Le carnet

Le carnet

Il y a des années où le Père Noël vous gâte de bijoux, ou mieux : d’un assortiment de crayons Faber Castel pour compléter votre collection de dessinatrice du dimanche… et d’autres où vous recevez un paddle de chez London Tanner’s et un très joli carnet format A5, le tout en cuir couleur tabac.

Il y a des Noël où vous avez visiblement mérité la visite du Père Fouettard.

Voilà quelques jours maintenant que je dois consigner toutes mes bêtises. Seule exception : les désobéissances où Monsieur peut immédiatement sortir le paddle, me demander de me mettre en position et m’administrer une fessée sur le champ. Toutes les autres bravades, mes coups de sang mes « Ah oui ? Vraiment ? Tu me l’interdis ? Je vais me gêner »… et j’en passe (de celles qui feraient rougir bon nombre de demoiselles) sont notées (par moi) sur cet adorable petit carnet. Toute modification, tout oubli méritant une double peine, je suis plutôt assidue et consciencieuse dans ce travail. Mes trois premiers jours j’ai noirci, sans forcer, deux pages de mon écriture serrée.

J’ai beau savoir que mon caractère sanguin me vaut des fessées mémorables, mes bravades des dérouillées cuisantes… on ne se refait pas. C’est comme si j’étais possédée. Je me dis « Tais toi et pleure »… et je m’entends rire en sortant un « C’est tout ? Même pas peur, même pas mal », à mon plus grand étonnement. Évidemment, juste après, j’ai mal et je regrette et je jure que je vais apprendre à me taire. Promesses que je me fais à moi même mais que je ne tiendrai pas. Avec moi, il y a des fessées qui se perdent, forcément.

Ainsi donc, mercredi soir a sonné l’heure de la présentation du dit carnet à Monsieur.

Où comment passer de la femme mûre, sûre d’elle, garçonne et grande gueule à la version petite fille qui a un bulletin de notes désastreux à faire signer.

Parce que désastreux, il l’était : bravades, cris, colères, présence sur le site, une tentative de création de galerie, des discussions avec des inconnus… et j’en passe des vertes, des pas mûres… de toutes les couleurs.

« Élève dissipée, frondeuse, incorrigible » aurait pu être inscrit… sauf que corrigée, j’allais l’être, très vite.

Quand Monsieur a lu, j’ai commencé à jouer avec le premier truc venu. Un de mes tics : faut que mes doigts s’occupent et quand je ne peux pas dessiner je bricole, triture, manipule (je vois ces messieurs sourire). Sans le vouloir vraiment, j’ai reculé, de moins en moins sûre de moi.

J’essaye de me raisonner : « Allez, Ange, reste droite dans tes chaussons. C’est juste une petite fessée ». Pourtant, quand mon homme lève la tête je me liquéfie sur place. Son regard est froid et je sens mes jambes trembler…

« Viens ici ! »

Je ne bouge pas.

« Dépêche-toi. »

Je recule encore. Non par manque de respect mais j’ai comme un mauvais pressentiment pour la suite. Il se lève d’un bond, me rejoint en deux grand pas. Je rentre la tête dans mes épaules, serre les fesses instinctivement. Il m’attrape l’oreille, me traine vers le coin. Je positionne aussitôt mes mains sur la tête.

« Si tu essayes ne serais ce que d’envoyer une seule photo sur le site, je t’avertis que tu prendras une fessée à user le paddle jusqu’à la corde. D’ailleurs rappelle moi combien a coûté le London Tanners ? »

Sans comprendre vraiment où il veut en venir je lui réponds.

« Presque 90 euros.

– Tu vas prendre 90 coups de paddle, sans fessée à la main avant. Ça devrait te persuader de m’écouter. »

Je reste muette. Le paddle est particulièrement efficace : en mon fort intérieur je l’ai nommé « le faiseur de larmes ». Le nombre me paraît tellement grand que je n’y crois pas, je ne veux pas y croire. Mais le nez au mur, je gamberge. Quand j’entends ses pas approcher, je me raidis. Il m’emmène vers le lit en me tenant les deux mains toujours sur la tête.

« En position, prépare toi. »

Je me place tête sur l’oreiller, mains sur la tête mais fesses sur les talons.

« Tu as peur, Ange ? »

Je n’ai pas peur : je suis terrifiée… Il ne va pas le faire, pas 90 coups. C’est bien trop. Mais avouer ma peur ? Jamais ! Alors je lève les fesses, le coeur battant.

« Pour cette fois tu auras 45 coups sur le pantalon et 45 sur tes fesses nues. »

J’ai envie de protester mais mon esprit tourne en boucle. « Il ne vas pas oser, il ne va pas m’en donner autant… ou alors tout doucement. »

Mais cette prière intérieure n’est entendue par personne et le premier coup cingle, fort, très fort. Je commence à compter tout en serrant les dents.

« 2… 3… Aïe ! Quaaaatre ! Cinq, outch ! Six… Sept… Non, non… Je tiendrai pas… S’il te plaîîît. »

J’allonge mes syllabes en des couinements ridicules. Mes cris, mes supplications n’ont aucun effet. Mes fesses me brûlent, je suis en nage. Au 45e coup il s’arrête. Je respire, je reste persuadée qu’il cherche ma peur et je dois sentir la trouille à plusieurs mètres. Il ne va pas continuer, j’ai bien trop mal. Pourtant sa main attrape les élastiques de mon pantalon et de ma culotte ; il baisse le tout jusqu’à mi-cuisse. Je sens mes jambes trembler, je serre les cuisses, paniquée. Il me laisse comme ça et je me remets a espérer que tout ça est fini, qu’il va se moquer de ma trouille et arrêter là.

Et… j’hurle de douleur : il continue la fessée. Je me tortille, m’écroule sur le côté plusieurs fois. Il me replace et continue, sans un mot, pendant que je crie mon décompte, que je le supplie d’arrêter, que je tambourine le lit avec mes pieds, que je promets de me calmer, de l’écouter… Le 90e coup est plus fort encore que tout les autres. « Le coup de grâce » comme il dit.

Mes fesses ne sont plus que douleur, je suis trempée de sueur, mon cœur bat trop vite ma jambe droite tremble de façon incontrôlée. J’essaye de me calmer, je sens mon sexe palpiter de peur et d’envie mélangées. Je sais que, malgré tout, je mouille.

« Tu as compris la leçon maintenant ? »

Je ne réponds pas, à bout de souffle. Il remonte culotte et pantalon. Je garde la tête toujours collée à l’oreiller, les bras dessus, pour cacher mon visage. Je me sais rouge et mes yeux pourraient trahir les larmes qui veulent sortir.

« Tu pleures ?

– Non !

– Montre. Regarde moi. »

Alors je transforme ma honte en colère, trop fière : il ne me verra pas pleurer ! Je le regarde, les yeux secs, les dents serrées et alors que mon cœur bat encore trop vite, que ma peur est toujours là je m’entends dire comme dans un très mauvais rêve :

« Pourquoi tu veux que je pleure ? Pour cette petite fessée ? Je n’ai rien senti ! »

La suite se passe très vite. Je me retrouve sur le ventre, pantalon et culotte baissés, presque arrachés. Une de ses mains me maintient fermement au niveau des reins pendant que l’autre abat le paddle. Je me mets à hurler puis mes cris deviennent muets pour reprendre de plus belle.

« Arrête, arrête, j’ai peur, j’ai trop peur. »

Et je me mets à pleurer de façon convulsive.

En dix ou quinze coups (j’avoue ne pas avoir compté) je me retrouve incapable de faire autre chose que sangloter comme une enfant. Je ne suis plus qu’une petite fille qui a peur de mouiller sa culotte si la correction ne s’arrête pas rapidement.

Il pose enfin le paddle, me laissant quelques secondes là. Je n’ose pas bouger, je hoquette et il me prend dans ces bras.

« C’est fini… Là, c’est fini maintenant. »

Mes larmes se tarissent et je m’endors dans ses bras, protégée, aimée, comprise.

17 commentaires

  1. Très joli récit comme d’habitude 🙂

  2. Merci beaucoup @lunapower.
    Je me dévoue toujours pour vous…

  3. 🙂

  4. @paulparisfr….dois je comprendre que le récit vous a fait sourire ?

  5. Toujours très juste et très bien décrit. On vit la scène.
    @mi-ange félicitations pour ce nouveau récit.

  6. Merci @etienne31.
    Mais j’avoue que je sens avoir besoin d’évoluer dans mon écrit.
    Mais je ne sais pas comment.
    D’où, moins de récits… il me manque quelque chose dans mon écriture… mon côté perfectionniste…
    Heureuse qu’il vous ai plu.

  7. Excellent, comme toujours. Si tu as l’impression de commencer à tourne en rond dans tes récits, ce n’est pas l’avis du lecteur qui, lui, en redemande. Maintenant quand on ressent ce que tu ressens, au niveau de l’écriture, c’est souvent que quelque chose est en train de se mettre souterrainement en place. Et va finir par émerger.

  8. @francois-fabien .
    Merci.
    J’aimerais tellement que tu es raison.
    Mais je cherche…je ne sais pas…
    Un declic, Le declic (celui de Manara ?…hum)

  9. Merci @mi-ange cela faisait un moment je n’avais pas frissonner de cette façon en lisant un récit…
    Surtout n’arrêtez pas d’écrire 🙂

  10. Merci infiniment @provocation.
    Je fais un petit break dans mes récits mais il y en a déjà 11 sur le site… N hésitez pas à me donner vos impressions : ça me permet d’avancer.

  11. Très joli récit comme d’habitude Mi-Ange. Cultivez votre différence. Les périodes de doute sont inévitables, et souvent bon signes comme dit François-Fabien.
    Mais 90 coup de Paddle sans préparation à la main c’est quand même un peu dur. Je crois que Fraise dans sonCode fessal et de déontologie du spencer veut interdire la fessée avec instrument sans fessée manuelle avant.

  12. Merci@bertrand.
    Ce coup là (enfin, sans jeu de mot) j’avais vraiment agacé Monsieur. Consciemment.
    Et je confirme qu’à la fin (100 ou 110 coups de paddle de chez L.T) j’étais en larmes, tremblante, ma fierté mise dans ma poche.
    Ce qui n’est pas facile…Je suis dure et grande gueule et très/trop fière.
    Et que cette fessée là il sait me la rappeler. Juste son évocation et je me sens d’un coup plus calme.
    Le code fessal de fraise est une merveille… Mais, Monsieur n’est pas entièrement de mon avis.

  13. « Mais monsieur n’est pas entièrement de mon avis » Tiens c’est curieux…

  14. Très joli récit qui donne des frissons d’envie et de peur mélangées.

  15. @leonora merci.
    Mes récits étaient plus soft au début il me semble. Si vous avez le temps et l’envie…vous me direz.

  16. Merci encore mi-ange pour ce récit

  17. @arjeem tout le plaisir est pour moi

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