L'année initiatrice (2)

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  • Ce sujet contient 6 réponses, 5 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Anonyme, le il y a 4 années et 9 mois.
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  • #37187
    Anonyme
    Inactif


    Cette chambre, désormais ma chambre était attenante à celle de ma cousine mais n’en n’avait pas le charme. Étroite longue presque un couloir elle menait à une grande fenêtre donnant sur la cour. Un lit étroit collé à un mur recouvert d’une vieille tapisserie aux motifs plus que démodés. Sur l’autre mur une vielle table en bois avait la prétention de me servir de bureau.

    Ce n’était pas une chambre mais une cellule de moine et mes appels à un besoin de rigueur monacale pour me concentrer sur mes études étaient exaucés au delà de toutes mes espérances. Cela faisait même trop, bien trop, je n’en demandais pas autant. Ma cousine gentilement me montra les placards qui avaient du être débarrassés depuis peu car une forte odeur de naphtaline s’en dégageait. Puis réalisant que le moment était arrivé de m’abandonner :
    – Bon et bien je te laisse t’installer, je suis à côté, dans ma chambre. Si tu as besoin de quelque chose tappe contre le mur, ne te gêne pas s’il te plaît avec moi.

    Et elle sorti avec un sourire complice me laissant seule dans cette chambre semi funéraire.
    Je sentais monter en moi un abattement que je voulus contrecarrer par une action immédiate. Je sortie toutes mes affaires pour tenter de transformer cette pièce en un espace un peu vivant. Une fois les placards aménagés au mieux, je scotchais sur le mur des photos de chanteurs et d’acteurs que j’aimais pour me remonter le moral. Puis je m’assis sur mon lit.
    Il régnait vraiment dans cette appartement une atmosphère étouffante et trouble
    , heureusement que ma cousine était là, comment avait elle fait pour devenir malgré tout une fille aussi pleine de vie ?

    Vers 7 heure et demie elle frappa a la porte je sortis et rejoignis dans le salon, sa mère étant déjà installée sur un canapé. Là me fut annoncé toutes les règles de la maison auxquelles je devrais impitoyablement me plier.

    En semaine lever à 6h et demie, douche et toilette, attention la température de l’eau est limitée afin de ne pas habituer la peau a trop de chaleur c’est mauvais pour elle et pour le caractère.

    A 7 h le petit déjeuner et 20 h le repas. Le repas de midi non pris à l’exterieur est à 13h. Le planing des cours sera affiché dans la cuisine.

    Interdiction de manger dans les chambres et même d’ouvrir le frigo pour se restaurer entre les repas.

    La machine à laver ne fonctionne qu’une fois par semaine. C’est à nous de nous occuper manuellement de notre lessive courante, cela pour nous apprendre à gérer de façon autonome notre hygiène. Bien entendu une propreté absolue est exigée. Une heure de ménage quotidien en fin d’après midi, le samedi matin ménage collectif de toute la maison. Elle me lança alors son regard pointu comme des fléchettes que le miens tentait d’amortir tant bien que mal…

    – Mes filles ont été habituées à la plus grande rigueur de ce côté là et j’en souhaite tout autant de ta part. Ordre et propreté sont la base d’une vie saine et organisée, tout doit être impecable et je n’hésite pas a inspecter régulièrement les chambres. Je ne pus m’empêcher de rougir, moi la bordeleuse de première toujours en tête pour cela dans le palmarès familliale. Je comprenais pourquoi il semblait impossible à ma mère d’accueillir sa soeur dans notre appartement familliale. Je pensais également avec horreur aux photos que je m’étais autorisé il y a à peine une heure à accrocher dans ma chambre, cela ne pouvait passer c’etait certain, je devais les enlever à tout pris avant qu’elle ne les voit. Mon image en prendrait un sacré coup dès le départ.

    La liste continua me laissant parfois perplexe.
    Messe chaque dimanche à 10 h dans la paroisse dont nous dependons.
    Évidement la question des sorties serait très réglementée de même que l’utilisation du téléphone familliale. Les études avant tout. Le samedi après midi est libre. Pour les sorties le soir, une fois par semaine seulement et permission jusqu’à minuit, et on devait signaler avant notre destination. On était donc dans le mode cendrillon et adieu les soirées prolongés en boîte de nuit.
    D’autres sorties pouvaient être accordée a la seule condition qu’elles soit liées exclusivemment à notre avenir professionnel, les demandes devaient être presentées plusieurs jours à l’avance.

    – Nous avons d’ailleurs un petit contencieux à régler à ce sujet avec ta cousine, dit elle en tournant la tête vers Anne qui baissa la sienne mal à l’aise.

    – Bien entendu pas de garçon ici, ni ailleurs non plus. Vous n’êtes pas de ces traînées que l’on voit de partout aujourd’hui et le mariage reste pour nous un acte sacré. Ce jour là nous devons nous présenter propres devant Dieu et notre conscience. J’imagine bien sûr que ta mère est de mon avis ?

    Difficile de réprimer le phare qui me submergea à nouveau. Donc cendrillon d’accord mais pas de prince charmant. Bien sûr ma mère surveillait aussi cela mais elle avait admise sinon accepté de plein coeur les deux amitiés amoureuses que j’avais déjà avouées et entretenues. Et puis cela était pour moi une affaire avant tout privée qui ne regardait que moi. Un an d’abnégation cela m’allait, mais d’abstinence totale émotionnelle et physique ?

    Comment faisait Anne ?

    Pour le téléphone ? Et bien avec les avancées technologiques modernes ma tante était enchanté d’avoir la liste de tous les appels mensuels passés . J’aurais le droit de téléphoner à mes parents bien entendu et même dès ce soir pour les rassurer. Mais seulement pour les choses importantes. Dans ma tête Je remerciais les dieux de la télécommunication d’avoir permis aux hommes d’inventer le téléphone public. J’aurais au moins dehors mon autonomie, et il était hors de question d’aborder certains sujets dans un appartement ou les boiseries avaient certainement des oreilles.

    Pour finir la discussion se termina sur des parole énoncées gravement qui n’étaient emphatique et sentencieuses mais bien directes, une affaire entre moi et elle, les yeux dans les yeux.

    Ma tante m’accueillait avec le plus grand plaisir dans sa maison, mais il était convenu avec ma mère que cette générosité était lié au respect total des règles qui avaient cours ici. La sévérité était de mise et je ne tarderai pas à m’en appercevoir, mais je constaterai aussi tous les avantages qui en résultent.

    Elle n’était pas chargé de mon éducation mais tout manquement de ma part pouvait à tout moment casser ce contrat moral. Là dessus elle était intransigeante au plus haut degré.

    – Oui bien sûr ma tante ! répondis je sans hésiter. Il n’y aura aucun problème je vous assure, je suis là pour mes études exclusivement et cette année est décisive pour moi, il n’est pas question de la rater.

    Elle eu un regard songeur et interrogatif.

    Pendant un an je devrais la jouer fine dans cette maison c’était maintenant gravé dans le marbre, et après tout ça m’arrangeait car j’avais un peu peur d’être livrée à moi-même, ma volonté m’avait souvent joué des tours.

    Mais il y avait eu dans son ton une force et une détermination qui me troublaient. Je n’avais jamais rencontré cela, même chez les enseignants les plus sévères à l’école (et dieu sait combien j’en avais connus qui m’avaient intimidée). Je repensais aussitôt à son mari que je n’avais encore qu’entre aperçu et qui semblait rassembler lui aussi cette détermination mais sous une forme encore plus brutale et impitoyable. J’aurais rencontré un tel homme dans d’autres circonstance je m’en serais éloigné naturellement. Et pourtant cette force m’intriguait. Je l’aurais observé malgré tout, mais de loin.

    Elle rajouta :
    – Non seulement j’attends cela de toi mais encore plus ! Je t’ai déjà parlé de la petite pensionnaire que nous avons. Et bien tu constateras vite que cette fille, bien qu’ayant un bon fond est doté d’un caractère trempé et rebel peu courant que j’ai promis à sa mère d’amadouer par tous les moyens. J’aurais besoin de la participation infaillible de toutes ici. C’est pourquoi non seulement je dois compter sur une attitude irréprochable de chacune d’entre vous mais aussi d’une aide concrète et sans restriction pour mener à bien cette tâche. Nous en reparlerons en temps voulu.

    Cependant après tous ces avertissements je ne voudrais pas t’effrayer quand même. Tu es ma nièce et je te considère déjà comme ma fille. Tu dois garder confiance en moi et en mon mari, mais pour cela il faut le mériter. Si tu as le moindre souci pour tes études ou autres nous serons là pour t’écouter, pour t’aider et te soutenir.
    Et maintenant, il est l’heure de passer à table.

    Un peu troublée je trouvais vite ma place autour de la table familliale. Le mari de ma tante, rentrant plus tard souperait seul.

    Une fois le repas terminé qui fut plutôt agréable et après avoir salué tout le monde je regagnais enfin ma chambre la tête pleine de pensées contradictoires. Je m’assayais a mon bureau qui allait devenir l’espace ou devrait s’organiser dès ce soir tout un pan de ma vie. Tout a coup j’entendis la porte de l’appartement s’ouvrir et une voix masculine se fit entendre.
    Voila monsieur Édouard qui rentre, pensai- je.
    Voulant me changer les idées je pris un livre que je devais absolument lire avant de commencer mes cours. J’entendais les voix de ma tante et d’Anne et parfois de son beau père. J’abordais les premières pages puis me mis à somnoler, j’étais fatiguée.

    Puis tout a coup je me réveillais avec le livre encore ouvert à la même page. Je regardais ma montre j’avais dormi plus de trois quarts d’heure.
    Tout semblait silencieux dans l’appartement sauf quelques voix aux loin. Je pris ma brosse à dents et sortis de la chambre pour rejoindre la salle de bain. Le couloir était sombre, sauf le bureau au fond d’ou sortait de dessous la porte une raie de lumière et d’ou j’entendais discuter. Après m’être soigneusement lavé les dents j’allais retourner dans ma chambre quand tout a coup une idée me traversa la tête. Au lieu de retourner dans ma chambre j’ouvris celle du cagibi juste en face, je trouvais rapidement l’interrupteur que j’actionnais. Mon regard se porta instantanement sur l’endroit du mur que j’avais fixé tout à l’heure, j’eu soudain un coup au coeur, cette fois le mur était nu, là ou tout a l’heure le martinet était accroché il n’y avait plus rien.
    J’eu soudain l’impression de me réveiller une seconde fois et ressortis vite, refermant soigneusement la porte. Au fond du couloir, derrière celle du bureau je reconnu la voix de ma cousine.
    – Non pas quand elle est là ! C’était presque une supplication.
    – Tais toi, qui est qui qui décide ici ? c’était la voix d’Edouard.

    Je regagnais vite ma chambre, ne me sentant pas à ma place à entendre des paroles qui ne m’étaient pas destinées.
    Je fermais vite la porte et prise d’une soudaine angoisse je m’assis à mon bureau et essayais de lire à nouveau sans pour autant réussir à m’ accrocher a la moindre phrase. Tout a coup un claquement vif déchira le silence, suivi d’un nouveau puis d’un troisième. Ça y est, elle se fait fouetter, comment ne l’avais je pas prévu, c’était pourtant évident, mais je n’avais voulu le croire. Mon coeur faisait des bonds, voilà que ma charmante cousine si gracieuse était en ce moment maltraitée. En apercevant le martinet tout à l’heure je m’étais rapidement rendu compte a quelle point les lanières devaient être douloureuses. Et les claquements avient lieu sur la peau nue, vu les sons produits cela ne faisait aucun doute. C’était horrible. Ces claquements continuaient régulier mais aucun cri, aucun pleur, elle devait se retenir, surement à cause de moi.

    Je ne pouvais laisser faire cela, me levais d’un coup et j’ouvrais à nouveau la porte de ma chambre. Les claquement n’en paraissaient que plus forts.
    J’avancais de quelques pas, décidée à intervenir. Mais je n’arrêtait. Que va t’il se passer ? Je vais rentrer et alors ? Cela terminera certainement dès demain mon séjour ici. Et après ? Je serais dans le pétrin et rien ne changera ici.

    Il faut faire autre chose. Je retournais dans la chambre. L’image de ma cousine m’obsédait, j’imaginais son visage contracté, en larmes. Je me retrouvais a nouveau devant mon bureau, j’avais déjà l’ébauche d’ un plan dans ma tête mais aussi l’envie de vomir. Maintenant les claquements semblaient s’accélèrer et amplifier, j’étais paralysée, mes mains tremblaient, ils continuèrent encore puis cessèrent enfin. Le silence remplit à nouveau l’appartement.
    Après quelques secondes il y eu un bruit de porte qui s’ouvre et se referme. Des pas faisaient gincer les parquets. La porte de sa chambre, juste à côté s’ouvrit, et il y eu un bruit se sanglot vite étouffé. Elle se referma puis un grincement de lit précéda un second sanglot et puis plus rien. Elle s’était couchée.

    Au passage elle avait dû voir que ma lumière était allumée et que forcément j’avais tout entendu. A mon tour j’enfilais mon pyjamas j’éteignais et me couchais.

    Dans tête mes pensées remuaient la situation dans tous les sens :
    “C’est son beau père qui a dû la corriger mais sa mère devait y être j’ai entendu sa voix. Cela doit être terrible. Comme elle doit avoir mal et se sentir humiliée Quelle enfance elle a dû avoir et quand je pense que ma mère a connu cela, elle aussi. Demain je vais d’ailleurs l’appeler d’une cabine et lui expliquer. Puis j’irai voir la police pour qu’il y ait une enquête. Je suis témoin. Je vais convaincre Anne de partir de chez elle , de trouver une autre solution pour ne plus vivre là avec ces sadiques.”

    J’entendais encore ces coups résonner dans ma tête, j’imaginais à nouveau ces claquements sur sa peau si claire, sur ses fesses certainement. Elles devaient êtres marquées, fortement même, il aurait fallu prendre une photo comme preuve, je n’avais pas d’appareil. Comment faire ? La convaincre le lendemain d’aller porter plainte ? Elle allait refuser certainement.
    Les images et les plans ne cessaient de se succéder dans ma tête. Je ne voyais pas vivre un an sous ce toit avec de telles violences, ma mère se doutait elle que ces pratiques puisse encore avoir cours ici ? Elle m’avait bien mise en garde, mais le pensait elle à ce point ? Le temps passait ainsi et pendant longtemps je ne trouvais pas le sommeil. Puis enfin l’engourdissement m’emporta et mon sommeil fut agité. J’étais dans un train et les passagers dans mon compartiment évoquaient une salle de torture quelque part dans un wagon. Je m’étais mise à sa recherche pour m’en assurer et pouvoir dénoncer une telle atrocité, mais le train me semblait infini. De plus je vivais ce rêve comme si un accident imminent allait se produire, j’avais le pouvoir de l’en empêcher et devais le faire à de toute urgence. Puis il y eu ce bruit de claquements qui revenait sans cesse et se rapprochait. Il se transformait peu a peu et tout à coup il n’y eu plus qu’un frappement répété sur du bois. Toc toc toc. J’ouvrais les yeux, il faisait jour.

    – Lucie réveille toi… c’est l’heure !

    C’était Anne.

    #37188
    Princesse Sarah
    Participant


    Toujours aussi bien écrit!
    Une bonne suite qui fait s’attacher au personnage, et on découvre en même temps qu’elle cette éducation d’avant…?

    #37191
    lunapower
    Participant


    Très bien écrit, j’adore!

    https://lesaventurescuisantesdecamille.blogspot.com/

    #37197
    Anonyme
    Inactif


    Super récit. Vivement la suite 😉

    #37200
    Anonyme
    Inactif


    Merci de tout coeur, oui les personnages sont bien vivants pour moi aussi. Ils me devancent même parfois et en prennent un peu trop à leur aise. Ils devraient faire attention, car ca pourrait bien barder pour eux. ☺

    #37209
    Anonyme
    Inactif


    Félicitations pour cette suite 😉

    #37210
    Anonyme
    Inactif


    Merci beaucoup Caline.

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