Avant (4)

Avant (4)

« Je l'ai prise ! »

L'averse s'est arrêtée. Le bruit des claques qui emplissait la pièce s'est tu. Mais la brûlure n'a pas disparu. Elle avait déjà atteint une sorte d'acmé, et le fait que « Monsieur » ait cessé de frapper ses fesses n'est finalement pas vraiment un soulagement pour Hélène, au sens où son derrière reste aussi douloureux. Elle a le sentiment que la peau de son postérieur a été hachée, massacrée. Elle continue d'ailleurs quelques instants à geindre sourdement. Elle se remet à respirer doucement. Si elle souffre, et elle souffre, elle ressent aussi une sorte d'immense fierté. Enfin, elle a fait le pas. Elle n'est plus la même. Elle a pris sa fessée.

Les mots d'une confession qu'elle a lu naguère sur Internet lui reviennent en mémoire. « J'ai reçu ma fessée, je l'ai prise au cul ! » Hélène est consciente d'avoir changé de statut. Elle est une « demoiselle », une femme fessée. Elle a découvert combien une fessée est douloureuse, plus encore qu'elle ne l'avait imaginé, craint ou rêvé. Mais elle a tenu jusqu'au bout. Peut-être pas stoïquement : elle a piaillé, elle a crié, elle a gigoté ; mais pas un instant elle n'a été tenté de faire ou de dire quoi que se soit pour que son fesseur arrête. Du reste, elle savait que rien, si ses cris, ni ses pleurs, ni ses supplications, ni ses ruades furieuses n'auraient pu amener « Monsieur » à cesser d'abattre ses mains sur son cul. Sauf, bien sûr, le fameux « safe word », ce mot dont ils avaient convenu, et qu'il lui aurait suffit de prononcer pour qu'immédiatement tout s'arrête. C'est elle qui avait proposé un mot compliqué, qu'en tout cas elle ne risquerait pas de lancer par instinct ou par inadvertance : « Nabuchodonosor ».

Mais ce n'est pas parce qu'il est difficile à prononcer qu'elle ne l'a pas dit. Pas une seconde elle n'y a même pensé. Si, en effet, des cris, aigus parfois, lui ont échappé, elle n'a jamais demandé à ce qu'il cesse. Pas de «non ! », pas de « assez !», encore moins de « pardon !». Elle n'a d'ailleurs jamais eu le sentiment d'avoir à demander pardon, jamais eu le sentiment d'avoir commis une faute. Bien sûr, son « insolence » peut justifier la fessée qu'elle a reçu. Mais elle a toujours eu bien conscience que, pour elle comme pour lui, ce n'était qu'un prétexte, compris comme tel par tous les deux. Elle a été fessée parce qu'elle voulait l'être, et parce qu'il voulait qu'elle le soit.


Retour dans le monde ordinaire

Une fois la fessée terminée, et avant même qu'elle ne se relève, alors qu'elle est encore allongée au travers des genoux de « Monsieur », les fesses chaudes et douloureuses, la phrase selon laquelle « le silence qui suit l'audition de Mozart, c'est encore du Mozart » lui traverse l'esprit. Oui, les moments qui suivent une fessée, c'est encore la fessée, même si les claques ne s'abattent plus sur son postérieur. Attentif à la laisser ressentir l'intégralité d'une fessée, surtout d'un baptême de fessée, « Monsieur » garde le silence. S'il a cessé de lui frapper les fesses, il ne s'est pas mis non plus à les lui caresser. Comme s'il tenait à ce que son derrière puisse en quelque sorte « profiter » de la fessée jusqu'au bout. Et aussi, sûrement, pour que la fessée reste une fessée, seulement une fessée, mais intégralement une fessée.

Une fois, il y a longtemps, quand ils étaient encore l'un et l'autre dans « l'autre monde », celui où l'on peut parler de la fessée, mais où elle reste un concept, « Monsieur » lui avait expliqué », de son ton un peu péremptoire qui parfois l'exaspère et en tout cas l'amène à être quelque peu insolente, justifiant ainsi par avance ce qu'elle avait bien compris comme inéluctable, qu'une fessée était comme une symphonie. Plus exactement « comme un concert » avait-il dit. Elle ne commence pas quand la première claque résonne sur le derrière de la « demoiselle », et elle ne se termine pas quand la dernière conclut la phase active de la séance. Elle commence avant même que la « demoiselle » ait rencontré physiquement celui qui va la fesser. Dès l'instant où elle a compris, admis, accepté et même souhaité la recevoir, la fessée est en fait commencée. Toujours pédagogue, il lui avait expliqué que « la fessée c'est comme une courbe de Gaus ». Comme, pour le taquiner, elle avait feint de ne pas savoir ce que c'était. Il lui avait précisé « mais si, vous savez, cette courbe statistique qui commence bas, monte, puis redescend de manière symétrique » Et pour illustrer la chose il lui avait même précisé « et dont la forme évoque un peu un derrière qui s'offre à la main de celui qui va le fustiger ». Et, de fait, même si elle n'en a pas pris conscience sur le fait, son corps, quand elle avait les mains par terre et le bassin sur les genoux de « Monsieur », évoquait en effet assez bien cette courbe graphique. Elle n'a pas eu conscience non plus que, loin de tout faire pour éviter les claques qui se succédaient, il lui était bel et bien arrivé de rehausser ses fesses, de les remonter vers la main qui les frappait, comme pour lui faciliter la tâche.

Mais, comme le dit l'adage, « il n'y a de bonne compagnie qui ne se quitte », et Hélène, une fois qu'elle a repris ses esprit et son souffle, a bien du se relever. Ou plus exactement, elle s'est laissée glisser des genoux de son fesseur, arrivant ainsi à genoux sur la moquette, avant de se relever vraiment. Ce faisant, sa robe est retombée, provoquant une crispation douloureuse de son visage quand elle a effleuré son derrière encore ô combien sensible, et amenant aussi la petite culotte à tomber au sol. Sans qu'il ait eu besoin de le lui demander, parce qu'elle sait que c'est la règle, elle a en quelque sorte « enjambé » son slip, puis elle l'a ramassé et l'a déposé sur le lit. « Après la fessée, on reste sans culotte, le cul nu ». Elle sait que c'est l'usage. « Monsieur » lui a quand même signifié par un sourire qu'il appréciait qu'elle agisse ainsi. Il n'a fait aucun commentaire. Elle n'en attendait pas. Il ne lui a pas imposé d'aller « au coin », cette pratique n'ayant pas été évoquée pour cette première fessée.

Comme pour favoriser le retour dans le monde ordinaire, il lui a juste demandé s'il elle souhaitait boire quelque chose, et sur sa réponse affirmative, ils ont partagé une des petites bouteilles de champagne du mini-bar de la chambre. « Ça donne soif à tous les deux, et ça mérite mieux que de la camomille » a-t-il commenté avec l'humour qu'elle apprécie tant, et qui est pour beaucoup, sans doute, dans ce qui lui a fait décider que ce serait avec lui qu'elle franchirait le pas entre le fantasme et la réalité. Ils ont donc partagé cette boisson festive, puis Hélène est repassée à la salle de bain pour se rafraîchir... le visage et rectifier sa tenue et sa coiffure. Elle n'a pas résisté à la tentation de se tourner vers le miroir au dessus du lavabo pour constater l'état de ses fesses. Elle a presque été étonnée qu'elles ne soient pas plus marquées. Même si elles étaient encore très rouges, contrastant avec la peau blanche de ses cuisses et de son dos, elles ne portaient nulle trace des mains de son fesseur. Pourtant, une nouvelle fois, c'est une bouffée de fierté qu'elle a ressenti en découvrant ainsi sa lune rouge, comme luminescente.

Du reste, quand elle a été de retour dans la chambre, alors qu'elle se dirigeait vers la porte après avoir soufflé un petit « Au revoir, Monsieur et... merci », elle n'a pas été étonnée qu'il lui demande : « Vous me montrez, s'il vous plaît, mademoiselle ? » C'était bien une demande, pas un ordre. Il n'y avait aucune menace dans sa voix. Elle était certaine que, si d'aventure elle n'avait pas acquiescé à cette sollicitation, il en aurait pris son parti. Pourtant, elle n'a pas hésité à la satisfaire. Du même geste qu'elle avait eu, tout à l'heure, dans le square, elle s'est un peu penchée en avant, dans une sorte d'amorce de révérence, et elle a relevé sa robe bien haut, au dessus de sa taille, offrant ainsi sans réticence la vue de son derrière rubicond à la vue de celui qui l'avait ainsi coloré... et qui n'a pas hésité, lui non plus, à l'en remercier.

Hélène ne s'est pas retournée, elle a franchi la porte de la chambre, qu'elle a refermée derrière elle, avant de descendre l'escalier. La dame qui l'avait accueillie tout à l'heure était encore derrière le comptoir. Avait-elle entendu ? Hélène était incapable de la savoir. Le bruit des claques, et ses cris de douleur avaient-ils pu être perçus depuis le rez de chaussée ? La dame était-elle montée pendant qu'elle recevait sa fessée ? D'autres clients avaient-ils pu percevoir ces bruits caractéristiques ? Impossible de le savoir. Par contre, Hélène le comprend bien, la tenancière ne peut se faire aucune illusion sur la nature de la relation entre ces deux clients qui n'ont utilisé la chambre retenue par « Monsieur Jacques » que pendant une petite heure en pleine journée. Mais elle doit être habituée à ce genre de rencontres dans les murs de son établissement. Là non plus, Hélène n'a pas honte. Et c'est sans rougir ni bafouiller qu'elle salue la dame qui lui répond : « Au revoir, madame, et à bientôt peut-être. »

« Madame », bien sûr. Pour tous, maintenant, elle est redevenue une dame. Elle n'aura été « mademoiselle » que pour lui. Et c'est une dame qui s'engage dans la rue, et qui se dirige vers la Seine pour reprendre le métro. Une dame que rien ne distingue de celles qu'elle croise. Avoir reçue une fessée, ça ne se voit pas sur son visage. Une dame que, probablement, personne ne remarque. Personne ne peut savoir les moments qu'elle vient de vivre. Personne ne peut savoir que cette jeune personne, habillée plutôt strictement, marche dans la rue le cul nu et chaud sous sa robe. Ce n'est pas vraiment une première pour Hélène.

Auparavant déjà, « Monsieur » lui avait proposé, demandé ou ordonné, de se passer de petite culotte pendant toute une journée. Sans avoir, bien entendu, le moyen de vérifier si elle se conformait à son injonction. Pourtant, elle l'avait fait. Elle avait ainsi découvert cette sensation étrange de sentir l'air au contact direct de ses fesses nues, et ce frisson quand un coup de vent un peu plus fort fait voleter la robe. Pourtant, elle sait bien que, d'habitude, personne ne peut voir sa culotte et donc que, en ces circonstances, personne ne peut deviner qu'elle n'en porte pas. Mais elle, le sait, le sent. Elle sait aussi qu'elle restera ainsi jusqu'à ce qu'elle soit chez elle, et que, même là, elle ne renfilera pas de sous-vêtement. Elle ira, une nouvelle fois, mais cette fois toute nue, constater l'état de ses fesses, dont la rougeur aura déjà commencé à pâlir.

Déjà dans le métro, elle aura pu constater que la station assise reste pénible pour son postérieur encore à vif. Elle dînera donc à genoux sur sa chaise, après avoir mis un message sur le Net à « Monsieur », comme ils en ont convenu. Un message factuel, bref, sans commentaire, indiquant juste qu'elle est bien rentrée chez elle sans encombre, pour le rassurer. Un message sans engagement pour la suite. Pourtant, elle n'en doute pas une seconde, cette fessée ne sera que la première...

2 Comments

  1. Bravo pour ce récit qui “sent le vécu”!
    En plus il aborde un sujet qui peut devenir crucial : le bruit d’une fessée, quand on n’habite pas dans une maison isolée ; on peut bien-sûr allumer la TV pour camoufler, mais ce n’est pas très glamour…
    Quand je croise des femmes dans la rue ou les transports, j’essaie parfois d’imaginer qu’elle vont chez leur fesseur…ou qu’elles en reviennent. 😉

  2. Tu aurais le 06 de la donzelle? 😆

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