L'année initiatrice (1)

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Ce sujet a 9 réponses, 9 participants et a été mis à jour par  lunapower, il y a 5 jours et 7 heures.

10 sujets de 1 à 10 (sur un total de 10)
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  • #37076

    Sévère
    Participant

    Lorsque je pénétrais pour la première fois dans cet appartement sombre les mots de ma mère me revinrent “Tu sais, ta tante et son compagnon n’ont pas élevé tes cousines comme ton père et moi l’avons fait pour vous. Elle a continué à appliquer les méthodes éducatives que nous avons reçues elle et moi de tes grands parents. Je vous en ai parlé quelques fois mais sans doute pas assez. Je n’aime pas remuer des souvenirs pénibles et après tout le passé est le passé.

    Mais voilà. Ta tante, que tu n’as vu seulement une fois au moment de ta naissance a accepté de te prendre en pension chez elle à la seule condition que tu respectes rigoureusement les règles de la maison. Si tu veux vraiment faire cette formation cette année nous n’avons pas le choix. Toutes les résidence universitaires sont pleines et les loyers à Lyon hors de prix. Cela ira mieux l’année prochaine si ton frère réussit ses examens finaux.
    Tu es une fille maintenant majeure et raisonnable qui n’a jamais posé de vrais problèmes, mais je tiens à te mettre en garde contre des procédés qui risquent de te heurter et auxquels tu devras te plier si tu ne veux pas te retrouver à la rue. Ce… serait une situation compliquée, je te l’avoue”

    J’étais tellement heureuse d’avoir décroché cette formation que je n’avais pas particulièrement prêté attention à cette mise en garde. De toute façon pour moi cette année est importante et il n’était certes pas question de me laisser distraire. Alors ça tombait bien un peu de rigueur. Et puis ma mère n’a pas revu sa sœur depuis longtemps nous sommes en 1986 et elle exagèrait certainement. Depuis son enfance les temps ont bien changés et ma tante à bien du suivre le courant et s’adapter, comme tous les parents, même si elle a dû sans doute rester un peu vieux jeux.

    Mais maintenant que la porte d’entrée m’était ouverte et que la silhouette raide de ma tante me conduisit dans le salon je ne pus retenir un frisson. Cet appartement bourgeois, sombre et spacieux ou tout semblait à sa place au millimètre près depuis des temps immémoriaux me donnait cette impression de pénétrer un tombeau.

    Heureusement après ce couloir si noir nous déboucha mes dans un salon plus accueillant, vaguement éclairé par des fenêtres donnant sur une cour d’immeuble noircie par le temps. Je me sentais si nulle avec mon sac de voyage, mal fagotée avec mes habits bon marché face à cette femme tirée à quatre épingles dont aucun sentiment ni aucune empathie ne semblait émerger de son visage sec.

    Elle m’invita à m’asseoir sur un fauteuil capitonné dont le contact même de mon jean défraichi semble souiller.
    Elle me sonda un instant de ses yeux perçants puis enfin entama la conversation.
    – Chère nièce je suis très heureuse de faire enfin ta connaissance. Je t’ai vu tout bébé sais tu, et comme tu as grandi et es devenue une belle jeune fille !
    Ouf, ces paroles qui semblaient contredire cette entrée en scène me rassuraient et je commençais à respirer… Mais un peu seulement.

    – Hélas l’éloignement à fait que nous n’avons pu nous rencontrer plus tôt. Je la remerciais intérieurement de ne pas faire allusion à tous efforts qu’avait fait ma mère pour précisément éviter une telle rencontre. Mais il est toujours temps de remédier à cela, heureusement l’opportunité de tes études est là pour nous y aider.

    Tout à coup on entendit frapper à une porte.
    – Entre Anne ! Je t’en prie. Une porte marbrée de boiseries s’ouvrit alors et je vois apparaitre une splendide fille de mon âge, cheveux châtain très clair, le corps gracile et la mine avenante, superbement habillée, dans une tenue décontracté mais soignée. Je n’aurais jamais imaginé avoir une telle cousine et je suis sûr que si j’avais été un garçon j’en serais tombé raide amoureux.

    – Anne Béatrice je te présente ta cousine de Bretagne Lucie.

    Après m’avoir embrassé elle s’assit et une conversation à trois s’engagea sur nos études respectives. Je remarquais rapidement que ma cousine vouvoyait sa mère, lui parlant avec déférence mais ne semblant pas pour autant éprouver un quelconque ressentiment envers cette mère si collet monté et franchement austère. Cela se confirmait, je commençais à me sentir bien, tout au moins bien mieux.

    Elle était en train de me décrire son parcours dans une école de commerce des plus renommées (mais combien d’années d’avance peut elle avoir pour en être là à son âge ? ) que tout à coup son visage se figea, elle fixait quelque chose derrière moi.
    – Édouard viens donc saluer ma nièce qui vient d’arriver de sa Bretagne, claironna ma tante. Je me retournai et vis arriver un homme extrêmement maigre à l’œil perçant et inquisiteur qui me fixa comme s’il venait de découvrir une proie.

    – Lucie je te présente Édouard mon mari qui, comme tu le sais certainement, n’est pas le papa de tes cousines, ce dernier étant mort d’un accident de voiture peu après la naissance d’Anne Béatrice.
    Une main froide et osseuse secoua vaguement la mienne et nous voilà assis tous les quatre. Aussitôt d’une voix caverneuse l’homme sentencieusement s’adressait à ma cousine comme pour une déclaration de toute première importance et surtout comme si tout à coup je n’étais plus là.
    – Anne n’oublie pas que nous avons à parler ce soir.
    – Oui oncle Édouard !
    Je fus surprise de constater à quel point le visage de ma cousine, si gracieux, était en quelques secondes devenu blanc livide puis se colorât tout aussi rapidement d’un rouge pivoine.
    Il y eu quelques instants de silence, je me sentais tout à coup devenue l’intruse de la maison. Puis soudain les lèvres de ma tante se pincèrent.

    – Anne il est temps de faire visiter l’appartement à ta cousine et de lui montrer sa chambre. Elle doit être exténuée et doit avoir besoin de se reposer. Puis se tournant vers moi. – Souper à 2o heures, Nous t’informerons des règles que nous avons instituées pour la bonne marche de cette maison. Demain Anne Béatrice te fera visiter la ville qui est une très belle ville et qui te plaira certainement beaucoup. Et la semaine prochaine tu feras la connaissance de Laeticia notre petite pensionnaire que nous avons depuis deux ans. C’est la fille d’une amie de la famille qui habite en Angleterre et qui est ici pour apprendre notre langue et pour parfaire son éducation. … Quand à ma première fille Marie Élodie tu auras peut être l’occasion de la croiser dans les semaines qui arrive. Elle a quitté notre maison il y a deux ans, juste après son mariage et habite Paris ou elle vit avec son époux diplomate.

    Laissant mon gros sac dans le couloir Anne me fit visiter l’appartement aussi grand qu’un labyrinthe avec plein de recoins sombres.

    Anne était décidément charmante et pleine d’attentions mettait tout son cœur a me faire visiter son domaine. C’était étonnant à quel point le courant passait entre nous, Elle semblait même être devenue en si peu de temps cette amie parfaite dont je n’avais jamais osé rêvé. Dans la cuisine je dis bonjour à ce qui semblait être la bonne et qui était en train d’éplucher des légumes. Elle ne fit qu’entrouvrir la chambre parentale comme s’il s’était s’agit d’un lieu sacré dont une entrée intempestive me semblait tenir d’une grave profanation. La même chose pour le bureau obscur de son beau père ou je pus juste apercevoir une grande bibliothèque tapissée de livres anciens. J’aime les vieux livres. Puis les chambres, la chambre de la pensionnaire, puis sa propre chambre au bout du couloir, sobre mais arrangée avec un goût assuré. Puis, juste en face de celle qui va m’être destinée, ma cousine me fit pénétrer dans un réduit qui semblait être le débarras de la maison, mais un débarras si impeccablement rangé qu’on se demandait ou était le vrai débarras. on se croyait plutôt dans une sorte de chapelle. Elle me désigna un coffre en bois.
    – Tu trouveras ici la réserve à couvertures si jamais tu as froid la nuit, surtout ne te gêne pas !
    Je la remerciais chaleureusement quand tout a coup mon regard s’arrêta sur un objet noir suspendu à un clou dans un coin contre le mur. Je reconnu aussitôt un martinet.
    Bien sûr je savais ce que c’était et même une fois quand nous faisions des courses à Auchan en passant devant le rayon animalerie nous avions vu une mère de famille avec sa fille en tâter un des mains comme pour en éprouver la solidité. L’objet avait fini tout d’un coup par rejoindre dans son caddie les emplettes bien plus conventionnelles, légumes, conserves, papier hygiénique et autres yaourts. Sa fille de 6 ans environ semblait deviner ce que cela signifiait et n’en menait pas large. J’ai vu alors le visage révulsé de ma mère qui n’avait pu s’empêcher de dire tout haut “Ces saloperies devraient être interdites.” Son ton n’était pas habituel. Elle semblait bien connaitre la nature d’un tel instrument porteur sans doute de bien de mauvais souvenirs et de larmes amères. Elle n’en dit pas d’avantage. J’en avais vu aussi un trainer une fois chez une amie dont le grand frère avait la réputation d’être intenable.

    Celui ci était impressionnant avec ses lanière épaisses. Voyant que je fixais cet objet avec insistance je senti ma cousine faire comme des gestes d’impatience gênée et qu’elle rougissait à nouveau. Ne voulant la mettre plus longtemps mal à l’aise je me dirigeais vers la sortie pour me retrouver juste en face devant la porte de ma chambre qui me fut enfin ouverte.

    #37079

    Agna
    Participant

    Bravo pour ce premier chapitre. J’ai vraiment hâte de lire la suite. 😉

    #37081

    Câline
    Participant

    Félicitations pour ce premier récit qui donne envie d’en lire davantage 😉

    #37083

    coach87
    Participant

    On attend la suite avec impatience 😊

    #37084

    Princesse Sarah
    Participant

    Merci pour ce récit bien écrit, qui dessine les personnage et donne envie de connaître la suite de l’année! 🙂

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 3 jours par  Princesse Sarah.
    #37086

    Déborah
    Participant

    Très bon début de récit.
    J’ai hâte de lire la suite.

    #37087

    Sévère
    Participant

    Merci de vos encouragements. Ici la barre est haute, il va falloir s’appliquer.

    #37090

    bella
    Participant

    Félicitation pour ce 1er récit qui décrit très bien l’ambiance. Il fait froid dans le dos le beau père. Hâte de lire la suite

    #37093

    Karima
    Participant

    Joli récit 😉

    #37190

    lunapower
    Participant

    Ça semble très prometteur 🙂

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