Ah, ces dames du temps jadis!

Accueil Forums Discussions générales Causons d’autre chose Ah, ces dames du temps jadis!

Ce sujet a 5 réponses, 4 participants et a été mis à jour par  francois-fabien, il y a 2 mois et 3 semaines.

6 sujets de 1 à 6 (sur un total de 6)
  • Auteur
    Messages
  • #14629

    francois-fabien
    Participant

    Au XVIIIème siècle, certaines grandes dames (la plupart ?) tenaient leur personnel masculin pour quantité parfaitement négligeable et n’avaient pas le moindre scrupule à se dévêtir devant lui. C’est ainsi que S.G. Longchamp, alors qu’il n’était au service de Madame du Châtelet que depuis trois jours… Mais laissons-lui la parole.

    « Le lendemain, lorsque j’attendais son réveil pour lui rendre compte de la besogne dont elle m’avait chargé, le bruit de la sonnette se fit entendre. J’entrai chez elle en même temps que sa femme de chambre ; elle fit tirer les rideaux et se leva. Tandis que ma sœur préparait une chemise, madame qui se trouvait debout vis-à-vis de moi, laissa subitement couler celle qu’elle avait sur le corps, et resta nue comme une statue de marbre. J’étais interdit et n’osais lever les yeux sur elle, quoique, ayant été élevé à la cour de Lorraine, j’eusse été plus d’une fois dans le cas de voir des femmes changer de chemise, mais, à la vérité, pas tout-à-fait de cette façon. Quand madame eut été habillée, elle me commanda son souper, où devait se trouver bien peu de monde, car elle n’attendait que deux convives, M. le duc de Richelieu et M. de Voltaire.

    Quand je fus seul avec ma sœur, je lui demandai si Mme du Châtelet changeait ainsi de chemise devant tout le monde : elle me dit que non, mais que devant ses gens, elle ne se gênait nullement, et elle m’avertit qu’une autre fois, quand pareille chose arriverait, je ne fisse pas semblant e m’en apercevoir.

    Cependant, quelques jours après, au moment où elle était dans son bain, elle sonna ; je m’empressai d’accourir dans sa chambre ; ma sœur, occupée ailleurs, ne s’y trouvait point alors. Mme de Châtelet me dit de prendre une bouilloire qui était devant le feu, et de lui verser de l’eau dans son bain, parce qu’il se refroidissait. En m’approchant, je vis qu’elle était nue, et qu’on n’avait point mis d’essence dans le bain, car l’eau en était parfaitement claire et limpide. Madame écartait les jambes afin que je versasse plus commodément et sans lui faire mal l’eau bouillante que j’apportais. En commençant cette besogne, ma vue tomba sur ce que je ne cherchais pas à voir ; honteux et détournant la tête autant qu’il m’était possible, ma main vacillait et versait l’eau au hasard : « Prenez donc garde, me dit-elle brusquement d’une voix forte, vous allez me brûler. » Force me fut d’avoir l’œil à mon ouvrage, et de l’y tenir, malgré moi, plus longtemps que je voulais. Cette aventure me parut encore plus singulière que le changement de chemise. Je n’étais pas encore familiarisé avec une telle aisance de la part des maîtresses que je servais. »

    On peut retrouver ce texte, soit dans les Mémoires de S.G. Longchamp (T. 2, page 119), soit dans « La galanterie parisienne sous Louis XV et Louis XVI » de Jean Hervez. (1910)

    #14637

    Monsieur No
    Admin bbPress

    Excellent. J’adore les anecdotes de ce genre. 🙂

    #14663

    lucette
    Participant

    J’adore les récits historiques.Il y a toujours un schmilk en plus! 🙂

    🙂

    #14672

    francois-fabien
    Participant

    Pour la petite histoire, cette madame du Châtelet qui fut la maîtresse de Voltaire, se trouva enceinte, à 44 ans, des œuvres de Saint-Lambert. Qu’à cela ne tienne: elle feignit un retour de flamme pour son mari qu’elle fit venir chez Voltaire. Le brave homme s’en alla ensuite clamer partout avec jubilation qu’il allait être papa.

    En ce qui concerne le comportement des femmes du monde à l’égard de leurs domestiques, je ne désespère pas de découvrir d’autres témoignages qui viennent corroborer celui-là.

    #14792

    Anonyme

    Oui excellent, merci 🙂

    #16825

    francois-fabien
    Participant

    Encore une petite anecdote, de Pöllnitz cette fois, dans ce style si savoureux du XVIIIème siècle:

    “En arrivant à Auxerre, j’ai trouvé toute la rue dans laquelle est la maison de la poste remplie de populace et entre autres d’un grand nombre de femmes, qui paraissaient toutes fort animées. Cela venait de ce que, la nuit précédente, la femme d’un boulanger avait mis son mari dans un état qui le rendait propre à occuper une des premières charges dans le sérail. La jalousie lui avait fait commettre cette action barbare. Son mari, qui avait vingt ans et qui était de très bonne mine, voyait un peu particulièrement, du moins ainsi le disait la chronique scandaleuse d’Auxerre, une pâtissière jeune et jolie. Mme la boulangère, qui était vieille et laide, ne pouvant supporter l’infidélité de son mari, eut soin de mettre un rasoir sous le chevet de son lit et, dans le temps que son mari lui donnait des marques de sa tendresse, elle en avait fait un second Abélard. Cette tragédie venait de se passer lorsque je suis arrivé à Auxerre dont les habitants étaient tous fort animés contre la boulangère. On venait de conduire cette malheureuse en prison. Les femmes surtout la maudissaient et faisaient contre elle des imprécations qui, quoique dites très sérieusement, avaient quelque chose de tout à fait comique. Si elles l’avaient eue à leur disposition, elles l’auraient mise en hachis.

    Pôllnitz, un séjour en France, page 75. 20 mars 1732

6 sujets de 1 à 6 (sur un total de 6)

Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.