L’année initiatrice (6 et fin).

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    Anonyme
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    “Tout ce qui ne nous détruit pas nous renforce”

    Je dus dormir d’un sommeil pesant et sans rêve, comme vidé de toute substance et qui au bout du compte, m’abandonna à mon réveil plus démunie que jamais.

    De plus ce matin, je me retrouvai seule car Anne contrairement à ces deux derniers jours n’était pas derrière la porte pour m’appeler. Je ressenti un vide. Mais rapidement revinrent en force toutes ces images et ces sensations terribles de la correction hier soir, l’angoisse qui l’avait précédée, les coups insupportables de ces lanières sur mes fesses et mes cuisses. Instinctivement je descendis ma main et retrouvai sur ma peau ces reliefs encore sensibles de la veille, quoique diminués.

    Comme cet homme avait frappé fort, insensible à mes cris et mes larmes. Et que dire d’Anne ?

    La férocité qu’il avait mis à la battre pratiquement jusqu’au sang me fit frémir et presque douter. Comme si finalement toute ces actes si violents n’avaient pu exister, qu’elles appartenaient à un autre monde plus prêt du cauchemar que de la vraie vie. Et pourtant c’était bien vrai et je devais m’y faire.

    Je n’étais pas habituée à tout cela, avant je n’avais jamais imaginé qu’on puisse infliger une telle souffrance à quelqu’un juste pour le punir et surtout si la personne est sa fille ou celle de sa compagne, quelqu’un qu’on devrait préserver et aider, soutenir quoi qu’il arrive.

    La nausée que j’avais ressentie hier remontait, je me sentais comme abattue, fatiguée, plongée dans une douleur généralisée. Je perdais le contrôle de mes pensées. Je n’arrivais plus à retrouver une signification légitime à ce qui était arrivé, à comprendre vraiment ce qu’il s’était passé. Et pourtant en réfléchissant bien je savais que le puzzle pouvait être reconstitué, mais mes forces me manquaient pour me réconcilier une quelconque logique, je perdais pied.

    Je repensais a ma famille qui ne se doutait de rien. A cette vie qui devait continuer là bas, chez moi, sans moi. Et surtout à ma mère. Je l’avais volontairement écartée de tout soupçon, elle qui bien avant moi avait connu cette brutalité terrible que lui avaient infligé ses parents et qu’avait perpétré sa sœur sur ses enfants et maintenant sur moi.

    Pourquoi tout cela ?

    Je ne savais plus, tout se déliait et je me mis a douter de tout, je flottais sur ce lit qui était maintenant le miens, dans cette chambre, si éloignée de mes racines, dans cet appartement ou déjà pour moi tant de choses venaient de se passer. En deux jours j’avais finalement vécu bien plus de choses ici que dans toute précédente vie.

    En arrivant ici , j’avais réalisé la tache énorme que je devais accomplir pour mes études, la concurrence était rude, on n’avait cessé de me le dire et je pressentais tout le travail et le niveau que je devais atteindre. En réalité j’avais demandé une formation qui par miracle m’avait été accordé. mais en réalité je ne me sentais pas prête. Et pourtant je voulais réussir à tout prix, mais encore fallait il y mettre le prix. celui là me paraissait redoutable, exorbitant, mais peut être justifié. Jamais avant je n’aurais pensé en arriver là, mais maintenant l’évidence s’imposait.

    Ces gens tous aussi cruels qu’ils semblaient être, face à la pureté d’Anne à de mon désarroi étaient pourtant porteurs de toute une image de réussite et de perfection qui m’envoûtait et que je retrouvai chez Anne de façon encore plus éclatante. Je voulais être comme eux, surtout comme elle qui dans tous ses déboires conservait une dignité et ce courage extraordinaire qui m’avait toujours manqué. Et voilà que sa mère semblait me garantir cette même perfection à condition d’en accepter moi aussi les terribles règles.

    C’était si troublant et en étais je au fond capable? J’avais survécu , je n’étais pas morte, ni Anne d’ailleurs qui vivait cela depuis bien plus longtemps que moi. Il fallait sans doute que j’en passe par là, traverser ce tunnel si sombre pour trouver la lumière. J’avais trouvé dans cette maison le chemin inespéré qui me permettrait de franchir toutes ces étapes. Une occasion unique se présentait, je ne pouvais pas me permettre de la laisser passer.

    Une énergie nouvelle s’empara de moi. Décidément je ne me sentais plus la même et j’eus à nouveau l’impression de retrouver cette fille qui sommeillait depuis si longtemps, là , cachée, et qui cette fois-ci sortait au grand jour me prenait par la main et enfin allait me désigner ma véritable place.

    Sans plus vouloir me poser des questions sur mon état et mes douleurs je me levais, enfilais ma robe de chambre et sortais dans le couloir.

    Anne était justement en train de faire de même. Je fus littéralement soulevée par une coïncidence qui ne pouvait en être une tellement elle me troublait. Nous nous sentions si proche que nous arrivions a nous synchroniser et vivre de concert comme une seule personne. Encore une fois nous nous sourîmes en tombant mutuellement dans nos bras et les pleurs retrouvèrent le chemin de mes yeux.

    “Tu as mal encore ? ” en disant cela j’eus l’impression de prononcer une phrase absurde et inutile.

    – Oui surtout là ou tu mets ta main !

    Je reculais car sans faire attention je réalisais que j’avais glissé une main sur le bas de son dos. Je la retirais aussitôt, confuse.

    Elle se mit a rire, de son rire que j’aimais tant.

    – Je ne peux plus m’asseoir Mais ce n’est rien, je connais cela, ne t’inquiète pas !

    Et nous rimes cette fois toutes les deux, tant sa joie communicative transpirait même pour une constatation aussi cruelle .

    – J’ai pensé à lui toute la nuit” ajouta-t-elle aussitôt en chuchotant. Si tu savais tous les projets que j’ai pour lui…

    Elle fut interrompue par une porte qui s’ouvrait, ma tante apparue au coin du couloir suivi d’Édouard un pincement de terreur remonta en les voyant arriver. Il y a seulement quelques heures nous avions pleuré et crié, se tordant nues sous leurs regards sans pitié. Et voilà que comme si de rien était ma tante s’approchait pour nous nous embrasser l’une l’autre comme elle l’avait fait après la correction. Le sourire d’Édouard dévoilait maintenant un homme différent, ouvert et même prévenant.

    La conversation s’engagea sur le programme de la journée

    La question fut posée si nous devrions nous rendre à l’église. Pour Anne cela semblait presque impossible de devoir sortir et rester assise le temps d’une messe. Je le lus sur son visage inquiet et je vis aussi la parfaite conscience de sa mère sur ce sujet qui semblait réfléchir un instant…
    C’était bien à elle seule qu’il revenait de prendre la décision et ce nouveau supplice, qu’il n’était bien sûr pas question de désigner comme tel, pourrait bien constituer un petit supplément éducatif non négligeable. L’église n’est elle pas le lieu même du repentir ? Il fut donc décidé que oui, elle irait a la messe et je vis Anne pâlir à cette annonce.

    – Vous avez une heure pour vous préparer. Je compte sur toi Lucie pour t’habiller en conséquence, nous allons croiser beaucoup de monde à l’église et des gens respectables !

    C’était un ordre qui me paralysa, comment allais je m’habiller et me montrer digne de tous ce milieu qui m’était encore étranger ?

    Cette fois ci nous partageâmes la salle de bain pour notre toilette. Aucune forme d’intimité ne nous séparait plus. La douche d’Anne fut brève, sa peau fortement marquée la faisait souffrir elle évitait tout contact inutile. Elle examina la mienne, les marques étaient bien plus légères mais restaient malgré tout sensibles. Nous échangeâmes nos impressions. Elle craignait que pour la première correction de ma vie je sois profondément meurtrie psychologiquement. Je lui fis entendre que sa présence avait été une aide considérable et ne savais si seule j’aurais pu résister jusqu’au bout. Et que surtout j’avais été particulièrement impressionnée par sa résistance aux coups. Elle pris un air un peu étonné.

    – Mais tu sais dans mon entourage c’est courant, on apprend à résister. On n’a pas le choix de toute façon. Tout ce qui ne nous détruit pas nous renforce. Mais je souhaite de tout mon cœur que tu ne subisses pas ce que j’ai vécu. C’est vraiment dur !

    Je me sentais gênée, oui ça avait déjà été dur pour moi aussi et n’imaginais pas revivre une telle fessée de si tôt. Quand à recevoir une raclée comme comme celle qu’elle avait prise cela me semblait aussi irréaliste qu’impossible à supporter.

    En une heure nous étions prêtes. Heureusement le goût d’Anne fut décisif quand au choix des vêtements que je devais mettre. Elle dû m’en prêter. Tous ceux que j’avais amenés et dont j’avais été si fier avant mon arrivée me semblaient être ici de vraies loques. Je regrettais de m’être par le passé tant opposée aux goûts de ma mère qui me paraissait maintenant totalement justifié.

    Nous quittâmes l’appartement tous ensemble. Enfin l’air extérieur me fit grand bien après le confinement de ces dernières heures. Le temps avait changé, le ciel était couvert et il me semblait que j’avançais dans de nouvelles rues, dans un monde encore inconnu ou j’avais tant de choses à apprendre. Anne et moi marchions derrière ma tante et Édouard et n’avions pas déjeuner. Comme si la violence que nous avions partagée n’aurait pu être réparée par une vulgaire collation. Nous nous condamnions implicitement à toute restriction et assumions notre sort jusqu’au bout.

    Tout en marchant je voyais se profiler l’église qui nous attendait. Elle grossissait à chaque croisement de rue que nous franchissions. Je réalisais que je connaissais si peu les rites catholiques. Mes parents pratiquant au début de notre enfance avaient peu a peu délaissés ces pratiques. Je soupçonnais ma mère d’avoir conservé en elle une vraie foi qu’elle ne cherchait pas à imposer, estimant que c’était à moi et mon frère de trouver le chemin de notre propres croyance. Cependant elle nous avait malgré tour imposé de suivre deux années de catéchisme pour pouvoir choisir librement plus tard… en connaissance de cause.

    Mais en fait cela m’avait si peu intéressé que je n’avais rien retenu de cet enseignement et au fur et a mesure que j’avançais je m’inquiétais sur mes capacités a suivre un office dont les rites allaient m’échapper. Je savais à quel point comptait pour eux la messe, Anne m’en avait parlé, mon intégration tenait aussi à cela il n’était pas question de faire de faux pas de ce côté. Dès mon arrivé ici les circonstances avaient jouées en ma défaveur et j’étais déjà bien stigmatisée.

    Sur le parvis les parents d’Anne saluèrent au passage divers connaissances mais il était tard il fallait entrer dans l’église. L’orgue résonnait a notre arrivée dans ce lieu qui semblait gigantesque et me donna des frissons. Je pris soin dans la semi obscurité de marcher sur les pas d’Anne, de peur de commettre quelques bévues, distraite comme je le suis j’aurais pu perdre le fil de leur marche.

    Sans hésitation Édouard en tête nous primes place sur un banc qui semblait réservé et dûmes nous asseoir. Tout de suite je pensais a Anne pour qui l’épreuve commençait. Je n’oserais l’observer mais fis en sorte de m’asseoir exactement en même temps qu’elle, comme si en l’accompagnant je pouvais partager ses douleurs.

    Les prêtres arrivèrent dans le cœur suivis comme par de petits anges, des enfants de cœurs. Nous nous relevâmes pour entamer un chant dont je trouvais les paroles sur une feuille déposée sur le banc a mon côté.

    Bien sûr, pas plus que pour les séances de catéchisme je cherchais une quelconque signification à la cérémonie. Mon attention se portait exclusivement sur l’aspect grandiose de cette église et surtout sur les personnes qui en composaient l’assemblée. J’essayais de repérer dans la foule celles que nous avions rapidement saluées à l’entrée. C’était surtout des familles dont un certain nombre de leurs enfants avaient nos âges. Je ne pus m’empêcher de me demander si les principes d’éducation était les mêmes pour tous ceux dont nous venions de rencontrer.

    A chaque fois qu’il fallait s’asseoir je pensais à Anne et ne pu me retenir au bout d’un moment de tourner la tête pour voir sa réaction. Son visage était extrêmement crispé et ses yeux humides. Je fus pris d’un sentiment vif de compassion et de colère mélangées. J’avais tellement de peine pour elle mais en même temps je sentais qu’elle vivait ces instants de recueillement avec une véritable intensité, comme finalement tout ce qu’elle faisait.

    La sortie de l’église s’accompagna de grandes envolées d’orgues. Et je compris alors ce qu’avait voulu me faire passer ma tante en me demandant de bien m’habiller. En effet je découvrais sur le parvis tout une société dont les codes m’échappaient.

    Bien entendu la grande majorité était impeccablement vêtue, même quand la sobriété semblait en être le principal but. Tout comme Anne et encore plus pour beaucoup de femmes mures je trouvai là un véritable sens, mêlant esthétique et recherche. Mais plus redoutable pour moi, les manières, la façon de s’exprimer de chacun étaient d’un niveau bien plus subtil et attentionné que ce que j’avais eu l’habitude de pratiquer dans l’éducation que j’avais reçue. Il y avait un fossé entre ce monde et celui que j’avais connu. La réalité implacable des différences sociales me clouait littéralement du mauvais côté de celle ci. Je me sentais comme un de ces vilains spécimens d’insectes épinglés dans une vitrine d’un musée d’histoire naturelle et que tout le monde pouvait observer au passage avec une curiosité mêlée d’amusement et de répugnance.

    Malgré tous les efforts que faisait Anne pour me présenter comme une fille exceptionnelle et plein d’avenir, je ne pouvais m’empêcher de rougir à tout va et la honte et l’humiliation de m’être retrouvé nue pour être fouettée la veille ne me semblaient pas pire que cela.

    Anne me présenta à ses amis et particulièrement à un garçon grand et frêle dont l’expression traduisait autant qu’elle l’intelligence et une sensibilité extrême mais chez lui doublée d’une sorte d’inquiétude permanente.

    – Lucie je te présente François Lécuyer mon meilleurs ami.

    Aussitôt, contrairement à certaine rencontre que je venais se faire une main chaleureuse se tendit vers la mienne et un visage plus qu’engageant me souhaita une bienvenue. Je me sentie tout de suite comme transpercée. Le meilleurs amie qu’elle pouvait avoir ne pouvait être que comme elle.

    – On se voit tout à l’heure ?

    La question qu’il venait de poser à Anne la laissa dans l’embarras

    ¬ J’ai… Été punie hier. Lucie aussi ! C’est compliqué aujourd’hui.

    Aussitôt un mouvement de compassion le traversa.

    – Oh je suis désolé.

    – C’était la première fois pour elle. Mais elle a été remarquable !

    La honte m’envahit quand il me regarda à nouveau. Savoir qu’il devine ce que nous avions subie et en être sincèrement désolé (et il l’était, il y a des expressions qui ne trompent pas) me troubla.

    – Bon d’accord; je viendrai comme d’habitude, mais avec Lucie cette fois, tu es d’accord Lucie ?

    Le visage de François s’éclaira quand je hochais timidement la tête.

    – Alors merci, vous verrez les parents ne seront pas là nous pourrons discuter librement.

    Une jeune fille très blonde un peu plus jeune, ravissante s’approcha et me tendit la main.

    – Et voila ma sœur Natacha annonça François.

    Tout a coup apparu ma tante.

    – Lucie viens voir que je te présente monsieur Max !

    Je fis enfin la connaissance de cet homme qui me déconcerta tout de suite. Selon ce que m’en avait dit Anne je m’attendais a rencontrer un un être sévère et intransigeant comme l’était Édouard. Mais cet homme dont les décisions implacables dépendaient tant de cuisantes douleurs pour ses élèves présentait un aspect affable et bon vivant, physiquement bien portant et rond. Il m’examina de ses yeux de chat jouisseur et me tendit sa main.

    – Bonjour mademoiselle !

    Une main soyeuse qui enveloppa la mienne. Une main réconfortante.

    Immédiatement la voix sèche et précise de ma tante scella cette rencontre.

    – Comme je vous l’ai dit hier, ma nièce dès son arrivée nous a posé des problèmes. Elle est influençable et l’éducation qu’elle a reçue de ma sœur comporte de graves lacunes. Elle est cependant courageuse et volontaire, nous allons avoir du travail avec elle. Mais je crois que nous pourrons rectifier le tir et lui garantir un avenir malgré tout décent.

    Cette phrase cinglante me fit rougir et j’eus de nouvelles réminiscence comme si les lanières du martinet s’abattaient à nouveau.

    Je fus ainsi tout de suite ramenée à la réalité de ma condition dans cette famille. La raclée d’hier n’était que la première d’une suite qui viendrait tôt ou tard. Sa phrase annonçait des temps difficiles.

    Avec Anne nous fumes chargées de rentrer avant pour mettre la table, monsieur Max était invité.

    Sur le chemin du retour elle me parla à nouveau de lui et me raconta son histoire.

    C’était un enfant dont les parents de modestes conditions qui habitaient dans le sud de l’Angleterre et étaient décédés dans un accident de train lorsqu’il avait quatre ans.

    N’ayant pas de famille pour s’en occuper, il fut placé dans un orphelinat d’où les talents dont il fit rapidement preuve attira l’attention d’un Lord dont les œuvres caritatives avaient pour but d’aider justement les enfants comme lui.

    Il fut donc envoyé dès ses sept ans dans les meilleurs écoles anglaises qui étaient aussi les plus dures. La discipline, surtout a cette époque y était féroce, surtout envers les élèves de médiocres conditions, méprisés par les enfants d’élites qui les fréquentaient. Il ne comptait pas les humiliations, les coups de cannes et de twases allègrement distribués, doublés des brimades de ses camarades, méprisants et jaloux de ses talents naturels. Mais il avait tenu bon et était sorti premier d’une des plus prestigieuses écoles: Oxford.

    Son avenir semblait des plus brillants et il s’engagea dans la finance ou il se fit vite remarquer. Cependant au bout de quelques décennies il fut pris dans une série de malversations dont il n’était pas l’instigateur mais dont son appartenance toute particulière à son groupe fit qu’il avait dû porter le chapeau pour des erreurs qu’il n’avait jamais commises. Ce milieu étant impitoyable, dégoûté il démissionna et vint s’installer en France dont il appréciait la culture et son mode de vie.

    Comme il avait été aidé dans son enfance il voulu faire de même en s’occupant de la scolarité d’enfants prometteurs. C’est comme cela qu’il fit la connaissance de la famille d’Anne dont il devint l’ami.

    C’était un homme droit et terriblement compétant en matière d’éducation. Partisan des châtiments corporels, il répétait souvent que ceux-ci n’atteindraient jamais ceux que lui mème avait connus. Il s’occupait de superviser et compléter la scolarité d’Anne et de sa sœur. Il avait établi tout un système de points très élaboré et chaque faiblesse donnait lieu à une correction hebdomadaire administré par Édouard le vendredi soir. Anne bien qu’habituée en gardait des souvenirs très pénibles. Surtout entre l’age de 8 à 11 ans ou elle fit preuve de difficultés inexpliquées en orthographe et d’autres matières que les fessées répétées et cuisantes n’arrivaient pas à améliorer. Le vendredi soir ne suffisant pas, il fallu instaurer un nouveau soir pour répartir les coups auxquels elle avait droit. Le martinets du êtres régulièrement renouvelé, mais malgré cela on constatait peu de changements. Un spécialiste fini par détecter chez elle une dyslexie prononcée qui expliqua bien des choses. Cela ne fit pourtant pas changer les méthodes parentales et ce n’est qu’au bout de longues périodes douloureuses qu’elle fini par vaincre définitivement toutes ces difficultés. De ce côté là les résultats avait été spectaculaires mais elle gardait de cette époque des traces de souffrances, d’angoisses et de désarrois profondément enfouies en elle, elle n’eut pas honte de m’avouer cela et je sentis une douleur dans sa voix. Je fus peiné pour elle.

    Maintenant monsieur Max s’occupait sérieusement de Lætitia, mais d’elle encore. Ses études supérieures lui valaient parfois des déboires cuisants car l’exigence demandée était de sortir première de sa promotion.

    Nous arrivâmes a la maison et entreprîmes de sortir le repas préparé la veille par la bonne et de mettre le couvert.

    Une fois que tout le monde fut réuni, le repas pu commencer. La présence de monsieur Max rendit celui-ci très agréable, il était rempli d’humour et d’anecdotes croustillantes, surtout sur son passé anglais et les nombreux voyages qu’il avait effectués dans le monde entier. Nous rîmes fort tout le long du repas. C’était une personnalité enjouée qui savait transformer le moindre événement en fait particulièrement vivant et plaisant.

    Quand le repas pris fin nous fumes priés Anne et moi de regagner notre chambre pour nous mettre au travail. La rentrée approchait pour chacune, pas question de prendre le mauvais pli. Seule dans ma chambre je me remis aussitôt à ce livre que je devais absolument terminer mais qu’à chaque fois que je m’y étais attelé j’avais été interrompue ou troublée, finalement j’en étais resté aux premières pages. Je réussi cette fois ci à lire le premier chapitres et allais commencer le second quand j’entendis un pas dans le couloir et ma porte s’ouvrit.

    – Lucie, peux tu venir dans le salon, monsieur Max aurait à te parler ?

    Une angoisse m’envahit, je me levais et suivis aussitôt ma tante jusqu’au salon. Je trouvais là Max installé devant une table couverte divers documents faisant dos a Édouard qui était lui même installé devant un secrétaire. Les deux hommes bien que chacun occupé semblaient malgré tout discuter.

    Le Max si drôle du repas semblait avoir quitté les lieux, cédant la place à un homme à la fois absorbé et détaché.

    Ma tante s’assit à côté de Max qui ne leva pas la tête à mon arrivée ni même lorsque je pris place sur une chaise face à eux deux, comme devant un tribunal d’inquisition.

    – Avec Max nous avons parlé de toi et de tes études. Il serait prêt a t’accompagner et te suivre au moins pour le premier semestre car il est certain que tu en auras besoin.

    Aussitôt sans détacher les yeux du document épais dont il tournait les pages d’un air détaché il prit la suite de ma tante.

    – Oui mademoiselle, il se trouve que le sujet de vos études concerne une matière dont je me suis occupé en Angleterre en marge de mes activités professionnelles. Ce sont des choses qui n’évoluent pas énormément au fil du temps bien que d’autres approches intéressants aient été apportés depuis, mais ça ne devrait pas poser de problème. Quelle est exactement votre niveau ?

    Sans quitter des yeux le document qu’il consultait page par page je tentais de répondre à chacune de ses questions de manière la plus concise qui soit. La plupart des réflexions qu’il fit me semblèrent légitimes mais certaines me troublèrent par l’éloignement apparente de la matière concernée, presque étranges.

    Puis tout à coup il leva pour la première fois son regard qu’il dirigea dans le mien. Un scalpel me pénétrait par les yeux et me mettait à nue.

    – Avez vous des livres à étudier en préparation ?

    Très intimidée comme s’il venait me disséquer je lui fit la liste de mes lectures et indiquais celui que je venais justement de commencer.

    Tout de suite ma tante intervint.

    – Lucie serait tu d’accord à ce que monsieur Max te suive ? Réfléchis bien car c’est un engagement sérieux auquel tu vas devoir te consacrer entièrement. Tu seras tenue responsable et devras assumer tes moindres relâchements. Tu connais nos méthodes !

    Je me sentis pâlir. Bien sur que je savais ce que cela signifiait. Mais avais-je maintenant le choix ?

    Je m’entendis répondre d’une voix compressée, faible mais déterminée :

    – oui j’accepte !

    Le regard de Max s’illumina et il sembla se gonfler de contentement, comme une grenouille . Mais la sobriété revint très vite.

    – Très bien mademoiselle, j’en suis heureux pour vous. Mais je dois vous avouer que vous vous y prenez un peu tard et même très tard. Je vais vous demander pour après demain un compte rendu de quatre pages sur celui que vous avez commencé, d’autant plus qu’il va jouer un rôle déterminant pour la suite de vos études, au-delà de ce que vous pouvez imaginer ! Écrivez ce que vous comprenez ! Appliquez vous ! Nous verrons après précisément les points qui vous posent problèmes. J’accorderai votre première note a cette occasion. Le minimum requis au départ est une moyenne de 12 sur 20, mais pour commencer seulement. Tout point au-dessous sera multiplié par quatre et assumé par vous. Ce n’est pas moi qui m’occupe des punitions mais tout comme moi Édouard est très soucieux d’un travail bien fait et rigoureux. Si le devoir est à refaire, le barème de points manquants sera d’une fois sur l’autre doublé pour la punition. Cela peut allez loin et vous verrez comme c’est efficace ! Je vous guiderai à chaque étape pour que vous puissiez progresser, c’est fondamental et vous devrez me faire confiance. Par contre je serais exigent sur vos résultats. Nous verrons cela plus précisément quand vous me rendrez ce premier travail !

    Mon estomac se noua et comme si son scalpel descendu jusqu’à lui commençait à le déchirée. Le défi était implacable et touchait précisément mon premier point faible, car le livre vraiment était ardu.

    Aussitôt dit je fus congédiée mais avant de franchir le pas de la porte la voix de ma tante, toujours forte toujours intraitable se fit entendre.

    – Nous allons nous réunir d’ici là pour préparer l’arrivée de Lætitia. Cette année encore plus que jamais nous devons nous tenir tous prêts et ne rien laisser passer.

    Je regagnais ma chambre.

    Ça y est la machine était lancée. Impossible de faire marche arrière. Je me sentis défaillir en repensant à cette phrase “Vous vous y prenez un peu tard et même très tard”. C’était évident mais qu’avais je fait cet été ? Mon inconséquence et ma légèreté me firent frémir… J’étais maintenant au pied du mur et me sentais comme un taureau convoqué à la prochaine corrida. J’allais devoir me battre, mais quels sont mes chances de succès ?

    Je pensai a tout ce qu’Anne avait dû subir pour surmonter ses difficultés. Je me trouvais maintenant dans la même situation, et la sensation terrible des lanières de feu me cinglant la peau revint.

    Je pris ce livre qui me donnait tant de fil a retordre et décidais de le reprendre depuis le début.

    Je n’avais plus une seconde à perdre ! En relisant le chapitre que j’avais commencé tout à l’heure je m’aperçus que des passages entiers restaient encore flous et nombre de contre-sens que j’avais faits me firent rougir d’angoisse et embrouillaient d’avantage mon esprit.

    Comment faire si je ne comprenais pas ? La note sera alors de toute façon désastreuse. Je me voyais déjà devant monsieur Max à devoir justifier ce premier échec qui m’enverrait faire un tour dans le bureau d’Édouard. Et cette fois Anne ne sera pas là pour me soutenir.

    Le temps passait et je m’enfonçais comme dans des sables mouvants. Décidément quelle folie de m’y être mise aussi tardivement. Je connaissais pourtant la liste des livres depuis deux mois et m’étais clairement laissée aller. Il allait maintenant me falloir payer amèrement cette négligence.

    Tout a coup on frappa a ma porte, c’était Anne.

    – Lucie tu veux venir chez François ? C’est l’heure. Nous avons l’autorisation de ma mère.

    Son annonce me fit l’ effet d’un coup de poignard. Déjà ? Et je n’avais encore rien écrit. Pas même abordé le deuxième chapitre.

    Voyant que rien avançait et me sentant provisoirement bloquée je n’avais donc plus rien à perdre et me levais pour rejoindre Anne.

    L’appartement familiale de François se trouvait deux rues plus loin. En entrant chez lui j’entendais au loin des bruits d’une musique rock qui m’était familière et me réchauffa le cœur, ça me manquait. Tout comme chez Anne nous devions traverser des couloirs dans un vieil appartement peut être encore plus grand que le sien.

    La porte de la chambre de sa sœur s’ouvrait, c’est là que tout se tenait donc et je sentis tout de suite l’odeur caractéristique du shit qui mêlée à la musique me plongea dans des ambiances bien connues.. C’était bien celles des fêtes auxquelles j’étais habituée en Bretagne, avec tous mes amis de là bas et bien sûr en cachette de nos parents.

    Il y avait presque une dizaine d’amis filles et garçons qui assis sur le lit ou par terre discutaient et riaient sarcastiquement en se passant un joint.

    Je reconnu quelques visages aperçus ce matin et surtout la sœur de François étonnamment blonde et qui semblait si à l’aise dans son élocution et ses attitudes, elle discutait avec une autre fille présente également ce matin. Cette fille me paraissait très sympathique, pleine d’humour mais d’une assurance extrême qui dépassait son interlocutrice. Elle avait eu une attitude presque condescendante avec moi devant l’église.

    Mais j’observais surtout François, c’ était vraiment un garçon charmant et plein de tact. Il me posa plein de questions sur mon passé et mes goûts, s’intéressant sincèrement à moi.

    Sa façon de faire d’être ne m’était pas l’indifférente au fur et a mesure qu’il me parlait je sentais cette chaleur profonde monter. Une attirance envers lui s’installait. Je frémissais et commençais à éprouver ce trouble à la fois joyeux et grave qui vous envahit quand on tombe amoureux. Cela m’était déjà arrivé. C’était comme si une vie supérieure me permettait insidieusement de tous les pores de ma peau, j’entrais dans une ivresse.

    Le joint maintenant arrivais vers moi, je m’en saisi et avalais une bonne bouffée. J’avais tant besoin de me détendre. Je remarquai le visage d’Anne qui se contracta un instant en me voyant, comme inquiète, mais elle fini par me sourire. Tout allait donc bien !

    Je me sentais détendue, j’oubliais enfin mes angoisses et comme plongée dans un bain doux et relaxant, je me laissais aller.

    François me parla des études singulières qu’il suivait parallèlement à son cursus principal. Je l’écoutais avec ravissement.

    – C’est une nouvelle matière qui rejoint l’épistémologie. Mais elle va bien au delà car elle ne se contente pas d’étudier ce qu’il s’est produit dans l’évolution de la connaissance humaine mais tente d’expliquer le pourquoi cela s’est passé comme cela et pas autrement. Elle nous donne la vision non seulement de l’évolution des sciences mais par un retour en arrière nous permet de considérer celles de ce qui aurait pu se produire et élargit notre champ de vision… ouvre la porte à pleins d’autres possibilités de recherches scientifiques. La méthode est avérée et tenue pour acquise chez beaucoup de chercheurs.

    Connais tu ce curieux film de Luis Bunuel …

    Tandis que je le regardais parler je vis la porte de sa chambre s’ouvrir derrière lui et une silhouette apparue. Je reconnu dans l’homme qui la composait son père qui semblait ébahi par le spectacle qu’il avait devant lui. Peu a peu mon bien être nouvellement retrouvé se transformait à nouveau et une angoisse soudaine dû se lire sur mon visage. François tourna la tête pour chercher ce que fixaient mes yeux et j’entendis la voix de sa sœur chuchoter avec un accent de terreur “merde merde merde”. Je tentais de dissimuler le joint que j’avais encore en main.

    Un énorme silence s’installa dans la pièce seulement couvert par le bruit de la musique qui du coup perdait sa raison d’être. Le père s’approcha de l’électrophone dont il arracha violemment la prise. Cette fois ci le silence se fit abyssale.

    – Je suis ou ici ? Dites moi, je suis ou !?

    Il suffit de s’absenter une soirée ? Et c’est la débauche et avec des produits interdis !

    Vous voulez passer la nuit au poste ? Je sais qui appeler pour cela, je connais quelqu’un et croyez moi avec lui vous n’aurez pas l’occasion de dormir. Vous passerez un séjour que vous ne serez pas près d’oublier. Il sait traiter les jeunes de votre espèce !

    Il criait littéralement et le silence qui suivit ses paroles me semblait raisonner encore plus bruyamment que ses cris. Ils nous observait un à un et son regard s’arrêta sur sa fille Natacha.

    – Qui est responsable de cela qui a introduit la drogue ? Et il semblait la désigner d’office pour responsable.

    Le visage blême, François se leva.

    – C’est moi !

    Le regard de son père fut impitoyable et sans appel.

    – Tu vas le regretter François, je vais te faire mordre la poussière comme jamais!

    Le silence qui suivit à nouveau fut je crois un des pires que j’eus jamais entendu, mais les mots qui suivirent le fut encore d’avantage.

    – Quand a vous autres autres, croyez moi vous ne serez pas plus épargnés, vous ne faites rien pour attendre ! Je vais de suite contacter vos parents !

    Mon corps se glaça littéralement et pourtant j’étais moite.

    La voix de François, se voulait forte et dominante mais n’atteignant le quart du volume de son père.

    – J’en ai assez ! J’en ai assez de vous et de cette vie que vous nous faites mener ! Si vous saviez comme j’ai honte à la fac et ailleurs, partout… ce que nous vevons supporter est innommable !

    Après un moment de silence la voix du père devenue soudain étrangement calme annonça..

    – Mais François tu n’es pas dans une prison ici, la porte est grande ouverte… Mais ne compte pas me revoir un seul instant de ta vie.

    Les deux hommes se regardèrent quelques secondes, face à face comme dans un duel. Puis François en signe de soumission baissa la tête.

    Le regard de son père nous balaya un à un, comme s’il cherchait a nous photographier. Vous ne bougez pas d’un centimètre vous autres je vais contacter vos familles. Puis il parti en laissant la porte ouverte.

    La voix de Natacha en pleurs répéta aussitôt.

    – Merde merde merde. Merci François il voulait me tuer j’en suis sûr.

    – Je t’avais prévenue ! C’était Anne, plus blanche que jamais, son intonation tenait de l’invective directement adressée à la sœur de son meilleur ami.

    Il régnait maintenant une ambiance lourde et terrifiante dans la chambre. Chacun et chacune de nous s’attendait au pire pour son propre compte. J’étais paralysée. Je savais bien que je ferai partie du lot. La raclée magistrale d’hier soir ne suffisait donc pas ? Fallait il que ça recommence le lendemain même. Et pour des motifs qui ici me dépassaient et prenaient des proportions terribles. . .

    La discussion sous le coup de l’émotion partait dans tous les sens. Il fallait se débarrasser du shit ! Non il allait le demander ! Si il le signale on est bon pour le casier judiciaire ! Et là notre carrière…

    – Je préfère encore la police à mon père ! Le garçon qui venait de dire cela semblait effrayé. Je crois qu’il s’appelait Jean et qu’il était le petit ami de Natacha.

    En effet, celle ci aussitôt se rapprocha de lui et le saisi par les épaules.

    – N’ai pas peur ! Quand ça se passe a la maison il demande aux parents s’il sont d’accord pour qu’il s’en occupe lui même.

    – Tu ne connais pas mon père, là c’est grave ! Il va me tuer.

    Natacha baissa tête.

    – Moi aussi il l’aurait fait tout de suite si François n’avait pas été là. Il m’a dans son viseur depuis la dernière fois.

    – Oui mais c’est ton frère qui va porter le chapeau !

    La voix d’Anne sentait encore le reproche et la colère. Elle était au côté de François, encore choqué de cet affrontement avec son père et par l’annonce de la correction terrible qui s’annonçait.

    Elle reprochait à Natacha sa légèreté qui nous avait tous conduit là. Elle s’avança vers moi.

    – Je suis désolée Lucie de t’avoir amené ici, d’habitude ce n’est pas du tout comme ça. On aurait dû repartir. C’est de ma faute. Je t’ai mise encore dans le pétrin.

    – Mais toi aussi….comment tu vas faire pour supporter encore ce soir ?

    Elle réfléchit quelques secondes comme abattue par la tournure qu’avaient pris les événements.

    – Quelques fois ils reportent la punition…. Mais je ne veux pas t’abandonner, je préfère recevoir avec toi !

    Les minutes qui suivirent pesaient sur l’angoisse qui après le joint nous réunissait maintenant. Mais chacun pensait à ce qui allait lui arriver en propre.

    Finalement le père de François refit son apparition.

    – Bon j’ai discuté avec vos parents.

    J’ai été a deux doigt de faire venir la police. C’est pourtant ce que vous mériteriez ! Jean tu rentre chez toi immédiatement je crois que ton père te prépare un accueil qui va te faire maudire ton attitude d’aujourd’hui.. Et pour ta vie entière.

    Pour les autres ils ont accepté de me faire confiance. Ça s’est passé chez moi et c’est ici que vous devez rendre des comptes… Vous les garçons vous allez dans la chambre de François et vous attendez votre tour. Les filles je vais commencer par vous. Anne ton père m’a raconté ta correction d’hier mais il tient malgré tout à ce que tu paye toi aussi. Je sais que tu es une fille sérieuse et je ne crois pas que tu sois très impliquée. Mais ta participation nécessite malgré tout une bonne semonce. Lucie c’est la première fois que tu viens là mais Édouard m’a dit qu’à peine arrivée il a fallut s’occuper de toi et qu’il reste fort à faire. Donc avec Natacha qui je suis sûr à une lourde part de responsabilité dans cette histoire vous serez mes priorités de la soirée.

    Je devins blême.

    A nouveau la voix d’Anne se fit entendre.

    – Mais Lucie n’est pas responsable, elle vient seulement d’arriver !

    – Mais justement ! A peine arrivée Édouard m’a dit qu’elle avait le don de se mettre dans les mauvaises situations. Puis se tournant vers moi… Nous devons agir vite et sévèrement avec toi.

    Les garçons partirent Jean ayant pris ses affaires pour rentrer chez lui. Au passage Natacha lui envoya un regard désespéré.

    Une fois la porte refermée la voix calme mais décidé du père repris.

    Déshabillez vous, enlevez toutes le bas ! Natacha et Lucie vous enlevez tout !

    Le cauchemar recommençait. Dans une maison nouvelle ou j’avais été seulement invitée pour un moment de détente j’allais connaître la seconde correction de ma vie et pas des moindres puisque j’étais désignée comme prioritaire. Le sol se dérobait littéralement sous mes pieds. Je me sentais dans un état second, je remarquais que tout cela me semblait éloigné, comme si cela ne me concernait pas vraiment, mais les coups certainement me rameraient à la terrible réalité de ma situation.

    Nous étions toutes en train de nous déshabiller. Les vêtement s’entassaient sur le lit, pantalons, jupes et culottes. Je me trouvais à côté de Natacha et nous seules avions la consigne de tout enlever. Je devais donc me dénuder entièrement une deuxième fois devant des gens que je ne connaissais qu’à peine. Mais je ne tremblais plus autant que la veille.

    Natacha avait une peau extrêmement claire. Un blanc tirant légèrement sur le rose. Petite, et légèrement potelée, avec les fesses très arrondies je ne pu m’empêcher de penser que ce côté adolescente plein de fraîcheur devait terriblement plaire aux garçons. Je vis qu’elle m’observait elle aussi. Nos regards se croisaient, interrogatifs. Notre totale nudité nous rapprochait dans cette épreuve, mais je ne pus m’empêcher de penser qu’elle était en partie responsable de ce qui se préparait.

    Son père, tout comme Édouard hier avait préparé une ceinture épaisse repliée à large boucle. Elle était posée sur le bureau de Natacha maintenant dégagé et je remarquais a ses côté une cravache. Je savais que Natacha était éprise d’équitation et c’était certainement la sienne qui allait servir. La correction allait donc se dérouler sur son bureau.

    La première qui fut appelée fut cette fille bavarde et pleine d’assurance que j’avais vu discuter avec Natacha. Elle m’avait semblé une personne sympathique et très sûr d’elle quand je l’avais vue. Sa jupe longue, une fois ôtée laissait apparaître des cuisses fines, une peau très bronzée mais les fesses, protégées par le maillot de bain du bronzage de l’été, étaient restées bien blanches. Le contraste entre ce bronzage et cette blancheur faisait de ses fesses une cible bien visible et idéale qui ne pouvait que faciliter le travail du fesseur. Toute son assurance un peu prétentieuse avait totalement fondue, comme évaporée. Elle n’était plus que redevenue une petite fille tremblante, au visage figé, terrorisée par la correction qui allait s’abattre sur elle.

    Les premiers coups de ceinture commencèrent à tomber me faisant sursauter et retrouver ce malaise nauséeux. Le père de François pratiquait comme celui d’Anne… à grandes envolées de ceinture qui venait s’éclater avec méthode sur la peau comme l’aurait fait une vague extrêmement puissante. Cette fois ci étant placé derrière je voyais tout l’effet que les coups produisaient sur les fesses. Celles-ci se contractaient entre chaque volée, accompagnée chaque fois par un tressaillement du bassin. Le travail du cuir sur la peau laissait des marques de plus en plus rouges sur celle ci, à force d’être tannée . Peu a peu les tressaillements amplifièrent et des gémissement de plus en plus marqués se firent entendre.

    Les gémissements ensuite se transformèrent en cri. Quelle différence entre cette fille si bavarde d’il y a encore une heure et ce corps qui se contorsionnait sous les coups. Plus aucune trace de blancheur originelle ne perdurait sur ses fesses, On n’y voyait plus que diverses teintes de rouge allant parfois jusqu’au vif tournant au bleu puis au noir.

    Puis le père de François s’empara de la cravache et les cris devinrent stridentes et aussi bien dessiné dans l’espace sonore de la pièce que les marques violettes qui se dessinaient sur toute la largeur de ses fesses. Je ne cessais de m’imaginer bientôt occuper sa place, courbée comme elle sur le bureau à crier, je restais pétrifiée mais curieusement calme.

    On voyait nettement quand elle se contorsionnait ses parties intimes qu’avec la force de la douleur ressenties elle ne cherchait aucunement à dissimuler.

    Quand la punition prit fin, effondrée sur le bureau pleurant encore à chaudes larmes elle mit du temps à se redresser.

    Puis elle se tourna vers nous le visage décomposé, les larmes inondant son visage, elle retourna à sa place en titubant.

    Puis fit le tour d’Anne. Bien qu’ayant évoluées, les marques de la veille restaient très présentes comme si elle venait tout juste de se prendre la raclée. Les sillons qu’avaient laissé le nerfs de bœuf étaient encore très apparents. Mon cœur se fendit à l’idée qu’elle allait de nouveau recevoir et qu’en plus au lieu de penser à ce qu’elle allait subir elle avait cherché à me protéger en minimisant ma responsabilité.

    Les coups commencèrent à s’abattre et contrairement à hier les gémissement lui vinrent immédiatement, ce qui laissait penser que la peau était restée vulnérable et que les coups devaient provoquer des douleurs amplifiée. J’eus peur que la plaie d’hier à peine refermée ne s’ouvre à nouveau. Le père de François resta malgré tout mesuré et quand les cris commencèrent à arriver il s’arrêta seulement au bout d’une dizaine de coups puis passa a la cravache qu’il prit soin d’appliquer sur les parties les moins atteintes. Tout comme la précédente punie elle criait à chaque volée. Quand Anne se leva et se tourna face à nous, en pleurs elle aussi, nous échangeâmes un regard qui en disait long sur la souffrance qu’elle endurait.

    Puis ce fut mon tour. J’avançais pour la deuxième fois de ma vie vers le lieu d’exécution entièrement dévêtue sous les regards pointés sur moi. Des regards qui a part celui d’Anne m’étaient au fond encore si nouveaux. Mais maintenant j’avais entièrement lâchée prise et ni la pudeur ni l’humiliation ne pouvaient m’atteindre. Seule comptait ma résistance mentale et physique. Le combat que je devais mener résumait à une seule équation, la plus élémentaire qui soit : Comment supporter la violence de ces coups, était ce seulement possible ?

    Cette fois ci je n’avais plus le regard d’Anne devant moi pour me soutenir et me relier à l’humanité, mais elle était bien là quand même, derrière moi. J’avais la certitude que malgré son état de choc qu’elle avait à gérer pour elle même, elle m’accompagnait de sa présence.

    J’étais maintenant en position pliés le torse bien plaqué sur le bureau et j’attendais, les secondes passaient mais rien ne se produisait.

    Je tournai la tête pour voir. Le père de François et Natacha n’était plus là. Seules la ceinture et la cravache étaient posées à mes côtés. je me redressais et me retournais encore plus, je distinguais les filles immobiles, toutes silencieuses et plongées dans l’expectative de leur condition. Seul le regard d’Anne toujours aussi bienveillant accrocha le miens. Sa voix se fit neutre..

    – Il est parti voir les garçons !

    Le temps s’était figé, singulièrement arrêté.

    Puis très vite le Père de Francis et Natacha réapparu dans l’encadrement de la porte. En me regardant il repris la ceinture et retroussait la manche de chemise qui était redescendue.

    – Allez remets toi en position !

    Je m’allongeais de nouveau et tournais la tête vers le mur. Il devait observer mes fesses pour en évaluer la position et la distance afin de porter les coups au maximum de leur efficacité. Elles lui étaient entièrement soumise.. à son bon vouloir… à sa merci. J’allais maintenant souffrir et bientôt hurler.

    Quand tout à coup me revint en mémoire l’image de ce livre dont l’étude me posait tant de problèmes et de souffrances. Je revis sa couverture jaune et les caractères bien noirs de son titre : “Stoïcisme, étude et analyse critique”.

    Fin.

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