COVID 22

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  • #60405
    Confessius
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    Cov 1

    La file avançait très lentement et à chaque fois qu’elle faisait un pas, Aurélie sentait son estomac se nouer un peu plus. Adèle, Jane et Steph étaient un peu plus loin devant elle.

    Derrière, la queue s’étendait loin, composée pour la plupart de jeunes comme elle et ses amis, autant de garçons que de filles. Au fur et à mesure qu’on s’approchait de la porte principale de la mairie les paroles se faisaient plus rares et on n’entendait plus les blagues fuser, histoire de calmer les tensions, comme cela avait été le cas au début.

    A un moment, deux filles qui avaient dû se tromper de porte de sortie avaient frôlé la file d’attente. Le visage encore rouge, les larmes aux yeux, elles avançaient d’un pas mal assuré. A leur passage des garcons les avaient interpellés pour leur poser des questions. Elles s’était contenté de leur adresser un regard chargé de douleur et de compassion et avaient continué leur chemin.. Depuis, toute tentative de détendre l’atmosphère semblait définitivement vaine. Personne ne disait plus rien, chacun paraissait plongé et absorbé par ses pensées et ses craintes.

    Et bien sûr, il était hors de question d’enfreindre les règles sanitaire, port du masque obligatoire recouvrant bien le nez, les deux mètres de distanciation entre chaque appelé étaient signalés par des repères au sol. Des agents de la mairie passaient, régulièrement pour contrôler.

    Pourtant Aurélie avait du mal à respirer, elle commençait à étouffer sérieusement sous son masque, l’anxiété n’arrangeait rien à l’affaire. Elle aurait aimé au moins faire quelques pas pour se détendre, cela faisait plus de deux heures qu’elle poirotait avec ses amis, cette attente se faisait interminable et pourtant elle n’était pas pour autant impatiente, loin de là. Son tour signerait le début d’un moment redouté depuis lingtemps, une véritable épreuve dont on ne sortait pas indemne disait-on. Le visage des deux filles qui étaient sorties en avait dit suffisemment long.

    Son esprit vagabondait, elle pensait aux lieux qu’elle allait maintenant retrouver, la mairie de son arrondissement. La dernière fois qu’elle était venu, cela devait bien faire quatre ans, elle avait alors voté pour la première fois de sa vie. Elle se revoyait encore ce jour là, en compagnie de sa mère et de sa sœur. Dès que son bulletin était tombé dans l’urne, au milieu de toutes les autres, elle avait ressenti la fierté du devoir accompli. Elle était devenue d’un coup une citoyenne à part entière, la porte de son enfance s’était un peu plus refermée derrière elle.

    Mais tout cela semblait si loin maintenant, il s’était passé tant de chose depuis. Cette époque lui paraissait appartenir à une autre vie, un autre monde, celui d’avant l’arrivée de ce fichu virus venu de Chine.

    Comme la plupart des personnes de son entourage elle avait pris alors le premier confinement de haut. Il ne durerait pas disait-on. Mais une logique infernale s’était installée qui avait étape par étape brisé sa vie d’étudiante.

    Après ce premier confinement un deuxième avait suivi, à l’automne, ensuite un troisième avant que les nouvelles formes du virus n’arrivent et se rependent eux aussi comme une traînée de poudre sur le pays. Puis un nouveau virus arriva, différent et plus redoutable avec son cortège de variantes qui surgissaient des quatre coins du monde.

    Au début il y avait bien eu un premier vaccin, qui s’était avéré efficace, mais l’arrivée des nouvelles souches l’avait vite rendu obsolète. D’autres avaient succédé. Aujourd’hui ce serait le cinquième qui lui serait inoculé. Prometteuse au début, cette toute dernière version qu’on avait tant attendu, se révéla en fin de compte compliquée à imposer. La douleur qui accompagnait son injection était parait-il si intense que les autorités avaient renoncé a le faire circuler en grande quantité. Elles avaient demandé aux laboratoires d’élaborer des modes d’administration plus acceptable pour la population. Mais il restait malgré tout un stock important à écouler et seuls les volontaires les plus courageux pouvaient y avoir accès s’ils le désiraient, suivis des soignants en contact avec les personnes les plus vulnérables et enfin, mais pour ceux-là de façon totalement imposée, à tous les contrevenants, ceux qui n’avaient pas respecté les règles et s’étaient fait pincer. Aurélie aujourd’hui en faisait partie, avec tous ses amis.

    Elle se remémorait aussi comme les choses avaient évoluées, toutes ces périodes de crises qui s’étaient succédées. Le nombre des morts qui ne cessait d’augmenter, les problèmes économiques qui en résultaient. Et ces confinements qui n’en finissaient pas de se succéder en fonction de l’evolution de la situation. Elle les avait vécu si péniblemend et comme les cours en présidentiel n’avaient pas repris elle avait passé toutes ces périodes les yeux rivés sur son écran du matin jusqu’au soir à suivre des cours en ligne qui se succédaient sans fin jusqu’à en perdre leur raison d’être.

    Et puis il y avait eu la colère populaire, sur les réseaux sociaux ou les informations les plus incohérentes ne cessaient de circuler. Puis ensuite les revoltes de rues, les répression brutales et particulièrement féroces du gouvernement – le troisième en six mois – qui avaient suivi. Puis finalement il y eut ces mesures drastiques qui furent prises : confinement général, arrêt total de tous réseaux et les sites internet non validés par les autorités… en fait presque tous.
    La suppression de la quasi totalité des échanges, que ce soit dans les réseaux sociaux que dans tous les autres sites qui permettaient de transmettre des informations, avait considérablement changé le paysage social. Au début personnes n’y avait cru mais ces changements eurent finalement bien lieu, il avait fallu s’y faire. Et puis finalement ppur couronner le tout l’arrêt des chaînes de télévisions et de radios privées avait suivi, seules les informations d’état et de propagande étaient maintenant retransmise,, un vrai bourrage de crâne.

    Et bien sûr, interdiction formelle de se rassembler à plus de trois dans la rue. Les contrôles devenaient musclés. Toutes réunions privées dépassant le cadre familiale avait été proscrites.

    Enfin il y a trois semaines, n’y tenant plus, elle avait décidé de réunir tous ses amis le temps d’une soirée chez elle, avec son colocataire Steph. Juste une soirée.

    Tout avait été organisé dans le plus grand secret et ils se sentirent triomphants, presque comme des héros quand il se retrouvèrent une vingtaine dans le petit appartement. Enfin ils pourraient passer un moment tous ensemble, comme avant, histoire de se défouler un peu. Au départ il y eut un commun accord : pas de bruit, on ne parlerait qu’à voix basse.

    Au début tout se passa bien, mais il fallait malgré tout se détendre, les tensions accumulées pesaient sur les épaules de chacun et puis l’alcool était là, il coulait même à flot. Peu à peu les conversations montèrent en puissance, des rires se firent entendre, de plus en plus forts. Quelqu’un décida de mettre un peu de musique mais doucement bien sûr, juste pour l’ambiance. Puis au fil du temps le niveau sonore monta, certains voulurent mettre une musique un peu dansante et les premiers danseurs se placèrent au centre de la pièce. Aurélie déjà ivre et n’y prêtait pas vraiment attention. Elle papillonnait au milieu des invités, passant de l’un a l’autre, elle se sentait un peu la reine de la fête. Après tout c’est elle qui en avait été l’investigatrice et tout le monde était content, on la remerciait de toute part.

    Puis soudain de violents coups qui se firent entendre. Quelqu’un se précipita pour baisser la musique et les coups reprient, ils venaient de la porte d’entrée.

    – POLICE.. OUVREZ IMMÉDIATEMENT !

    Une sueur froide parcouru tous les participants. Il régnait in silences de mort dans l’appartement.

    ATTENTION ON VA DÉFONCER LA PORTE, OUVREZ !

    Steph se dirigea hésitant et l’entrebâilla. D’un geste violent une main la fit s’ouvrir totalement et en moins de deux une véritable brigade de policiers avait envahi l’appartement.

    TOUT LE MONDE FACE AU MUR, MAINS DERRIÈRE LA TÊTE !

    Aurélie senti le sol chavirer sous ses pieds. Tout se mis à tourner autour d’elle, l’alcool faisait son effet elle se demanda par la suite comment elle avait fait pour ne pas vomir.

    Tous se retrouvèrent face au mur, certains avaient encore leur verre à la main qu’ils durent poser à terre.

    CETTE SOIRÉE EST INÉGALE ET FORMELLEMENT INTERDITE. VOUS ENTREZ MAINTENANT DANS LE CADRE DES MESURES DISCIPLINAIRES IMPOSÉS PAR LE GOUVERNEMENT. NOUS ALLONS PRENDRE L’IDENTITÉ DE CHACUN DE VOUS.

    FAITES ATTENTION TOUTE FAUSSE INFORMATION POURRAIT VOUS MENER LOIN !

    Le policier criait, comme s’il s’adressait à une foule. Après un nouveau rappel à la loi et des dangers sanitaires que constituaient ce rassemblement il leur expliqua ce qui allait se passer. Ils devraient suivre une quarantaine de dix jours et seraient contrôles presque quotidiennement. Selon le nouveau système de sanction mis en place les amandes n’étaient plus obligatoires pour les moins de trente ans. Leur montant s’étaient d’ailleurs considérablement élevée et ceux qui ne pourraient pas payer immédiatement seraient systématiquement convoqués à la mairie pour y subir une autre forme de punition. Au terme de leur quarantaine ils recevraient par courrier une convocation. Il n’y aurait aucune dérogation possible et toute tentative de s’y soustraire serait automatiquement commuté en peine de prison sans aucune forme de procès et sans échapper pour autanrà une punition exemplaire.

    QUI SONT LES OCCUPANTS DU LIEU ?

    un grand silence se fit entendre. Timidement Aurélie leva le doigt suivie de Steph.

    Très bien, tournez-vous nous allons commencer par vous. En tant que propriétaire ou locataire, au regard de la loi vous êtes considérés comme responsables au premier degré. Vous serez enregistrés en catégorie A et on s’occupera particulièrement de votre cas. Sortez vos papiers et mettez votre masque.

    Le cœur d’Aurélie faillit lâcher.

    Chacun y passa. Bien sûr aucun ne pouvait payer l’amande et tout le monde apparaissaient maintenant sur un fichier national accessible sur tout le territoire. Il fut remis à chaque invité une attestation pour leur permettre de gagner leur logement dans les règles.

    Dès que tout le monde fut parti elle et Steph se retrouvèrent comme sonnés. Quelqu’un les avaient dénoncé c’est sûr. Ils eurent des contacts téléphoniques avec leurs amis maintenant rentrés chez eux. Personne n’en revenait. Aurélie fut prise d’une crise d’angoisse. Pour la rassurer et s’apaiser lui même Steph passa le reste de la nuit dans son lit, à ses côtés, pour la première fois.

    Le lendemain, à la première heure elle contacta son père pour lui faire part de la situation.

    – COMMENT AVEZ VOUS OSER FAIRE CELA ! Avec tout ce qu’il se passe en ce moment toi tu ne pense qu’à faire la fête. …. Avec tous les dangers que cela comporte pour vous et vôtre entourage. VOUS ÊTES COMPLÈTEMENT IRRESPONSABLES ! J’ai vraiment honte d’avoir une fille comme toi. Tu aurais dû m’en parler avant, je t’aurais dissuadée.

    Que veux tu que je te dise maintenant. Tu ne voudrais quand même pas que je paie une amande exorbitants pour couvrir une telle attitude ? Tu as joué et tu as perdu. Alors maintenant tu assumes !

    – Mais papa ils nous ont dit qu’avec Steph comme on est les occupant ils s’occuperont spécialement de nous, on va morfler, tu le sais ça ? (Elle commençait à pleurer)

    – Et bien pourquoi pas ! Beaucoup de choses ont changé ces derniers temps. Une bonne leçon ne pourrait vous faire que du bien. Je crois que j’ai été trop laxiste avec toi, J’aurais dû te serrer de plus près ! Regarde ou tu en es ! Assume, ça te fera grandir !

    Quand elle raccrocha elle se senti vraiment désespérée. Jamais avant cette crise son père lui aurait parlé ainsi. Il aurait défendu sa fille, l’aurait soutenue. Devant la gravité de sa situation et ce qu’elle encourait, il aurait été prêt à trouver une solution pour payer l’amande. Vraiment elle ne s’attendait pas à un tel revirement.

    Jamais elle ne s’était senti abandonnée à ce point, seule avec Stephen, tous les deux dans le même panier, ils étaient vraiment mal.

    La semaine de confinement se passa à tenter de recueillir des informations fiables sur ce qui allait leur arriver. Impossible d’utiliser internet bloqué pour tout ce qui ne relevait pas des premières nécessités et de leurs cours. Ils téléphonèrent à droite et a gauche principalement a leur réseau d’amis.

    Les bruits les plus fous circulaient à propos les nouvelles règles punitives. Ce qui aurait paru impossible il y a un an devenait aujourd’hui envisageable. Mais rien de solide ne filtrait. Les organes d’informations officielles d’état en parlaient très peu et de manière vague, comme si elles cherchaient à semer une part d’ombre et brouiller toutes certitudes. Ce qui rendait les choses encore plus effrayantes. Était-ce vraiment leur but ? A moins qu’il y ait en dessous des pratiques inavouables, elle n’osait l’imaginer. Mais comment savoir ?

    On parlait particulierement de véritables séances de châtiment corporels sinon de torture. Une sorte de retour au moyen âge, éloigné de toutes convention internationales sur le respect des droits humains, histoire d’effrayer et contenir la population. Certains évoquaient même de véritables fessodromes et qu’il était difficile de se remettre de telles séances, autant physiquement que psychologiquement. Cela effrayait Aurélie, et surtout le mot fessodrome l’interpella, elle qui de toute son enfance n’avait jamais reçu de fessée.

    De plus, il avait été ordonné à ceux qui en étaient sorti de ne rien relater sous peine d’être une deuxième fois convoqués. Et même s’ils avait été vaccinés d’office, ils étaient confinés le plus strictement possible pendant deux mois en attendant de recevoir une nouvelle injection, comme pour mieux les marginaliser.

    Mais d’autres heureusement se voulaient rassurants, “Ils savent bien ce qu’ils font ! ” répétait à chaque fois ses parents quand elle les cherchait un réconfort auprès d’eux. « Nous vivons dans un pays évolué, ne t’inquiète pas, il ne vont pas vous tuer. Mais une punition reste une punition, même si elle est sévère et surtout si elle est méritée, car vraiment vous avez été trop loin, vous devez l’accepter ! »

    A la fin de leur confinement ils durent passer un test. Une équipe se déplaça exprès à domicile, c’était les règles. C’est sans aucun ménagement qu’on leur enfonça les bâtons bien au fond du nez et de la gorge. Aurélie crut vomir. Les tests se révélèrent négatifs, heureusement. Ils cherchèrent à obtenir des renseignement auprès des deux agents sanitaires qui s’étaient déplacés, mais ceux ci restaient de marbres et se montrèrent même hostiles. Ils auraient eu bien d’autre choses à faire que de s’occuper de jeunes irresponsables.

    Maintenant qu’ils pouvaient sortir tout leur environnement se montra hostile à leur égard. Comme s’ils étaient devenu de grands criminels. Les voisins ne leur adressaient plus la parole, sûrement l’un deux les avaient dénoncés mais impossible de savoir qui.

    Trois jours après les convocations arrivèrent dans la boite au lettre. Le rendez-vous était fixé pour le mardi à dix heures à la mairie. Son numéro d’appel était le 713 celui de Steph le 715. Et sur toutes les deux était inscrit en gros caractère : CLASSE A.

    Cette convocation jeta un froid glacial et de toute la journée ils ne s’échangèrent presque aucune paroles. Tous leurs amis qui avaient participé a la fête étaient eux aussi convoqués dans leur arrondissements respectifs, sauf pour Armand dont le père diplomate avait préféré payer l’amande. Certains disaient qu’il y avait eu une magouille derrière.

    Les jours qui précédèrent l’appel furent tendus. Elle et Steph n’arrivaient plus à vraiment travailler, pourtant des contrôles importants arrivaient. Pour se distraire ils se repassaient des séries oubliés sur leur PC. Ils firent l’amour plusieurs fois et trouvèrent dans leur étreintes un soulagement provisoire. Libres tous les deux ils n’étaient pas loin de tomber amoureux l’un de l’autre.

    Enfin le jour arriva. Ils étaient les premiers de tous le groupe d’amis à y passer. Adèle et Jane, une des ses meilleures copine, étaient convoquées aussi à la même heure au même endroit. En tant que fille Aurélie se sentirait un peu moins seule. Les filles et les garçons seraient ils seulement séparés ?

    En s’habillant le matin elle choisi des vêtements simples et neutres, un jean bleu et un tee-shirt. Elle hésita à enfiler plusieurs culottes les unes sur les autres. Au cas ou des fessées seraient appliquées cela pourrait bien amortir les coups. Elle avait lu cela dans une autobiographie ou l’auteur expliquait qu’enfant il procédait ainsi pour adoucir les corrections parentales. Jusqu’au jour ou le pot aux roses fut découvert et rendit les séances qui suivirent à nu beaucoup plus cuisantes. Elle renonça.
    Et enfin à neuf heure ils prirent le chemin de la mairie, l’angoisse au ventre.

    A suivre.

    #60407
    maître fesseur
    Participant


    Bravo très beau récit vivement la suite

    #60440
    Confessius
    Participant


    Bravo très beau récit vivement la suite

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    Merci beaucoup, la suite ne devrait pas tarder. 😊

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