. Ce n’était pas si facile pour moi de la partager avec la charge émotionnelle qu’il y a derrière, et je vous remercie de la franchise de vos messages.

    J’avais besoin d’y réfléchir et avec vous c’est mieux. Un grand merci (assez ému au fond).

     

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