Hirundo (l'hirondelle)

Accueil Forums Discussions générales Récits Hirundo (l'hirondelle)

  • Ce sujet contient 8 réponses, 6 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Anonyme, le il y a 2 années et 1 mois.
9 sujets de 1 à 9 (sur un total de 9)
  • Auteur
    Messages
  • #32431
    Anonyme
    Inactif


    I- Pendeo (je suis en suspens)

    Il faisait nuit dehors, on entendait le hibou hululer, dans le bois Flore près d’Augusta Suessionum (Soissons).

    Par la petite fenêtre du carcer (cellule), elle pouvait percevoir le brouillard et la lueur des feux des fêtes de Brumalia de l’an 14 av. JC.

    Elle n’avait pas d’identité, elle n’existait pour personne… Elle était l’ancilla (esclave) de la villa rustica de Lucius Aquilius Mancia.

    Il faisait froid dans cette cellule, elle s’y trouvait seule, entravée par les poignets. Les fers étaient reliés par une chaîne lourde et glaciale, elle-même attachée à un anneau scellé au mur.

    Ses poignets étaient rougis, presque violacés par le frottement du métal sur sa peau blanche. Ses chairs meurtries trahissaient sa désobéissance.

    Elle sentait le salpêtre qui se dégageait des murs de pierre, en Albâtre calcaire. Elle avait passé toute la nuit à tenter de s’arracher à l’étreinte humide de ce mur.

    Chaque fois que ses fesses entraient en contact avec les pierres, ses tétons se durcissaient contre le tissu de son vêtement.

    Ses pieds étaient eux aussi entravés par des fers. Elle était obligée de se tenir sur la pointe des pieds, la contraignant à gainer son corps.

    Elle avait été enchaînée par sa maîtresse, Aquilia, depuis la vieille au soir. Elle avait renversé le vin de sa maîtresse sur le sol.

    Mais ce n’est pas pour cette raison qu’elle avait été enchaînée, mais pour son regard.

    Ce regard qui lui avait causé tant de torts mais qu’elle se refusait à baisser.

    Un regard fier, insistant et provocateur aux yeux de ses maîtres. C’était son regard qui lui avait permis de résister à ces sévices depuis l’enfance.

    Mais c’était la fois de trop ! Elle attendait son sort.

    Les premiers rayons de l’aube pénétrèrent dans le carcer. A ce moment, à demi-consciente, elle entendit un vacarme qui la fit sursauter.

    Son cœur battant, son corps épuisé, elle ouvrit les yeux sur la porte ouverte de la cellule. Elle ne comprenait pas ce qui se passait.

    Elle sentit simplement sous la plante de ses pieds l’humidité de la terre battue. La chaîne la retenant avait perdu de sa tension. Elle entendit plusieurs voix entremêlées dans la pièce.

    Ses longs cheveux blonds lui cachaient le visage. Elle ne perçut que La main de cet Homme grâce aux rayons du soleil.

    Elle avait pu apercevoir l’annulus de la famille Lucius. Elle connaissait la marque de la maison Lucius, une salamandre.

    Elle se sentait frêle, vulnérable, à la merci de cet Homme et de ses jeunes gardes.

    Elle était sonnée, suffocante. L’Homme ne parla pas, elle perçut Son aura, Son charisme prégnant. Elle était bien plus mal à l’aise que la situation pouvait l’exiger.

    Pourtant elle avait l’habitude d’être bousculée ainsi. Elle s’aperçut que sa tunique dévoilait son sein gauche.

    Elle resta ainsi entravée par ses chaînes, à genoux devant cet Homme. Elle ne savait plus quoi faire. Lever son regard bleu sur Lui, elle n’osa pas. Encore moins lui adresser la parole.

    Elle attendait qu’il la rouste, qu’il la correctionne, qu’il la flagelle… Elle le désirait intérieurement, son corps et son esprit le voulaient.

    Et puis, Il sortit de la pièce accompagné de ses hommes.

    Il L’avait laissée là, sans qu’elle ne comprenne ce qui lui arrivait, ni Son intervention dans la cellule, ni ses envies honteuses d’être touchée, brusquée, malmenée avec dureté.

    Qui était-Il ?

    Il était apparu si vite, si furtivement qu’elle crut qu’il s’agissait d’un mirage, une hallucination. Plus les jours passaient, plus son esprit était obnubilé par cette ombre.

    Elle espérait Son retour, elle attendrait sans connaître son propre devenir.

    Parfois de jeunes gardes venaient la nourrir. L’un d’eux lorsqu’il se déplaçait, déposait du sable, qui s’apparentait dans la lueur de la petite fenêtre, à de la poussière de diamant.

    Un autre prenait plaisir à menacer et claquer les croupes des occupantes des cellules voisines. Elle reconnaissait les cris de ses compagnes d’infortune. Cela lui donnait envie de Le revoir.

    Dans ces moment-là, elle doutait. Elle doutait de Son existence, elle doutait d’elle-même, elle doutait de sa force, elle doutait de sa vie.

    Elle se sentait vide, une sensation de néant l’engloutissait dans un tourbillon. Quand reviendrait-Il ?

    Au réveil, elle se surprenait se caressant en pensant à Lui. La honte la gagnait dans ces cas-là. Elle s’autorisait un plaisir divin.

    Un des gardes était passé la voir, un certain Janitor. Il lui déposa une écuelle contenant un brouet infâme agrémenté d’un quignon de pain rassis. Elle n’y touchait pas. Elle voulait être nourrie par Lui. Elle voulait Son attention.

    Elle avait peur d’être vendue à une autre maison, elle Le voulait comme Maître. Elle le savait, elle le sentait, c’était indicible. Seul son instinct parlait.

    Ce garde lui expliqua que cet Homme était le fils des maîtres. Il était Dux (général en chef) qui revenait de campagnes. Il allait reprendre l’exploitation familiale et la centaine d’esclaves, hommes et femmes, qui y trimaient à longueur d’années.

    La tête lui tournait, elle hurlait de l’intérieur. Elle attendait Sa venue… Seul Lui avait autorité pour la rendre à sa condition.

    Elle attendait, elle L’attendait.

    #32432
    Anonyme
    Inactif


    Merci à @zatopek le senex ? pour son expertise en langue ancienne.

    #32435
    Zatopek33
    Bloqué


    Le Senex va t’assenexer des coups de martinet sur le postérieur , stulta puella !

    #32438
    Anonyme
    Inactif


    Bravo pour ce récit” historique” @nim60 , on attend la suite avec impatience 🙂

    #32439
    Zatopek33
    Bloqué


    L’ hirondelle annonce-t-elle le printemps des esclaves soumises ?
    J’espère que Nim va nous affranchir !

    #32445
    James
    Participant


    Magnifique récit @nim60, bravo c’est superbement réalisé ?.

    James le Creusois, le vrai, l'unique, le charismatique :p

    #32841
    lunapower
    Participant


    Très sympa @nim60, vivement la suite 🙂

    #34032
    Anonyme
    Inactif


    Waouhhhh!!!! il envoie du “bois” ce récit, c’est le moins qu’on puisse dire^^… tellement détaillé, tellement bien écrit avec des références cachées, subtiles et espiègles. Vous êtes complètement dans mon univers là, univers où la noirceur se mélange à la lumière, où l’angoisse et la douleur se mélangent au plaisir et à l’espoir. Un tableau digne de G.Vanspey.

    G.Vanspey

    Je vous souhaite de tout cœur de retrouver celui qui parviendra à vous faire à nouveau baisser les yeux…ce jour là, ça vous apparaîtra comme une évidence.

    #34037
    Anonyme
    Inactif


    Oui Monsieur Arpege, Mon évidence.

9 sujets de 1 à 9 (sur un total de 9)
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.
PHP Code Snippets Powered By : XYZScripts.com