Insupportable !

Insupportable !

Rendons d’abord à César ce qui est à César : ce récit est librement inspiré d’une anecdote narrée par L..

Adélaïde de Château-la-Foudre méritait bien son nom. Était-ce l’influence de son père depuis toujours en adulation devant elle ? Dès ses six ans Adélaïde était persuadée d’être la plus belle, la plus intelligente, la plus drôle. En public, elle devait être l’attraction principale, jusqu’à jalouser sans retenue celui ou celle (surtout celle) qui pourrait lui faire de l’ombre. Elle parlait fort, riait fort et voulait toujours avoir le dernier mot. Depuis 12 ans elle était mariée à Xavier, véritable roc gardant un calme olympien en toutes circonstances. On disait qu’il lui faisait beaucoup de bien. On aimait (malgré tout) Adélaïde, ses excès, ses défauts, car elle était généreuse avec ses amis et amies, ceux qui savaient lui passer son caractère.

Ce soir là, elle et Xavier dînaient au restaurant avec un couple d’ami, Béatrice et Julien. Les deux couples étaient assis l’un en face de l’autre, Xavier à gauche d’Adélaïde. Dans la salle, assez petite, trois autres tablées conversaient discrètement dans une ambiance feutrée. La conversation allait bon train et pour l’instant tout allait bien. Xavier surveillait toutefois Adelaïde du coin de l’œil. Elle venait de se resservir à boire.

« Attention Adélaïde, tu as commencé par du blanc, le mélange ne te réussit pas.

- Oh ça va, de quoi j’me mêle ? dit-elle en haussant les épaules. On parlait de quoi déjà ? Ah oui La la land. Vous avez aimez ? Moi j’ai adoré, surtout Ryan Gosling, il me fait fondre avec ses yeux bleus tristes. »

« Ça y est ! » se dit Xavier intérieurement, « rouge sur blanc : tout fout le camp. On est sur la pente dangereuse, elle parle de plus en plus fort, les autres clients du restaurant commencent à la remarquer. »

« J’aime bien Ryan Gosling mais je trouve Emma Watson un peu fade non ? poursuit Adélaïde.

- C’est Emma Stone, dit Béatrice.

- Meuh non elle s’appelle Watson. Élémentaire, ma chère. Ah ah ah !

- Je penche plutôt pour Emma Stone » dit Xavier.

Evidemment Adélaïde s’entête, pour elle c’est Emma Watson. Julien cherche sur son téléphone la réponse à la question.

« Désolé Adélaïde, Béatrice à raison. »

Avant qu’Adélaïde explique que l’encyclopédie numérique bien connue se trompe, Julien, sentant le danger, réussit à changer de sujet de conversation. On parle musique mais Adélaïde, un peu vexée de sa bourde de tout à l’heure, ne cesse de dénigrer toute opinion différente des siennes.

« De toute façon Xavier ne connaît rien après les années 80 !

- Mais pas du tout, j’aime beaucoup Stromaé par exemple. »

Adélaïde entonne alors un retentissant « FORMIDABLE ! TU ÉTAIS FORMIDABLE !! », le seul problème c’est qu’elle n’est pas tout à fait Callas ! Un client à une table à coté se retourne en poussant un soupir d’exaspération. La tension devient palpable.

« ET TOI TU ÉTAIS… » et se retournant vers Xavier : « FORT MINABLE».

« Adélaïde tu arrêtes tout de suite, tout le monde est gêné par tes pitreries.

- FOORT MINAAA… »

À ce moment Adélaïde est interrompue dans son numéro de radio crochet par Xavier qui, d’un geste sec et rapide, la prend par la taille et la couche sur ses genoux, autant que le permet l’espace assez restreint de cette table.

« QUAND – JE – DIS – QUE – TU – T’AR - RÊTES – TU T’AR – RÊTES ! » scande Xavier, chaque syllabe étant accompagnée d’une forte claque, dix en tout.

Adélaïde est tétanisée, tellement surprise qu’elle ne peut même pas réagir. Dans la salle c’est également la sidération, clients comme serveurs. Quand à Béatrice et Julien, ils ouvrent des yeux tout ronds, mais avec un léger sourire. Très surpris certes, mais pas vraiment choqués !

Le silence qui suit est interrompu par une voix féminine : « Vous savez que la fessée est interdite en France ! »

Puis une autre : « Mais seulement pour les enfants, pas pour les grandes filles ! Hi hi ! »

Le ton est enjoué, la salle se range plutôt du coté du mari justicier que de l’épouse châtiée. Adélaïde veut se relever mais elle est maintenue fermement par Xavier qui à ce moment pense à la vitesse de l’éclair. Va t-il aller jusqu’au bout, quitte à créer un scandale encore plus grand ? En d’autres termes : déculottée or not ?

« Noooon, pas ça ! »

Xavier n’écoute pas le cri d’Adélaïde. D’ailleurs il n’écoute personne, il ne sait plus où il habite, il a franchi le Rubicon, il vient de trousser la jupe d’Adélaïde et de lui baisser sa culotte, celle avec deux jolies nœud sur chaque coté. Les longues jambes d’Adélaïde sont gainées par des bas nylons attachés par trois jarretelles chacune, les jambes d’Adélaïde sont une œuvre d’art. Mais pour l’instant Julien s’occupe des fesses, à grand renfort de claques sur le postérieur nu d’Adélaïde. Il s’est un peu écarté de la table pour être plus à son aise, la chaise est parallèle à la table et Adélaïde est couchée en travers, bien en vue d’une partie des autres clients.

Toute la scène n’a duré que deux minutes environ. Xavier s’arrête, Adélaïde se rassoit. Il règne un lourd silence dans la salle. À la table d’à coté un homme dit : « Ouf, ça fait du bien, on peut s’entendre maintenant. » Quelques rires fusent ici et là. Adélaïde déglutit, rouge de honte jusqu’aux oreilles !  

Puis Xavier dit d’une voix froide : « Adélaïde, fais tes excuses. »

Elle ne peut rien dire.

« Adélaïde, fais tes excuses à nos amis qui n’ont pas à supporter ce genre de scène. »

D’une voix hésitante, elle commence : « Julien, Béatrice, je vous prie de m’excuser pour mon comportement inadmissible, Xavier je te demande pardon d’abuser ainsi de ton extraordinaire patience. »

Puis se levant et se tournant l’assemblée comme à un public : « et vous qui vouliez passer une soirée agréable… »

Elle s’interrompt très émue.

« Je suis sincèrement désolé de vous avoir infligé un tel spectacle. »

Quand les quatre amis sortent du restaurant, Adélaïde ne regarde personne, encore incrédule de la scène qu’elle vient de vivre. Tous les quatre marchent en silence dans les rues nocturnes de la capitale.
Comment est-ce possible ?

« J’ai été fessée cul nu en public ! Je devrais être morte de honte et je suis là devant tout ceux qui m’ont vu humiliée de la sorte ! Pourtant, en y réfléchissant bien, moi qui veux être toujours le centre d’attraction de la soirée je suis servie ! »

En pensant à cela, elle ne peut s’empêcher de sourire, ce qui n’échappe pas à Xavier.

« À quoi tu penses Adélaïde ?

- Je pense qu’il n’est pas donné à tout le monde de recevoir une fessée déculottée en public à 37 ans. En fait c’est moi la reine de la soirée ! Et en plus il y avait des touristes chinois, qu’est-ce qu’il vont raconter sur les français à leur retour !

- Adélaïde tu es incorrigible. »

11 Comments

  1. J’ai adoré! Très agréable à lire. Bravo!

  2. Je viens de m’apercevoir que j’avais attribué ce récit au mauvais Bertrand. C’est modifié.

  3. Superbe, léger et très prenant
    Bravo !

  4. Très sympa !

  5. Cela m’est déjà arrivé de me retrouver sur les genoux de mon fiancé lors d’un repas de famille. Je lui avais parlé sur un ton qui lui avait déplu alors… en deux temps, trois mouvements, j’ai atterri sur ses genoux ! Je n’ai pas été déculottée (heureusement !) et tout le monde a plutôt prit ça à la rigolade, mais c’est un moment honteux dont je me souviendrais toute ma vie !!
    Je suis donc pleine de compassion pour Adélaïde !!

    • Little princess : Je comprends qu’ayant vécu les mêmes tourments qu’Adélaïde (sans la déculottée quand même, ça fait une différence) vous ayez de la compassion. mais avouez qu’elle l’a mérité cette fessée. Lorsque cela vous est arrivé étiez vous aussi insupportable qu’elle?

  6. C’est une histoire vraie très bien écrite. Et je dois dire que Julien a fait preuve de son autorité avec maeistria. J’aurais fait la même chose, et accompagnée d’un sermon gratiné.

    • Ce qu’il me semble en effet cher Hans, chanter à tue-tête du Stromae dans un restaurant, quand même! (et merci à Succube, Alix et Anniza pour leurs encouragements)

  7. @littleprincess Mon dieu, la honte xD

    Très joli récit @bertrand, situation extrêmement humiliante, néanmoins… Je n’ose même pas m’imaginer à la place de cette jeune fille.

  8. oui elle a mis longtemps à s’en remettre, mais on ne meurt pas d’une bonne fessée!

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