Insomnie estivale ou modeste hommage au maître Edgar

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  • #70606
    Ignatius
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    Ce soir là, la lumière éclatante de la lune perturbait le fragile équilibre de mes courtes nuits. Il faut dire que notre fidèle satellite se montrait particulièrement envahissant en cette chaude soirée d’été. Le crépuscule a toujours été un synonyme de sentiments étranges pour moi… C’est dans la pénombre que les démons se réveillent, que les idées fusent et que mon sommeil s’échappe jusqu’à que l’aube vole à mon secours et dissipe, comme par miracle, mes plus profondes angoisses.

    Je ne cessais de me retourner dans mes draps moites, balayant des souvenirs plus ou moins heureux, tentant d’en oublier certains et espérant secrètement revivre éternellement les autres. Si le paradis existait, il se devait de ressembler à ces courtes averses de bonheur, l’enfer avait quant à lui le goût amer d’un chagrin d’amour.
    Je tentais de me plonger dans le premier ouvrage dont je pus me saisir, «Histoires extraordinaires». Poe avait le don de rendre ma mélancolie belle, presque douce, mais ce soir la solitude n’était pas une alliée à mes yeux, et la voix suave de Billy Wilthers que crachait mon enceinte n’arrangeait guère les choses, impossible de me concentrer. Un bref regard vers mon réveil indiquait 4h44, il était évident que je trouverais pas le repos escompté cette nuit. J’allumai ma télévision, me transportant instantanément dans l’ambiance étranges de ces Jeux olympiques, organisé en pleine pandémie à l’autre bout du monde. Là encore, malgré un choix plutôt soporifique, une épreuve de triathlon suivie d’une finale au moins aussi passionnante de tir à l’arc par équipe, Morphée ne semblait toujours pas décidé à venir m’étreindre.

    Mon smartphone n’était pas très loin et, me saisissant de ce dernier, je me mis à pianoter machinalement, sautant d’article en vidéo puis enfin vers ma boite mail, certain qu’à une heure pareille, je n’y trouverais rien d’intéressant. Je discutais en effet depuis quelques semaines avec une dénommée Ghost, je me faisais appelé Le Cthulhu, sur un forum bien connu où des amateurs de pratiques que certains diront déviantes, pouvaient se retrouver en toute sécurité sans passer pour des freaks. En l’occurrence, ma petite marotte c’était la fessée, j’aimais en donner et elle me disait adorer en recevoir. Nous parlions de littérature, de peintures et bien sûr de notre fantasme commun, si bien qu’une certaine complicité s’était installée entre nous, étrange à dire puisque nous ne nous étions jamais croisé dans le «monde réel». J’aimais lire ses nombreuses provocations, sa plume piquante ne cessait de chercher u, duel avec moi et j’ignore à quel point elle aimait le soin que je mettais à la remettre systématiquement à sa place. Nous savions aussi tous les deux, qu’un jour ou l’autre, elle devrait en payer le prix. Cela faisait partie de ce petit accord tacite que nous avions mis en place dans nos jeux sans mettre les mots dessus.

    «4h44, Ghost vous a envoyé un message privé», mon rythme cardiaque s’emballait légèrement en lisant ces mots et je m’empressais d’ouvrir ce dernier , la demoiselle vivait elle aussi une nuit d’insomnie.
    «Tu es réveillé? Je n’arrive pas à dormir ce soir et comme je sais que tu es plutôt du genre à veiller tard, on ne sait jamais…»

    Ce fut le début d’une longue conversation nocturne qui étrangement résonne comme un rêve, j’ignore quand ni comment mais je finis par trouver le sommeil. Ma courte nuit fut perturbée par un inhabituel cauchemar. J’étais visité par une sombre silhouette, drapée de noir, elle chantait dans mon oreille d’une voix douce et inquiétante, déposant un baiser glacé sur mes lèvres de temps à autres. Le plus inquiétant est que je ne pouvais bouger et sa peau grise, que j’apercevais sous d’épais tissus sombres, avait tout pour m’inquiéter.

    Le son strident de l’interphone m’arracha à ce drôle de rêve
    «Monsieur Miller, c’est le livreur UPS, nous avons un colis pour vous.»
    Bizarre, je n’attendais rien.
    «5ème étage! »annonçai-je machinalement, les yeux encore embués. J’eus à peine le temps de poser le combiné, qu’il se tenait déjà devant moi, C’était un homme immense tenant un minuscule paquet dans ses mains. Son visage était creusé et son teint blafard: «Vous pouvez signer ici Monsieur Miller…
    – Vous avez été drôlement rapide, j’ai à peine eu le temps de vous ouvrir, lui répondis-je en pointant du doigt l’écran qu’il me tendait, je dois signer ici?
    – Tout à fait, merci Monsieur Miller, dit-il de sa voix grave, j’espère que la rapidité de nos services vous a entièrement satisfait.
    Je tenais le petit colis souple dans mes mains, tentant de deviner son contenu et surtout son mystérieux expéditeur. Je voulus relever les yeux vers mon interlocuteur pour le remercier mais celui-ci s’était déjà volatilisé. Étrange entrevue, mais j’étais déjà curieux de découvrir quelle surprise me réservait ce minuscule paquet. Il y avait à l’intérieur ce qui ressemblait à un petit carton d’invitation ainsi qu’une lourde clef légèrement rouillée. C’était la photo d’une vieille battisse de maître dans le plus pur esprit des maisons bourgeoises du XIXème siècle. Elle était entourée d’un vieux chêne et ses murs s’étaient paré de lierre dont le vert éclatant venait contraster avec l’ocre de ses briques. Il y avait un petite lettre manuscrite à l’encre rouge:

    «Mon cher Arthur,

    Cette dernière conversation que nous avons eu m’a convaincu qu’il était temps pour nous de nous rencontrer. Je sais à quel point tu aimes les jeux de piste, tu me l’as encore dit cette nuit, aussi j’ai décidé de t’envoyer, comme nous l’avons convenu, cette petite invitation aujourd’hui… Suis ce plan et tu trouveras ma demeure. Attrape moi si tu peux car j’y serai bien cachée, tu as désormais toutes les clefs en main pour corriger la petite insolente que je suis. J’espère que tu sauras relever ce dernier défi, je t’attends.

    Tendrement

    Morella, dite Ghot.»

    Enfin, je pus trouver au fond du paquet le fameux plan qui m’indiquait où la trouver. Cela faisait quelques années que je fréquentais ce genre de forum de rencontre et c’est bien la première fois que j’étais confronté à un cas de figure aussi original… Ce n’était pas pour me déplaire, cependant, je n’avais bizarrement aucun souvenir de notre conversation nocturne et surtout, comment avait elle obtenu mon adresse, je ne me rappelais pas lui avoir communiqué… Mais je mis rapidement cela sur le compte de mon insomnie, mes souvenirs étaient bien souvent brumeux ces dernières semaines et il m’arrivait même parfois de me réveiller sans trop savoir où j’étais. J’étais de toutes façons bien trop impatient de découvrir mon interlocutrice que je mis rapidement tout mes doutes de côté, sautant dans ma voiture et rentrant les cordonnées indiquées sur le plan dans mon GPS. J’avalais les kilomètres, m’enfonçant peu à peu dans une forêt qui me paraissait tout droit sortie d’un conte macabre. Elle était sombre et belle à la fois et les seuls sons que j’entendais désormais étaient le bruit de mon moteur et le croassement des corbeaux qui semblaient me suivre depuis quelques temps maintenant.

    «Vous êtes arrivé à votre destination». Comment ça? Je me saisis à nouveau du plan manuscrit que j’avais conservé et celui ci me confirma ce que la voix mécanique du GPS venait de m’annoncer. Bien entendu, je n’avais aucun réseau et je ne pouvais envoyer un message à Morella pour qu’elle m’aiguille, j’étais bel et bien perdu mais je n’avais pourtant aucune envie de rebrousser chemin. M’avait elle mené en bateau ou avais je manqué une information dans son courrier? Elle parlait bien d’un jeu de piste et cela eut en effet était bien trop facile de suivre un simple plan.
    Je fus alors pris d’une violente envie de dormir et l’insomniaque que j’étais devenu depuis quelques semaines ne se fit pas prier pour me laisser aller à cette pulsion soudaine.

    Je me réveillais quelques heures plus tard, la nuit était tombée et je n’avais aucune idée de l’heure, la batterie de mon téléphone était cette fois complètement à plat et comble de la malchance, ma voiture, pourtant quasiment neuve refusait de démarrer. Je commençais déjà à regretter d’avoir cédé à cette aventure. Je sortis de mon véhicule, claquant violemment la porte tout en jurant ostensiblement, brisant le silence de mort qui régnait ici. Je me mis à marcher un peu, sans trop savoir où j’allais, perdu dans ces bois sombres. En bon citadin, le moindre bruit éveillait mon inquiétude. Mon imagination se montrait soudain extrêmement fertile et je craignais de voir surgir un tueur sanguinaire du moindre buisson.

    J’ignore depuis combien de temps je marchais mais je finis par apercevoir une immense grille en fer forgé qui semblait délimiter une propriété.
    Instinctivement, ma main se glissa dans ma poche et en sortit la clef que j’avais reçu le matin des mains de cet étrange livreur. Je m’approchai de la grille et tentai d’y introduire mon sésame. La vieille porte s’ouvrit alors dans un grincement sinistre, mon instinct me disait déjà depuis un moment de rebrousser chemin, au delà du caractère incongrue de cette rencontre, ce lieu avait quelque chose d’inquiétant, il semblait abandonné depuis des années… Oh et puis au diable tout ça : une secte satanique, un meurtrier en quête de sa nouvelle proie ou même un esprit frappeur, tout cela n’était que des inquiétudes de bonne femme.
    J’avais le sentiment de connaître Morella et malgré ce jeu de piste, mon envie de la découvrir enfin m’obsédait bien plus que toutes mes peurs irraisonnées. Il fallait bien dire aussi, que cette balade nocturne m’avait passablement énervé et j’avais deux mots à lui toucher, non seulement sur son attitude lors de nos échanges mais surtout sur ce jeu de piste idiot qui aurait pu s’avérer dangereux pour moi. Inspirant un grand coup, je m’avançai soudain d’un pas déterminé dans l’immense propriété qui se tenait devant moi, j’aperçus enfin la fameuse demeure du carton d’invitation de ma chère correspondante. Elle était encore plus belle et majestueuse, se détachant au milieu de nuit, éclairée par une pleine lune toujours aussi intense.

    «Arthur?» Mon Dieu, mon cœur ne fit qu’un bond et je me retournai brusquement vers la voix qui venait de m’arracher à mes pensées. Une jeune femme se tenait derrière moi, une petite rousse à la peau laiteuse parsemé de jolies taches de rousseur, elle avait de grands yeux verts en amande et un petit sourire narquois. Elle était magnifique.

    «Ha Morella, répondis-je en tentant de faire bonne figure, tu m’as surpris, je ne m’attendais pas à te voir débarquer comme ça de nul part …
    – Je t’ai fait peur tu veux dire…
    – Non, non, n’allons pas jusque là.
    – Oh tu as l’air terrifié, mais c’est normal, je voulais voir si tu étais suffisamment courageux pour me rejoindre jusque ici, tu avais l’air de me dire hier soir qu’il n’y avait pas grand chose qui te faisait peur.
    – J’ai dit ça moi, rétorquai-je, je ne me rappelais décidément pas de la teneur de cette fameuse conversation , tu n’en rajoutes pas un peu Morella? D’ailleurs, il va falloir qu’on parle de ce fameux jeu de piste, c’était rigolo 5 minutes mais on ne pouvait pas se retrouver dans un café comme tout le monde?
    – Je n’aime pas beaucoup quitter cet endroit…
    – Cet endroit, lui demandai-je un peu intrigué par le ton de sa voix, mais c’est chez bien chez toi ? Tu vis toute seule ici ?
    -D’une certaine façon, oui je vis ici, répondit-elle d’un ton toujours aussi mystérieux, Et disons que cela a toujours été chez moi.

    Morella tourna les talons et commença à se diriger vers le bâtiment de brique.

    – Dis donc jeune fille, lui rétorquai-je en la retenant par le bras, tu ne crois pas que tu as une drôle de façon de recevoir tes invités ? Non seulement tu me mets dans une des situations les plus bizarres qu’il m’est été donné de vivre et maintenant tu me tournes le dos. Il va falloir qu’on discute sérieusement de ton attitude. Je suis passablement énervé, j’aurais pu me perdre au milieu de nulle part. D’ailleurs , il faut absolument que j’appelle un dépanneur. Donc on arrête ton petit jeu d’énigme 5 minutes s’il te plaît…
    – Vous êtes décidément tous les mêmes , lâcha-t-elle dans un éclat de rire, tu as accepté de venir ici non ? Tu as voulu jouer avec moi non ?je suis devant toi maintenant et comme je te l’ai dit il va falloir m’attraper !

    A ces mots elle se mit à courir vers la bâtisse et se faufila à travers la porte qui était restée entrouverte. « reviens ici ! »lui lançai-je comme un ultime avertissement que moi même je ne trouvais guère crédible. Il fallait dire que la situation était pour le moins surprenante. Je n’avais rencontré une femme comme elle, elle était à la fois pétillante, lascive et d’une certaine façon effrayante.
    Quelle drôle de rencontre , quel drôle de jeu aussi, tout me paraissait irréel si bien que je m’interrogeai un instant sur la réalité des événements qui se déroulaient depuis quelques heures maintenant. Je ne dormais quasiment pas depuis plusieurs semaines. Et si mon esprit commençait à me jouer des tours ? Je me retrouvais de plus en plus dans des situations étranges, des lieux inconnus mais rien jusque là , n’avait été aussi déconcertant et excitant que cette journée.

    Je me décidai à franchir moi aussi le cap de cette porte. Je pouvais entendre son rire s’éloigner dans les étages. J’aurais bien le temps de la retrouver, elle n’attendait de toutes façons que ça, j’en profitais donc pour découvrir le lieu dans lequel je venais de pénétrer.
    Il y avait un immense lustre entièrement éclairé par des centaines de bougies. Quelle genre de personne prenait le temps au XXIème siècle d’éclairer une pièce de la sorte ? Il y avait de large portrait aux visages austères répartis sur les murs de la colossale entrée. « Dis moi Morella, lançai-je suffisamment fort qu’elle puisse m’entendre, tu ne veux pas prendre la peine de me faire visiter ? Tu vis seule ici ? C’est immense !»
    Pour seule réponse, j’entendis le même éclat de rire, un peu plus lointain cette fois.
    « Écoute, ne m’oblige pas à venir te chercher, jeune fille, tu sais de toutes façons très bien comment tout cela va se finir, donc sois tu redescends tout de suite et on règle ça maintenant, soit tu m’obliges à te retrouver et je te garantis que ça va nettement moins bien se passer pour tes fesses …
    – Monsieur souhaite-t-il que je le débarrasse de son vestiaire ?
    – Oh mon Dieu, hurlai-je en faisant un bond de quelques mètres, vous m’avez fait la peur de ma vie ! Attendez, vous êtes là depuis combien de temps exactement ? vous avez entendu ce que je viens de dire ?
    Je pris quelques secondes pour reprendre mes esprits tout en analysant l’homme qui se tenait devant moi. Il portait une tenue sobre de majordome, son immense corps paraissait un peu à l’étroit dans cette dernière. Je reconnus alors son teint livide et ses joues creuses, c’était l’homme qui m’avait porté le paquet de Morella ce matin.
    « Attendez, je vous connais, lui lançai-je pointant mon doigt en direction de son visage, vous m’avez livré l’invitation tout à l’heure …
    – Je crois que Monsieur fait erreur, cet endroit a toujours été chez moi et je ne l’ai jamais quitté.
    Je m’attendais à passer une soirée sympathique en bonne compagnie et je me retrouvai soudain à discuter avec un majordome à l’air franchement glauque qui s’était qui plus est fait passer pour un livreur UPS quelques heures en amont. Nous nous observâmes quelques que seconde avant que bonhomme ne fasse demi tour d’un pas traînant sans ajouter un mot.

    « Attendez Monsieur, lançai-je en tentant de le retenir, c’est quoi exactement ce plan que vous êtes en train de me faire tous les deux ? Il y en a encore combien de personnes ici ?
    – Arthur , hurla soudain Morella, tu ne devais venir m’attraper ?
    Je levais la tête dans sa direction, elle se tenait tout en haut de l’escalier en marbre au fond de l’entrée.
    – Oh toi , rétorquai-je commençant à sortir des cadres de notre petit jeu, tu ne m’avais pas dit qu’il y avait d’autres gens ici ? On est où exactement ? Il va falloir que tu m’expliques deux trois petites choses quand même…
    – Mais nous ne sommes que tous les deux Arthur, qu’est ce que tu racontes ?
    – Quoi ? Mais tu te fiches de moi et lui alors ?

    Je me retournai alors vers le majordome qui s’était volatilisé, il ne pouvait décemment pas avoir quitté l’immense entrée si rapidement surtout au vu de la lenteur de son pas. Mais qu’est ce qui était en train de m’arriver. La main froide de Morella vint alors se poser devant mes yeux, me faisant légèrement tressaillir ?

    “Ca fait combien de temps que tu n’as pas dormi Arthur ? Tu crois que je ne vois pas les heures auxquelles tu m’écris généralement… Moi aussi parfois quand je ne dors plus pendant longtemps, il m’arrive de confondre rêve et réalité, de voir des choses qui n’existent pas…
    – Attend, il y avait bien en majordome il y a deux minutes, je n’ai pas rêvé quand même.
    – John ? Mais John est mort depuis 10 ans. D’ailleurs tout le monde est mort ici depuis longtemps…
    – Mais qu’est ce que tu racontes ? Bon ça suffit, si tu essaies de me faire flipper, c’est manqué…
    – Arthur, je te l’ai dit, tu as besoin de dormir…Sinon tu vas continuer de voir des choses qui irréelles..
    – Mais toi, tu es réelle ?
    – A ton avis ?
    A ces mots, ces lèvres virent se poser sur les miennes, son baiser était froid, d’un froid presque électrique. Tout mon corps fut instantanément parcouru d’agréables frissons

    “Est ce que ça c’est suffisamment réel pour toi ?”

    Elle fit alors, à nouveau demi tour, me jetant un dernier regard provoquant, m’invitant à la suivre. Ce que je fis en silence, comme hypnotisé par cette jeune femme et cette ambiance chimérique. Nous continuâmes notre avancée dans un long corridor, je ne prêtais même plus attention à ce drôle d’endroit, je n’avais d’yeux que pour ces jupons blancs qui s’agitaient devant moi et pour ces petits regards malicieux qu’elle me jetait de temps à autres. Elle s’arrêta finalement : « c’est ma chambre ici ». Nous entrâmes dans une grande pièce au milieu de laquelle trônait un lit à baldaquin sur lequel elle se jeta de tout son long comme pour mieux rebondir dessus.

    « Tu sais que tu m’as fait complètement tourner en bourrique aujourd’hui, finis-je par lui annoncer d’une voix calme, j’ai cru que j’étais en train de devenir fou…
    – C’était un peu le but, répondit-elle avec ce même petit sourire irrésistiblement moqueur, tu as du comprendre au fil de nos échanges que je n’aimais pas vraiment tout ce qui était conventionnel.
    – Un peu le but ? Donc ça t’amuses de jouer avec moi ? Tu mérites vraiment une fessée toi… Viens ici !
    Je la saisis alors pas le bras, avec la ferme attention de pas la lâcher cette fois. Je pris place au bord de son lit et la bascula sur mes genoux. Elle fit mine de protester un petit peu, opposant une mince résistance que nous savions tous les deux inutile.
    – Tu te rends compte de la journée que tu viens de me faire vivre ?
    – Non pas vraiment, mais c’est plutôt amusant de voir dans quel état ça te met !
    – Amusant, tu vas voir si c’est amusant, tu vas prendre une fessée magistrale, annonçai-je en relevant ses jupons et en baissant dans la foulée sa petite culotte assortie d’un geste assuré jusqu’à ses genoux.
    -En temps temps normal, j’aurais laissé le temps à tes petites fesses de s’habituer avant de te déculotter mais vu comme tu m’as énervé aujourd’hui, je crois que je vais passer directement aux choses sérieuses avec toi !

    A ces mots, je me mis à abattre deux premières claques fermes sur son séant. Sa peau était particulièrement pâle, à l’image des nombreuses porcelaines qui décorait sa chambre. Elle n’allait pas le rester très longtemps. Je poursuivis assez rapidement la fessée, en la répartissant avec soin sur l’ensemble de son postérieur et sur le haut de ses cuisses. Elle commençait à s’agiter légèrement mais demeurait toujours silencieuse. Seuls quelques gémissements se laissaient entendre entre deux claques.
    – Tu es nettement moins bavarde tout d’un coup, quand il s’agissait de me provoquer lors de nos échanges et de mener ton petit jeu depuis mon arrivée, tu te manifestais un peu plus. C’est le fait de recevoir une bonne fessée qui te fait perdre ta langue ?
    Je prenais grand soin de continuer ma tâche, m’assurant de répartir un beau vermillon sur l’ensemble de son derrière dénudé. Le contraste entre la pâleur de ses cuisses et la couleur de que prenaient ses fesses étaient d’autant plus saisissant et je dois bien l’avouer ravissant à mes yeux.
    – Aïe ! Bon j’avoue que j’aurais pu mieux t’accueillir Arthur mais c’est vraiment un motif abusif pour me donner une fessée…
    – Abusif ? Je me suis retrouvé en panne, sans aucun moyen de communiquer à chercher une gamine qui avait envie de jouer à cache cache aujourd’hui !
    – Ce n’est pas mon problème si tu t’es mal organisé et encore si tu es un chat noir…
    – Tu trouves vraiment que c’est le moment de minimiser la situation ? D’autant que ça fait des semaines que tu cherches à me tester, il ne faut pas t’étonner de te retrouver dans cette position maintenant…
    – Maaaiiiis….

    Même sa voix avait changé maintenant, ce qui me laissait entendre que la punition commençait à faire effet. Je redoublais donc d’intensité ce qui eut pour effet immédiat de la voir se débattre avec une nettement plus de vigueur. Je pris le temps de ceinturer sa taille afin de limiter le champs de ses mouvements et ainsi faciliter mon entreprise.
    “Non mais ça suffit maintenant, j’ai compris !”
    Je décelais désormais une pointe d’agacement dans le timbre de son ton.
    “Tu es es vexée Morella que je sois obligé de te punir comme une gamine la première fois que l’on se voit ? Ce n’est que le reflet de ton comportement avec moi ma chère… Alors si tu ne veux pas que je te donne des fessées à chaque fois que l’on se voit et que l’on discute comme deux adultes, il va falloir revoir deux trois petites choses.
    – Mais tu m’as dit que tu adorais les jeux de piste ! Tu as accepté de venir ici et de jouer avec moi ! Tout est de ta faute et maintenant c’est moi qui me retrouve punie, c’est trop injuste …
    Elle tenta une vaine protection avec sa main que je saisis immédiatement afin de continuer confortablement d’appliquer ma punition.
    – Ca ne sert à rien d’essayer de te protéger, tu as mérité une fessée, j’arrêterai quand j’estimerai que tu as eu ce que tu méritais et c’est encore loin d’être le cas.
    – Mais pourquoi, gémit-elle en agitant ses jambes de façon désordonnée dévoilant au passage toute son intimité, lâche moi maintenant !
    – Si tu veux garder un semblant de dignité, je te conseille d’accepter ta punition calmement, tu es en train de m’offrir un sacré spectacle.

    Pour seule réponse, elle m’offrit un long soupir vexé dont je fus assez satisfait. Elle continuait de battre des jambes, me laissant entrevoir le scintillement de son jardin secret, certain désormais du trouble que cela causait en elle.
    Il me fallut quelques longues minutes et les protestation contrites de la jeune punie avant d’estimer que la punition pouvait enfin s’achever. Je la relevai alors délicatement, et la plaçai devant moi, en plongeant une dernière fois mon regard noir dans le sien, je m’assurai de n’y plus y voir la moindre trace de malice, je ne voulais y lire que de la honte.
    – Je veux être certain Morella que tu as bien compris les raisons qui t’ont conduit sur mes genoux
    – Mais oui c’est bon, répliqua-t-elle le regard fuyant, j’ai compris…
    -Hop ! Hop! Hop , répondis-je en claquant une dernière fois ses fesses écarlates, tu prends un tout autre ton je te donne tout de suite une autre fessée. Je sais bien que tu es vexée par ce qui vient de se passer mais c’est aussi le but jeune fille, donc je te le répète tu adoptes une autre attitude très vite.
    – Moui d’accord, fit-elle avec une petite moue, tu m’as puni parce que j’ai été exécrable avec toi, je t’ai fait tourné en bourrique uniquement parce que je m’ennuyais. Je suis désolé de ne pas t’avoir accueilli correctement, de t’avoir provoqué pendant des semaines. Je me suis vraiment mal comporté avec toi…

    Je fus satisfait de sa réponse et décidai qu’il était temps de la prendre dans mes bras. Son souffle rapide et chaud dans ma nuque me faisait fondre. Je la sentais désormais douce et apaisée. Je la regardai à nouveau, elle était belle et je ne pus résister à l’envie de l’embrasser, elle me rendit ce baiser quelques temps seulement.
    « Je crois qu’il est temps pour toi de dormir, me dit elle en posant un doigt sur mes lèvres, tu as l’air tellement épuisé…
    – Quoi, répondis-je un peu interloqué, je crois que je sais encore quand me coucher ou pas dis donc..
    – Non je ne crois pas.
    A ces mots, je m’endormis , avec ce souvenir flou du moment qui me conduisit dans les bras de Morphée. Mon sommeil fut à nouveau agité par des rêves étrangement réels. J’étais dans le corridor de la maison de Morella, je la suivais, elle portait cette fois des jupons noirs et un voile légèrement transparent couvrait son visage. Je reconnaissais cependant sa chevelure écarlate. En m’approchant d’elle, je voulus soulever son voile mais je découvris alors une peau entièrement grise. Deux orifices noir dans lesquels grouillaient des asticots, remplaçaient ses yeux. C’est alors que je me réveillais dans un sursaut. Je n’étais plus dans le confortable lit dans lequel je m’étais assoupi plus tôt mais sur le sol froid d’une pièce exiguë et humide. Il n’y avait ni fenêtre, ni porte, seulement un mur gris devant moi. Je me mis à chercher une ouverture en vain, ma respiration commençait à s’accélérer de plus en plus à mesure que je réalisais que je n’étais plus dans un cauchemar mais bel et bien éveillé.
    « Il y a quelqu’un ? Morella ? Morella ? »
    Je me mis à frapper de toutes mes forces contre les épaisses parois jusqu’à que mes poings sanglants et tremblants n’aient plus la force de s’y abattre. J’ignore pendant combien de temps je du époumoner, mais je finis par m’écrouler au sol. C’est alors que je vis un petit ouvrage en cuir, il t avait un marque page. Je l’ouvris et dus plisser les yeux pour parvenir à lire ce qui était écrit tant la pièce était sombre. Ce que je parvins à déchiffrer me fit frémir « Le chat noir, une nouvelle d’Edgar Allan Poe ».

    « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. »

    #70607
    Spankettegirl
    Participant


    quel est la suite? Si il y en a une ?

    #70609
    Yves
    Participant


    Quelle belle écriture…

    Merci mille fois pour le partage,on se croirait presque dans Inception…

    Mesdames, mesdemoiselles, mon propre plaisir passe par le vôtre

    Blog : histoires-jr33.blogspot.com

    #70611
    Anonyme
    Inactif


    Ce récit est aussi glaçant que bien écrit…

    brrrr…

    Du coup , il faudrait peut être encore plus de fessées pour réchauffer l’atmosphère !

    bravo! 🙂

    #70619
    Monsieur Méchant
    Maître des clés


    Ah bravo ! superbement prenant ! ça m’a rappelé ces nouvelles de Poe que je ne lâchais pas du début jusqu’à la fin !
    Perso, j’aurais détalé avant la grille en fer forgé et à donf !

    (et puis Arthur Miller et Anais Nin, en voilà des belles références)

    Faites de vos fesses le plus bel endroit de la terre...

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