Avant (1ère partie)

Avant (1ère partie)

« On ne s’inquiète que de ce que l’on ne connaît pas ».

Hélène se répète en boucle cette phrase. Il l’en a convaincu, on ne peut pas avoir peur quand on sait précisément ce qui va arriver, et surtout quand on l’a accepté et même voulu. Or Hélène sait, en effet, précisément ce qui va arriver, ce qui va lui arriver. Et non seulement elle l’accepte mais même elle l’a voulu, elle le veut encore. Elle sait du reste qu’elle devra confirmer son accord, et même demander elle-même ce qu’elle attend de lui. Chaque mot a été précisé, préparé, convenu. Elle n’a donc pas vraiment peur, elle n’est en tout cas pas angoissée. Pourtant, elle est bien consciente qu’elle va vivre des moments exceptionnels pour elle. Qu’elle va, comme dirait les psychiatres « passer à l’acte ». Mais pas sur un coup de tête, pas sous le coup de l’émotion. Tout au contraire, elle est pleinement consciente de ses actes. Elle s’efforce de respirer aussi calmement que possible, prenant une grande inspiration avant de pousser la porte tournante de l’hôtel dans lequel le rendez-vous a été convenu.

Dés son entrée elle repère celui qu’elle va rencontrer. Il est d’ailleurs le seul homme non-accompagné dans ce salon luxueux où seules quelques tables son occupées par des groupes d’hommes d’affaires qui semblent travailler en cette fin d’après-midi. Comme ils en ont convenu, même si cette méthode qui singe les agents secrets a fait sourire Hélène quand il l’a proposé, il a posé devant lui, sur la table, un porte document en cuir noir. Ce n’est pourtant qu’à cet instant qu’elle découvre celui avec qui elle dialogue depuis des semaines sur Internet et dont, jusqu’ici, elle a seulement entendu la voix au téléphone. Un homme d’une cinquantaine d’années, pas très grand, pas très séduisant non plus. Le crâne dégarni, il porte des lunettes et est vêtu d’un costume classique qui ne détonne pas dans ces lieux. Sans hésiter, un peu comme on se jette à l’eau, elle se dirige vers lui et, alors qu’il lève les yeux vers elle, prononce les mots qu’elle a répétés cent fois mentalement avant :

« Je suis celle que vous attendez, Monsieur »

A quoi il répond par la phrase qu’elle attend :

« Et je suis celui qui vous attend, en effet, Mademoiselle »

Puis, tout en l’invitant du geste à s’asseoir, il ajoute :

« Je constate que vous êtes rigoureusement à l'heure, Mademoiselle. Et que vous semblez avoir parfaitement suivi les instructions. »

Elle sait qu’il fait allusion à se tenue vestimentaire. Elle a, en effet, strictement obéi à ce qu’il avait présenté non comme des « ordres » mais des « consignes » : « Vous porterez un chemisier, une jupe et en aucun cas des collants. »

Elle lui confirme d’un hochement de tête, mais déjà il reprend :

« Que portez vous sous cette jupe, mademoiselle ? »

La question ne l’étonne pas vraiment, alors elle répond presque sans hésiter :

« Une culotte, Monsieur, jaune paille. »

- Fort bien. Vous allez la retirer, mademoiselle. Vous pouvez passer aux toilettes, c’est au fond de la salle. »

Lors de la préparation, cet épisode n’avait pas été explicitement prévu, mais il l’étonne à peine. Elle renonce à tenter de le dissuader, ou même à retarder l’échéance. Sans un mot elle se lève et se dirige vers le fond de la salle. Elle entre dans les toilettes, jette un coup d’œil dans le miroir au-dessus du lavabo, er esquisse un sourire. Elle se dirige vers une cabine mais, brusquement, sans savoir si elle se défie elle-même ou si elle défie secrètement celui qui l’attend dans la salle du café, elle passe les mains sous sa jupe et, prestement, fait glisser son slip jusqu’à ses pieds. Elle se rend compte que ses mains tremblent et, dans sa précipitation, la culotte s’accroche à un de ses talons. Elle trébuche, et se retrouve un court instant avec le slip coincé à son pied. Elle est bien consciente que si à cet instant une autre consommatrice entrait dans les toilettes, elle découvrirait cette jeune femme qui s’évertue à libérer une culotte jaune de sa chaussure. Quand elle y parvient, elle reprend son souffle et, nouveau défi, ne met pas le sous-vêtement dans son sac mais, alors qu’elle n’en a pas reçu l’ordre, le roule en boule dans le creux de sa main. Elle rejoint celui qui la regarde arriver vers lui avec un sourire engageant. Sans attendre qu’il l’y invite elle se rassoit et dit :

« C’est fait, Monsieur »

Il approuve d’un sourire mais ajoute immédiatement, en lui présentant sa main ouverte :

« J’aimerais la voir, mademoiselle. »

Elle hésite un court instant, puis tend la sienne et l’ouvre, montrant ainsi à son interlocuteur la petite boule de tissu jaune. À vrai dire, la consigne ne l’étonne pas vraiment, pas plus que la demande de retirer sa culotte. Elle avait anticipé le fait qu’il voudrait vérifier qu’elle s’était bien acquittée de son épreuve. L’idée lui traverse même l’esprit qu’après tout il vaut mieux qu’il veuille voir le slip que de souhaiter vérifier qu’elle a bien les fesses nues. Par contre elle est un instant désarçonnée quand l’homme lui souffle, les yeux dans les yeux et en présentant sa main ouverte :

« Donnez, mademoiselle »

Elle hésite un instant, elle baisse les yeux, et, sans même qu’il ait à réitérer sa consigne, elle laisse tomber l’objet de son désir dans la paume présentée. Il marque sa satisfaction par un signe de tête mais, au lieu de refermer lui aussi la main sur ce petit morceau de tissu, il prend le temps de le regarder, puis d’en tâter la texture entre pouce et index. Hélène est consciente qu’elle a viré au rouge vif. Elle n’ose plus lever les yeux, persuadée que toute la salle peut voir sa culotte dans les mains de l’homme qui lui fait face. Tranquillement, celui-ci lui tend l’objet en disant avec un sourire qu’il ne cherche pas à cacher :

« Remettez-là, sinon comment pourrai-je vous la baisser le moment venu ? »

Docile, elle s’empare de la petite boule de tissu et s’apprête à se lever pour rejoindre les toilettes, mais il l’arrête d’un geste :

« Non, remettez là ici. »

Pour la première fois depuis qu’elle est entrée dans ce café, elle est vraiment étonnée. Non, ça elle ne peut envisager de le faire. Elle va le lui dire. Ou il accepte qu’elle retourne aux toilettes pour exécuter cette nouvelle instruction ou leur rencontre s’arrêtera là. Mais, avant qu’elle n’ait trouvé les mots pour lui exprimer ses limites, et comme si il avait lu en elle, il murmure :

« Mais si, vous en êtes capable. Sinon je ne vous le demanderais pas. »

Curieusement, ce qu’elle lit alors dans ses yeux n’est ni une lueur de défi ni d’autorité, mais une véritable empathie. Elle réalise aussi que, là où ils sont installés, il n’y a en effet personne devant elle. Tous les autres consommateurs sont dans son dos. Alors, un peu comme un enfant qui considère que s’il ne voit pas les autres ceux-ci ne le voient pas non plus, elle saisit la culotte que son interlocuteur lui présente et passe sa main sous la table pour qu’elle disparaisse. Un simple clignement des yeux suffit à celui qui lui fait face pour lui signifier sa satisfaction et l’encourager à poursuivre. Elle avale sa salive, ferme un court instant les yeux, puis elle se baisse, passe prestement les deux pieds à la fois dans l’ouverture du slip et le remonte jusqu’à ses genoux. Elle se redresse, parvient à esquisser un sourire, mais comprend immédiatement qu’elle ne peut rester au milieu du gué. Maintenant qu’elle a la culotte au milieu de ses jambes, il lui faut bien la remonter plus haut. Elle réussi à la faire glisser sur ses cuisses, mais, pour poursuivre, il lui faut soulever ses fesses de son siège. Et, quand, fébrilement, elle arrive à faire glisser le slip sous ses fesses, elle est bien consciente que, pendant quelques secondes, sa jupe est relevée très haut, découvrant entièrement ses cuisses. En même temps, dès qu’elle tire sur le bas de sa jupe pour la remettre correctement, elle ressent à la fois le soulagement et un sentiment de fierté. Elle a relevé le défi, elle n’a pas calé. L’homme, une nouvelle fois, ne lui cache pas son contentement. Il ne joue en rien au maître autoritaire, au contraire, c’est d’une voix presque enjouée qu’il reconnaît :

« Vous avez été parfaite, mademoiselle, et votre petite culotte est, ma foi, fort jolie. »

Elle se sent rougir et se morigène elle-même en se disant « Tu retires et tu remets ton slip presque devant tout le monde sans moufter, et tu piques un fard comme une midinette au premier compliment ! »

Mais déjà l’homme reprend :

« Mais vous comprenez bien que cela ne change rien à nos intentions, n’est ce pas ? »

Elle bafouille un vague :

« Heu... oui... bien sûr...

- Et nos intentions c’est .... ?

- C’est ... de ... nous allons ... enfin vous allez ... »

- Non, mademoiselle : vous allez... »

- Oui, si vous voulez. Je vais... »

Elle s’arrête, ne sachant comment finir sa phrase. Elle sait fort bien ce qui va suivre, ils en ont convenu, et sa seule présence, et plus encore son acceptation des premières consignes de l’homme le confirme. Mais envisager et même accepter cette suite est une chose ; l’exprimer en est une autre. Pourtant, l’homme insiste, toujours avec le même visage engageant :

« Vous allez, mademoiselle ? »

Elle comprend que ce n’est pas seulement pour la mettre mal à l’aise qu’il la contraint ainsi à dire les choses, mais aussi pour qu’elle confirme, sans ambiguïté, son accord. Alors, elle cède et dit, ou plutôt murmure :

« Je vais prendre une fessée, monsieur. »

Le sourire de l’homme lui confirme que c’est bien la réponse qu’il attendait, pourtant il joue de nouveau en répliquant, mais à haute voix :

« Et je vais vous la donner, cette fessée, mademoiselle. »

Il lui semble que toute la salle a entendu ces derniers mots. Il n’a pas élevé la voix, mais, en effet, tout à l’heure, tandis qu’elle lui remettait sa culotte, elle avait entendu distinctement la conversation anodine des deux hommes assis à une table proche. Ont-ils entendu ? Vont-ils comprendre que, quand ils vont se lever et sortir, ce sera pour qu’elle aille se faire fesser par cet homme qui vient de réitérer son intention ? Il ne lui laisse pas le temps d’angoisser plus longtemps et interrompt sa réflexion en déposant quelques pièces de monnaie sur la table puis en disant, toujours de cette même voix qui lui semble résonner dans la salle :

« Allons-y, il me tarde de vous flanquer cette fessée, mademoiselle »

Galamment, il l’invite à passer devant lui pour sortir. Elle traverse la salle, les yeux droits devant elle, sans regarder les consommateurs, mais en ayant presque physiquement le sentiment de sentir le regard gourmand de celui qui la suit sur son derrière.

5 Comments

  1. C’est comme si tu n’avais pas une Rollex à 50 ans…t’as pas vécu…Qui n’a jamais tâté la petite culotte d’une jolie fille devant ses yeux après qu’elle l’eût ôté quelque soit l’endroit où elle l’enleva dans un endroit public devant tous les consommateurs ne sait pas ce qu’il perd. L’obliger à la remttre est encore plus top…je l’ai déjà fait et plus d’une fois….Un instant d’une perversitude absolue….après la suite on s’en fout un peu quoique…(j’ai bien plus de 50 piges et je n’ai pas de Rollex…mais pas besoin de ce genre de montre pour calculer le nombre de minutes de retard à un rencard avec une jolie fille pour trouver le coefficient multiplicateur en nombre de claques…une simple Swatch fait très bien l’affaire…)

  2. J’aime beaucoup. Merci @alaineloge.

  3. Délicieuse lenteur de ce récit et subtile mise en bouche pour les deux “protagonistes”. Peut-être est-ce ce moment-là qui restera le plus magique dans leur souvenir.

  4. quand on se prend à s’identifier à cette dame et que l’imagine la suite..merci

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