Sur la glace (2)

Sur la glace (2)

Le soleil commençait à monter doucement dans le ciel. Le sommet de l'église baignait dans une lumière aux reflets d'ambre. La vie s'éveillait en silence autour de moi. Il était l'heure pour moi de m'éclipser de cette réalité naissante dans laquelle j'étais un fantôme sans nom.

Je rejoignis alors ma chambrette, dans le grenier d'une vielle bâtisse qui appartenait à une vieille dame. J'y étais logée en échange d'un brin de ménage et de quelques travaux simples. Je la voyais rarement et cela me convenait très bien. Elle était d'ailleurs assez souvent absente, surtout en hiver. Le confort était basique: un lit en vieux bois et quelques meubles, dont une coiffeuse ancienne, sans miroir. Des livres éparpillés un peu partout dans la petite pièce, un pot d'encre et des plumes cassées sur la table de nuit.

Je me laissai tomber sur mon modeste lit et je fermai les yeux, me laissant aller à mes songes. Je revoyais très clairement ses yeux, à la fin de cette nuit aux allures nébuleuses. Je m'endormis avec cette dernière image à l'esprit...

Le réveil se mit à sonner au crépuscule. J'ouvris les yeux difficilement mais sortis de ma torpeur. Le soleil était en train de redescendre de son piédestal pour laisser place aux premières étoiles de cette nouvelle nuit. Ma réalité. Mon royaume. Cette fois l'église avait pris l'aspect d'un monument hérissé de pointes aussi fragiles que meurtrières. En me dirigeant comme à mon habitude vers le lac, je ne pouvais cesser de me demander si il allait être à nouveau présent. Rien ne l'obligeait à revenir. En arrivant, mon regard gris se porta sur le banc en pierre et je vis une lettre qui y était déposée.

Petite Hellébore,

Sois sans crainte, je ne t'abandonnerai pas.
Tu as besoin de moi et je prends mon rôle très à coeur.
Tu as franchi un premier cap mais il reste encore beaucoup à faire.
Tes fesses n'ont pas fini de sentir le contact de ma main.
Tu sais, au fond de toi, que cela te libère, te fait du bien.
Rejoins-moi au jardin des Lys de Glace.

Sebastian

La lettre était courte mais elle me donna la sensation d'arriver au point de non-retour. Le Jardin des Lys de Glace. Je serrai les dents et je sentis une vague de colère monter en moi. Pourquoi en ce lieu maudit ? Qu'avait-il en tête ? Sans plus attendre, je me mis en route.

En arrivant aux portes de ce jardin, je constatai qu'il était exactement comme dans mon souvenir : une immense terre recouverte d'un manteau cendré. Une terre vaste et désolée, que j'avais quelques années plus tôt pris soin de détruire, au point que même la neige ne venait pas s'y déposer. Seul quelques arbustes ronciers persistaient ci et là. Des arbres dénudés et sans vie apparente se tenaient encore debout, leur tronc marqué par de larges entailles. Un jardin de désolation. Son nom ? Il fût une époque où le parfum des Lys blancs émanait de ces lieux. Des lys blancs comme la pureté d'une vierge. La nuit, à la clarté de la lune, on pouvait les percevoir, comme des oeuvres de glace. Il n'en restait rien.

En avançant lentement, je contemplai ce sinistre désastre. Mes pas ne faisaient aucun bruit sur ce tapis de cendre. Je m'arrêtai net. Il était là, planté comme un chêne ancestral dans son costume noir. Savait-il que j'étais à l'origine de la mort de ce jardin ? Allais-je être punie pour ce méfait ? Je m'approchai mais gardai mes distances, mes sens de nouveau en alerte, prête à réagir cette fois. Son regard exprimait une profonde tristesse tandis qu'il observait ces ruines autour de lui. Je m'approchai davantage, sans vraiment y penser. Lorsque je fus à sa hauteur, il me prit la main et me bascula, sans un mot, sur un cadavre de tronc au sol. Je ne réfléchis pas, je me laissai faire.

Je l'entendis casser une branche sur un arbre. Sans crier gare, il m'asséna un premier coup. Le sifflement, le claquement résonnèrent dans l'obscurité. Il m'asséna un nouveau coup. Je ne bougeais pas, ne gémissais pas ; pas encore du moins. Je sentais que j'allais payer cher. Une volée de dix coups atterrit sur mon postérieur. Le dernier, bien placé, me fit sursauter. Il jeta son instrument et commença à baisser mon éternel jean noir. Une fois ce dernier à mes chevilles, il me donna une première claque à main nue. Forte, directe.

« N'as-tu rien à dire ? » me murmura-t-il

Le son de sa voix était glaçant mais sans une once de méchanceté. Je ne répondis rien. Une nouvelle claque résonna. Malgré la fraîcheur de cette nuit, des picotements chauds commençaient à se faire sentir sur mes fesses déjà entamées par la fine branche. Constatant mon obstination et mon refus de répondre, il soupira longuement et commença à accélérer le rythme de la volée. Des gémissements commençaient à m'échapper. Une douce douleur s'emparait de mon être.

Il continua de me fesser ainsi, avec une énergie surprenante, puis s'arrêta. Je commençais à avoir le souffle court ; mon coeur faisait des bonds dans ma poitrine. C'est pendant cette courte pause que je me dis que je ne l'avais sans doute pas volée, cette fessée. La douleur, désormais très présente, ne me donnait cependant pas envie de reconnaître le bien-fondé de cette correction.

Sa main passa sur mes fesses, dont la couleur devait se rapprocher d'un léger vermillon. Il agrippa ma culotte et prit soin de la faire descendre tout en douceur. La sensation de ce petit morceau de tissu abandonné sur ma peau était pire que tout. Le goût d'une humiliation certaine entrait en moi comme un serpent vicieux.

Je frémis mais n'émis aucune protestation. Il prit le temps de balader ses doigts sur la surface de peau qui lui était offerte. J'entendis le cliquetis d'une ceinture. Je me mis à frissonner violemment. Je serrai les dents et me contractai. Une claque sèche sur la cuisse me fit relâcher ma tension. Le premier coup de ceinture fut ponctué d'un cri perçant ; le cuir ne pardonne pas. Le deuxième coup eut raison de ma fierté ; je commençai à gigoter, crier, gémir. Le troisième coup fit couler une larme sur mes joues de jeune fille honteuse. C'est au cinquième que je pleurai vraiment. Mes larmes nettoyaient le poison inscrit en moi.

Il termina à dix. J'étais épuisée, en sueur, vidée. Mes fesses étaient en feu. Il m'aida à me relever. Impossible cette fois de croiser son regard. Je remis mes vêtements et lui tournai le dos. Je séchai d'un revers de manche mon visage. Le vent avait entamé une valse avec les flocons cendrés. C'est avec une voix brisée qu'un seul mort sortit de ma bouche...

« Merci. »

6 Comments

  1. Magnifique !

  2. Jolie plume Erynyll !

  3. très joli 🙂

Leave a Reply