Rien qu’un vertige

Rien qu’un vertige

Ce récit est également disponible sur le blog de de son auteur, Eilinel. Merci à elle de ne vous avoir permis de le reproduire ici.

Suite à une provocation, tu veux m'envoyer au coin, mais je refuse. Dans un calme olympien, après quelques encouragements à obéir, tu t'approches pour me gifler. Vexée, je réfugie mon ego blessé dans cet angle droit.

Tu m'y laisses très peu de temps finalement, puis tu me demandes de venir te faire face. C'est là que tu me dis que je devrai présenter mes excuses à genoux ; c'est le prix à payer quand je te fais répéter plusieurs fois les choses. Nerveusement, je te ris au nez.

Tu me couches sur tes genoux pour une fessée déculottée. J'ai les fesses bien marquées de récentes corrections, ma résistance est moindre et je m'agite très vite. Cependant tu ne m'épargnes rien, peut-être veux-tu que cette fessée soit rapide et efficace. Après une dernière claque appuyée tu me relèves, pensant à tort que cela suffira.

C'est sans compter sur ma ténacité à ne pas accepter l'humiliation sans me battre. Contre qui, contre quoi ?

Moi même, très certainement.

Le rapport de force s'installe, doucement. C'est grisant mais aussi culpabilisant. Je n'arrive pas à faire sans. Qu'à cela ne tienne : tu es plus têtu que moi. J'ai perdu d'avance, mais je ne t'offre rien sans lutter. C'est pénible, et aussi pour moi-même ; je ne comprends pas toujours ce besoin de tenir tête.

Mais… c'est comme ça.

Je joue avec mes cheveux ; mes longues boucles brunes cachent la honte qui se dessine sur mon visage ; tu m'ordonnes de les laisser tranquille, je lève les yeux au ciel. Oui, à ce moment là tu m'agaces, tu m'agaces de vouloir me priver de ce refuge qu'est ma tignasse, tu m'agaces à toujours désirer que je te regarde dans les yeux quand je ne le veux pas, tu m'agaces de lire en moi.

Alors mon regard s'attarde d'agacement au plafond, et je souffle, pour couronner le tout.

Là c'est moi qui t'agace et, une gifle plus tard, mes yeux se vissent au sol, mais ce n'est toujours pas ce que tu veux. Maintenant je joue avec mes doigts en mordant ma lèvre supérieure, mon attention toujours scellée sur ta moquette.

« Arrête de jouer avec tes doigts ! »

J'exalte mon indignation dans un soupir, tout en rangeant mes mains derrière mon dos pour moins de tentations. Cela ne suffit pas à échapper à une énième gifle. Je fulmine.

« Tu comptes t'excuser à genoux ? »

Un « non » plus tard, je me retrouve sur tes genoux. Une volée, au coin, toujours le même refus, une autre, encore le coin. Tout va très vite, je n'ai pas le temps de reprendre mes esprits, je me sens de plus en plus désorientée.

Je suis prise d'un petit vertige, j'ai du mal à respirer, c'est trop rapide, je ne sais plus où je suis. Tu le vois, tu marques une pause et tu m'offres à boire. Je dois retourner au coin quand ça ira mieux.

Tu accompagnes le coin d'un compte à rebours de cinq minutes, sur ton téléphone. Cinq minutes, voilà le temps qu'il me reste pour venir te demander pardon selon tes désirs. La pause a eu son effet, mon esprit taquin reprend le dessus. J'appuie discrètement sur « pause », mais je te vois dans le reflet de l'écran, tu es juste derrière et tu vois pertinemment l'erreur que je commets. Me voilà de nouveau sur tes genoux; je me prends une raclée, et tu me renvoies au coin en remettant le compte à rebours à zéro.

Le temps défile doucement, et je m'entête à le laisser s'écouler. Je découvre sur l'application le « +1 min » ; c'est beaucoup trop tentant pour que je me résolve à ne pas cliquer dessus, une première fois, puis une deuxième. Je sens bien que tu n'es plus derrière moi. Fière de ma bêtise, je pouffe dans mon coin. Ma jubilation attire ton attention et tu ironises, mais tout de même irrité, sur le fait que le temps est bien plus long que tu ne le pensais. Je tente à mon tour de plaisanter sur le fait que je puisse être une magicienne.

Abracadabra, tu vas chercher la canne en guise de baguette occulte pour dompter mon insolence. Tu me grondes fort, je me dis que j'ai poussé trop loin, tu n'es vraiment pas content. Fichu culpabilité dévorante, je sens perler mes regrets.

Allongée sur ton canapé j'attends les coups cinglants qui viendront zébrer mon séant. Tu t'amuses de détenir le temps entre tes mains. Tu me demandes combien de coups cela mérite. Je te vois venir. Non, pas ça ! Tu insistes, je ne pipe mot. Tu hausses le ton et répètes la question. Ma rébellion s'épuise, mon esprit lâche, mes barrières succombent, je pleure.

« Alors, combien ? »

Je cherche un nombre acceptable mais le plus bas possible.

J'opte pour douze.

J'ai bien conscience que tout ce cinéma mérite bien plus, mais je ne crois pas pouvoir en supporter plus. Tu sais également que ça mérite le double, mais va pour douze.

« Evidemment tu comptes ! »

Un, deux, trois…

Je suis où déjà ?

Quatre, cinq, six...

(… cueillir des cerises)

Sept, huit, neuf…

Je serre les dents, les derniers seront plus durs.

Dix… Pfff.

Onze… Grrr.

Dans un sanglot, j'étouffe un cri. Douze.

Je veux tes bras, là, tout de suite, maintenant, mais tu n'en as pas fini avec moi. Je dois encore demander pardon. Je me relève, m'agenouille devant toi. Tu me demandes de te dire pourquoi j'ai été punie, ce que j'ai reçu. Je te maudis en levant les yeux au ciel.

« Attention L. ! Et regarde moi dans les yeux »

Dernière ligne droite à ce vertige ; je te présente mes excuses, retenant tout tic et geste d'humeur ; c'est beaucoup de concentration mais je finis par y arriver.

Tu es fier et m'accueille dans tes bras, où je me réfugie, secouée par tout ce tumulte, et lâche prise encerclée de ta tendresse.

5 Comments

  1. La confrontation est assez ” frontale” … avec à chaque étape une nouvelle sur-enchère…

    Un joli récit…

    Inso

  2. très joli récit 🙂

  3. Je trouve cela assez violent me me si c’est consenti .
    Les gifles je ne suis pas fan personnellement.
    Après l’écriture est belle et le récit très rythmée.

  4. Merci à tous 🙂

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