Sue Me (Tara) • La soumise

Sue Me (Tara) • La soumise

Tara Sue Me est une écrivaine américaine, auteur de romances érotiques. La soumise est le premier tome de la série du même nom. À l'heure où j'écris ces lignes cette dernières compte neuf roman (dont sept ont été traduits) et deux recueils de nouvelles.

Abby King, jeune libraire, rencontre Nathaniel. Jeune et brillant PDG de West Industries, ce dernier est aussi un dominant expérimenté, à la recherche d'une nouvelle soumise. Abigaïl va vite plonger dans cet univers excitant, tout nouveau pour elle.

Abigaïl fouettée pour désobéissance

10

     J’étais dévorée d’appréhension en partant chez Nathaniel, le vendredi soir. Sa secrétaire m’avait appelée à la bibliothèque le mercredi précédent.

     - Monsieur West vous recevra vendredi soir à vingt heures, avait-elle déclaré. Sa voiture viendra vous chercher.

     C’était tout, pas d’autre précision, ni d’explication. Rien.

     J’étais un peu déçue – j’aimais assez nos dîners du vendredi soir. Partager un repas avec lui avant de gagner sa chambre était une transition en douceur vers le week-end. Peut-être était-ce le fruit de mon imagination, mais il me semblait qu’il les appréciait tout autant. Même si ce n’était que pour me taquiner. Me préparer à ce qu’il avait prévu pour le week-end. Bien sûr, je me doutais de ce qu’il avait en tête. J’avais utilisé le plug comme il m’en avait prié, et je me sentais prête.

     Cependant, j’avais la curieuse impression que quelque chose m’échappait. Il faisait nuit lorsque la voiture s’engagea dans l’allée. Apollon ne vint pas à ma rencontre et Nathaniel n’ouvrit pas la porte avant même que je me manifeste, comme il en avait l’habitude.

     J’actionnai la sonnette.

     La porte s’entrebâilla et Nathaniel me fit signe d’entrer.

     - Abigaïl.

     Je le saluai d’un signe de tête. Pourquoi nous attardions-nous dans l’entrée ? Et pour quelle raison me dévisageait-il ainsi ?

     - Avez-vous passé une bonne semaine ? Vous avez la permission de parler.

     - Oui, excellente.

     - Excellente ? répéta-t-il en fronçant les sourcils. Je ne crois pas que ce soit la réponse appropriée.

     Je repensai à la semaine écoulée en essayant de comprendre ce qu’il voulait dire.
Rien d’exceptionnel ne me vint à l’esprit. Le travail avait été comme à l’accoutumée. Félicia n’avait pas dérogé à ses habitudes, j’avais fait mon jogging, ce yoga ridicule, j’avais eu huit…

     Oh non.

     Oh non. Non. Noooon….

     - Abigaïl, avez-vous quelque chose à me dire ?

     - Je n’ai eu que sept heures de sommeil dimanche soir, murmurai-je, les yeux baissés.

     Bon sang, comment pouvait-il le savoir ?

     - Regardez-moi quand vous me parlez.

     Je levai le nez. Ses yeux lançaient des éclairs.

     - Je n’ai eu que sept heures de sommeil dimanche soir, répétai-je.

     Il avança d’un pas.

     - Sept heures ? Pensez-vous que je m’évertue à établir un programme pour votre bien-être par ennui, parce que je n’ai rien d’autre à faire ? Répondez-moi.

     La chaleur me monta aux joues. J’étais sûre que j’allais m’évanouir d’un moment à l’autre. C’était sans doute ce que j’avais de mieux à faire.

     - Non, maître.

     - J’avais des projets pour vous ce soir, Abigaïl. Des choses que je voulais vous montrer. Au lieu de quoi, nous allons passer la soirée dans ma chambre à vous punir.

     Il me considéra comme s’il attendait que je dise quelque chose. Je n’étais pas sûre d’en avoir le droit.

     - Je suis désolée de vous avoir déçu, maître.

     - Vous le serez encore plus lorsque j’en aurai fini avec vous. Direction ma chambre, et en vitesse, ordonna-t-il en indiquant l’escalier d’un geste.

     Je m’étais toujours demandé ce que pouvaient ressentir les condamnés avant leur exécution. Comment parvenaient-ils à mettre un pied devant l’autre ? Observaient-ils les rues ou les cellules où ils avaient séjourné en se rappelant les jours meilleurs ? Sentaient-ils les regards scrutateurs fixés sur eux à leur passage ?

     Je ne veux pas dire que j’étais dans ce cas. Évidemment non.

     On ne meurt qu’une fois. On ne ressent plus rien après.

     Moi, en revanche, j’allais boire le calice jusqu’à la lie.

     Je montai les marches conduisant à la chambre de Nathaniel, bien décidée à subir mon châtiment sans me plaindre. Il avait fixé les règles et je les avais acceptées. J’en avais enfreint une. Cela n’était pas sans conséquence. J’allais devoir en payer le prix.

     Je ne fus guère surprise de trouver le banc de flagellation au milieu de la pièce. J’inspirai à fond et me dévêtis. Puis je grimpai sur le banc en frissonnant et m’arc-boutai par-dessus.

     Mais où mettre mes mains ? Croisées sur ma poitrine ? Non, ce n’était pas ça. Les bras ballants ? La position était inconfortable. Au-dessus de la tête ? Non, c’était idiot.

     En entendant Nathaniel pénétrer dans la chambre, j’oubliai aussitôt ce problème épineux.

     J’avais envie de voir son visage et, en même temps, j’étais soulagée que ce soit impossible. J’avais conscience d’être nue, exposée à ses regards.

     Une main chaude m’effleura les fesses. Je sursautai. Ses doigts balayèrent la raie de mon cul et atterrirent entre mes jambes.

     - Il y a trois fessées différentes. La première est érotique. Elle sert à accroître le plaisir, à exciter. J’utilise la cravache par exemple.

     Ses caresses devinrent de plus en plus brutales et il me pinça fort.

     - La deuxième forme de fessée sert de châtiment. Vous ne ressentirez aucun plaisir. Son objectif est de vous rappeler les conséquences de votre faute. J’ai établi un règlement pour votre bien, Abigaïl. Combien d’heures de sommeil devez-vous avoir du dimanche au jeudi ?

     - Huit, répondis-je d’une voix blanche.

     Il ne pouvait pas tourner la page pour qu’on en finisse une bonne fois pour toutes ?

     - Exact, huit, pas sept. Apparemment vous l’avez oublié et un postérieur douloureux vous rafraîchira la mémoire à l’avenir.

     Il observa un silence. Le seul bruit que j’entendais était le rugissement de mon sang dans mon crâne.

     - La troisième forme de fessée est un simple échauffement avant la punition. Savez-vous pour quelle raison j’y ai recours ?

     Je n’avais jamais entendu parler d’une fessée d’échauffement. Mais je n’allais pas lui faire le plaisir de lui répondre.

     Il plaça un fouet de cuir près de ma tête. Là où je pouvais le voir.

     - Parce que vos jolies fesses ne supporteraient pas la fessée châtiment, la première fois.

     Je tentai désespérément de trouver à quoi me raccrocher sur le banc.

     - Vingt coups de fouet, Abigaïl. À moins que vous n’ayez quelque chose à me dire, ajouta-t-il après une pause.

     Il me provoquait pour que je prononce le mot secret. Quel toupet de penser que je le cracherais aussi facilement. Je m’efforçai de rester de marbre.

     - Très bien.

     Il commença de la main, une tape légère sans conséquence. J’en éprouvais presque du plaisir, en fait. Ce n’était pas pire que la cravache. Mais il s’acharna. Encore et encore. Cela commençait à devenir intolérable, mon corps se raidissait dans l’effort de rester immobile.

     Au bout d’un moment, cinq minutes peut-être, je me crispais pour anticiper les coups, la peur au ventre.

     Bon sang, ça faisait un mal de chien. Et dire qu’il n’avait même pas vraiment commencé. Les larmes me montèrent aux yeux. Combien de temps ce supplice allait-il durer ?

     Sa main s’abattait sur mon cul encore et encore. Sans arrêt. Et ce n’était que l’échauffement…
Il cessa et passa une main sur mes fesses comme pour me palper du bout des doigts. Puis il s’empara de la lanière de cuir posée près de ma tête.

     - Comptez, Abigaïl.

     Le fouet claqua dans l’air avant d’atterrir sur ma croupe meurtrie.

     - Aïe !

     - Pardon ?

     - Un, je veux dire un.

     Un nouveau coup.

     - Merde ! Euh… deux.

     - Surveillez votre langage. Et parlez plus fort.

     - Tr….trois.

     Le quatrième me fit si mal que je tendis les bras pour me protéger. Il s’interrompit pour me souffler à l’oreille.

     - Si vous recommencez, je vous attache et je rajoute dix coups pour la peine.

     Je croisai les bras sur ma poitrine.

     À onze, j’éclatai en sanglotais. À quinze, j’avais le souffle coupé. À dix-huit, je décidai que j’aurais désormais dix heures de sommeil. Chaque nuit. N’importe quoi, pourvu qu’il s’arrête.

     - Arrêtez de me supplier.

     Apparemment, j’avais parlé tout haut. Je me fichais de le supplier. Je lâchai un hoquet qui devait ressembler à dix-neuf.

     Encore un et ce serait terminé.

     - Combien d’heures de sommeil devez-vous avoir, Abigaïl ? Répondez.

     J’inspirai profondément. J’avalai ma morve et faillis m’étrangler.

     - Hu…hu…huit.

     Encore un dernier et ce serait fini.

     - V…vingt.

     Le silence qui régnait dans la pièce n’était troublé que par mes sanglots qui ressemblaient à des râles. Des tremblements incoercibles me secouèrent de la tête aux pieds. Comment allais-je descendre de mon perchoir ?

     - Allez vous débarbouiller, puis filez dans votre chambre, dit-il d’une voix égale. Vous avez du sommeil à rattraper.

Tara Sue Me, La soumise (2013), trad. éd. Marabout (Red Velvet), 2014.

4 Comments

  1. Wouww ! Ce recette la fait un effet terrible. Je cois que j’adore la froide colère exprimée ici. Les répliques cinglantes comme un coup de fouet. Ça me fait beaucoup d’effet (mais alors vraiment beaucoup). Et de bon matin, c’est assez appréciable 🙂

  2. Wouww ! Ce recit m’a fait un effet terrible. Je cois que j’adore la froide colère exprimée ici. Les répliques cinglantes comme un coup de fouet. Je trouve ça très excitant, presque plus que l’acte en lui-même…

  3. Je pense avoir lu tous les tomes de cette série. Les dialogues et les mises en situation sont plutôt bien fait. Les personnages très attachants. Pour ma part j’aime beaucoup l’anglais mais il n’apparait pas dans le 1.

  4. Merci de m’avoir fait découvrir cet auteur. J’ai pu trouver en PDF toutes la série, c’est vraiment trés bien écrit et ça se lit comme un roman d’aventure

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