Mise en abyme (1) : Une histoire au coin du feu

Mise en abyme (1) : Une histoire au coin du feu

Mise en abyme est une série d’histoires courtes où se mêlent chasse au trésor, histoires effrayantes au coin du feu et érotisme. Vous n’avez encore jamais croisé un vampire dans un soirée SM ? Ou encore un explorateur qui décide de pimenter sa vie de couple au cœur d’une forêt malgache ? C’est normal ! C’est une nouvelle série à lire uniquement sur notre site rose préféré dont vous pouvez découvrir le premier épisode dès maintenant. Bonne lecture !

C’est une histoire effrayante que je m’apprête à vous narrer. J’étais alors un jeune archéologue, mais mon goût pour les costumes sur mesure hors de prix m’avait poussé à développer d’autres talents. Je sillonnais le globe dans des zones dangereuses où aucun universitaire n’aurait mis les pieds. Une fois sur place, je formais une équipe de mercenaires en quête d’argent facile et me mettais à la recherche de vieilles babioles que mes connaissances me permettaient de traquer et de revendre à prix d’or. Mon petit business fonctionnait à merveille mais j’avais aussi dit adieu à l’enseignement, qui était ma première vocation…

J’avais cependant fait la rencontre d’Annabel, une jeune anglaise au tempérament de feu. Nous nous étions croisés au Mexique alors que je cherchais une vieille statuette Olmèque datant du Xe siècle. J’aurais pu la refourguer un million de dollar à un milliardaire indien. Je n’avais pas trouvé la statuette mais je l’avais rencontrée. J’étais fou d’elle et elle de moi. Elle me suivait partout dans mes folles expéditions. Jamais satisfait, je ne m’accordais aucune pause, j’avais toujours une nouvelle idée, de nouvelles richesses à découvrir…

Une chose aurait cependant pu attiser le feu ardent qui m’animait : le trésor légendaire de William Kidd, pirate qui avait bercé mes rêves d’enfant. C’est en lisant Poe qu’il avait commencé à hanter mes pensées. J’avais multiplié les fausses routes depuis près de dix ans maintenant. Mais aujourd’hui je tenais enfin quelque chose, une piste sérieuse, brûlante même. C’était finalement logique que je me retrouve à Madagascar… Il aurait enterré son trésor au cœur de la forêt Ambohijanahary, au Nord-Est du pays, non loin de l’épave d’un de ses navires, qu’on venait de découvrir il y a peu.

Annabel et moi marchions déjà depuis trois jours en compagnie notre guide Toky. Olivier, mon ami d’enfance, était également du voyage. Andrew, un type louche et acariâtre, assurait notre sécurité. Malgré mon impatience, nous nous arrêtions chaque soir pour camper.

La troisième nuit, nous avions tous décidé de veiller un peu. Nous mangions des sucreries et buvions un mélange bon marché de liqueur et de soda. Les conversations étaient légères malgré la chaleur lourde qui régnait encore à cette heure tardive. C’est alors qu’Olivier prit la parole, l’air grave. Ses petites lunettes rondes formaient une ombre effrayante sur son visage.

« Ça vous dirait que je vous raconte l’histoire la plus flippante que vous ayez jamais entendue ? »

L’assistance ne lui prêtait pas encore vraiment attention.

« J’espère que tu la raconteras un peu mieux que celle avec les momies, lui lança Annabel. On était censés ne pas dormir la nuit…

– Et ce n’est pas ce qui s’est passé ?

– J’ai si bien dormi que je ne me souviens plus de la fin…

– Franchement, Olivier, soufflai-je d’un ton las, une momie qui se fait passer pour un chercheur du CNRS pour essayer de se cloner… Sérieusement ? »

Andrew demeurait silencieux dans un coin, l’air sombre. L’épaisse fumée de son cigare enveloppait son imposante silhouette et lui donnait un air encore plus menaçant.

« J’avoue que ce n’est pas la meilleure histoire que j’avais en réserve ! Qu’en pensez-vous Andrew ? Une histoire de vampire avec une secte sadomasochiste ? Ça vous tente ? Toky ? Il parle Français au moins ?

– Je parle très bien français. Chez nous les conteurs sont très respectés mais on n’improvise pas comme ça une bonne histoire…

– Allez, raconte ton truc le binoclard, lâcha soudainement Andrew. C’est pas comme si on avait mieux à faire ! »

La voix d’Andrew avait fait sursauter Olivier. Il resta quelques instants bouché bée avant de débuter son récit.

« D’accord, je me lance… Mais vous allez regretter… Je vais vous glacer le sang…

Mon histoire est celle d’un homme sans âge qui errait, tel un fantôme, dans les couloirs d’un musée. Marc était le plus ancien pensionnaire de cette institution, il était là depuis toujours d’après certains… Pourtant, l’homme ne semblait pas vieillir, il affichait toujours cet étrange magnétisme, malgré les années qui défilaient. Marc surveillait les œuvres, la nuit. Il parcourait inlassablement les mêmes longs couloirs. Peu de gens le croisaient mais tout le monde avait entendu parler de lui. Il y avait bien quelques chercheurs qui s’attardaient tard le soir. Ils se rappelaient longtemps des conversations qu’ils avaient avec le gardien. L’homme était charismatique, fascinant même. Ses yeux noirs brillaient d’un éclat vif et sa voix avait, dit-on, le don d’hypnotiser ses interlocuteurs.

Cependant, Marc n’aimait guère la compagnie des hommes. C’est bien souvent dans le silence de la nuit, avec pour seule compagnie le grincement de ses pas sur le parquet centenaire, que Marc trouvait la paix. Il s’arrêtait toujours devant ce portrait du XVIIIe siècle, celui d’une femme à la peau pâle et aux cheveux de jais. C’était un petit format, d’un peintre inconnu, si petit que peu de visiteurs s’y attardaient. Il était pourtant d’une facture remarquable. Il se distinguait en effet de l’exubérance du rococo qui régnait à l’époque. Pas de couleurs vives ou d’idéalisation ; on sentait là l’intimité qui régnait entre l’artiste et son modèle.

Un soir où Marc, s’était arrêté devant l’œuvre, il fut troublé dans son habituelle quiétude par des bruits sourds provenant du sous-sol. Il glissa lentement vers la source de ces nuisances sonores. Il était habité par un sentiment trouble mêlant l’agacement et la curiosité. Il était habituellement si seul dans ses déambulations nocturnes… Une musique électrisante se faisait de plus en plus en forte à mesure qu’il approchait. Il y avait des bougies allumées un peu partout et du velours rouge sur les murs. Le sous-sol, habituellement froid et impersonnel était devenu presque accueillant. Il tira discrètement un rideau et se mit à observer ce qui se tramait.
Il y avait devant lui un cercle de personnes. Ils portaient de longues capes noires et des masques vénitiens. Ils se tenaient autour d’une jeune femme nue et la voix d’un homme au centre de l’assemblée susurrait des mots en latin. Il finit par désigner un des protagonistes en face de lui et ce dernier s’éloigna en compagnie de la demoiselle, qui fut aussitôt remplacée par une autre, elle aussi dans le plus simple appareil. Ce petit manège se répéta à plusieurs reprises. Marc, intriguée par cet inhabituel spectacle, décida de suivre un des couples qui venait de se former. Ils prenaient tous une petite porte dérobée dans un coin de la grande pièce.

Marc savait être discret, invisible même… Cela faisait partout des atouts requis pour son métier mais aussi de ses dons naturels. Aussi, c’est tout naturellement qu’il passa la petite ouverture. Il fut aussitôt assailli par des sons sourds de claques. Il entendit aussi des gémissements de plaisir et de douleur qui s’entremêlaient. Il s’empressa de s’approcher de la source la plus proche de ces troublants échos.

Dans la petite pièce de droite, un homme masqué corrigeait avec soin une superbe créature dont les membres supérieurs étaient entravés par des liens et suspendus à un crochet. Il abattait avec la régularité d’un métronome les lourdes lanières d’un martinet sur les fesses déjà écarlates de sa partenaire. Celle-ci laissait échapper un soupir après chaque coup. À côté d’eux, une jeune insoumise était allongée sur les genoux de son tortionnaire. Il la fessait sans interruption et semblait se délecter des délicieux tourments qu’il lui infligeait.

Marc continua son exploration dans cet univers étrange et fascinant. La pièce suivante abritait plusieurs couples dont les corps nus s’entremêlaient avec indécence. On n’entendait que les jouissances et le bruit sec des va-et-vient qui s’enchaînaient comme une chorégraphie aux accents lascifs. Un homme seul était assis dans un coin et se masturbait de façon obscène en laissant échapper des râles sourds. Ce dernier finit par se lever, certainement satisfait par le plaisir solitaire qu’il venait de s’octroyer. Marc vit là une occasion en or, il se mit en travers de son chemin lorsqu’il emprunta le long couloir.

« Bonsoir. »

L’homme sursauta et porta sa main vers sa poitrine en lâchant un soupir de soulagement.

« Oh mon dieu ! Vous m’avez foutu une de ces trouilles ! Vous n’êtes pas en tenue ?

– Non, souffla Marc, j’ai malencontreusement laissé la mienne dans le vestiaire…

– Et du coup, vous vous êtes dit que vous balader en agent de sécurité serait une meilleure idée… Comment avez-vous fait pour rentrer habillé comme ça ? Vous avez l’air tellement… trivial !

– Justement, je trouve votre masque particulièrement à mon goût… »

A ces mots, Marc approcha son visage de la nuque de son interlocuteur.

« Hé ! Hé ! Moi, c’est uniquement les femmes qui m’intéressent.

– Moi aussi, dit-il avant de planter deux canines acérées dans la gorge de sa victime, mais il faut bien que je me nourrisse ! »

Et c’est en se délectant des bruits voluptueux qui régnaient tout autour que Marc le vampire s’abreuva du sang de l’homme dont la vie s’échappait peu à peu. Il ôta avec un calme olympien ses vêtements à ce dernier avant de les enfiler. Il continua sa sinistre besogne en traînant l’épaisse carcasse exsangue du défunt. Il savait que personne ne songerait à le chercher dans les anciens égouts du musée ; c’est là qu’avaient fini toutes ses anciennes victimes… Il réajusta son nouveau masque et remonta les escaliers de pierres, traversa à nouveau le couloir où le vacarme de ces corps qui s’entrechoquaient n’avait guère cessé. Il prit enfin place au milieu du cercle sans que personne ne s’étonne de sa présence et attendit sagement son tour tandis que le maître de cérémonie continuait de désigner les heureux élus… »

Olivier s’interrompit, visiblement satisfait de l’attention qu’il avait réussi à susciter auprès de son auditoire.

« Alors mon histoire vous plaît ?

– Elle me plairait encore davantage si tu la continuais, lança Annabel en faisant la moue, pourquoi tu t’arrêtes en si bon chemin ?

– Haha ! Je vous raconterai la suite demain…

– Tu as raison, répondis-je, on est tous un peu ivres, fatigués et une longue journée de marche nous attend ! On a un trésor à trouver … Mais j’avoue que ton histoire risque de nous tenir compagnie demain soir, tu t’es surpassé !

– Je sais, merci ! Allez bonne nuit tout le monde ! »

Les membres de la petite assistance se dirigèrent chacun vers leur tente tandis qu’Andrew demeurait assis au coin du feu.

« Je reste là pour surveiller le campement. Reposez-vous bien. Avec vos histoires de pervers à dormir debout… »

Il alluma un nouveau cigare et but tout de suite une longue gorgée d’une petite flasque argentée. Toky, lui, était médusé, visiblement choqué ou troublé par le conte qu’il venait d’entendre. Je pris Annabel par la main et nous nous dirigeâmes vers notre couche. Une fois allongés, elle se blottit contre moi.

« J’ai une question à te poser, me chuchota-t-elle à l’oreille. Tu as déjà essayé ce genre de choses, toi ?

– De quoi tu parles ?

– Bah je ne sais pas, répondit-elle en rougissant. Le sadomasochisme, la fessée … Tout ça quoi… »

Je me contentai de lui sourire et nous regardâmes longtemps avant de nous endormir, la tête visiblement remplie de nouvelles fantaisies.

 

À suivre…

5 Comments

  1. Bon, moi j’veux la suite ! Hop, hop, hop !

  2. J’aime beaucoup le concept. Écrivez nous le Décaméron de la fessée ! 🙂

  3. Moi aussi, j’attends la suite Dr.Gonzo ! Hop,hop,hop ! comme dirait Misty lol

  4. Elle a déjà été écrite depuis lundi mais j’ai demandé à monsieur No d’attendre un peu pour la publier 😉

  5. D’attendre quoi ? Qu’il grêle ?

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