Fessée pour la jeune comtesse

Fessée pour la jeune comtesse

Clotilde était mariée depuis déjà plusieurs mois avec Charles de Neuville. Elle avait cédé à ses parents, qui souhaitaient un « bon mariage » pour leur fille, et qui ne comprenaient pas les attentes de la nouvelle génération qui plaçait dans ces unions l'amour au premier plan. Charles avait hérité du comté de son père, de son titre et de son domaine, et y habitait avec sa mère, une femme âgée, revêche et hautaine. Clotilde avait appris à apprécier celui qu'elle appelait in petto son « vieux mari ». Il était plutôt gentil, attentionné, et elle le trouvait intelligent. Il s'était toujours montré doux et tendre. Toutefois, elle se méfiait de sa belle-mère, sèche et désobligeante. Elle avait beau être patiente et respectueuse, souriante, rien n'y faisait. Elle avait l'impression que jamais elle ne serait acceptée. Alors, le temps passant, elle avait nourri à l'égard de cette femme froide et arrogante une rancœur tenace et une irritation croissante. Il lui était de plus en plus difficile de la supporter et de masquer cet agacement.

Un jour, Clotilde entendit le bruit d'une discussion qui filtrait à travers une porte. Elle ne put s'empêcher de s'approcher et de tendre l'oreille pour écouter la conversation. Un peu anxieuse à l'idée qu'on la surprenne, elle restait sur ses gardes.

« Je ne comprends pas pourquoi vous vous obstinez dans cette voie. Il me semble logique que vous agissiez en conséquence au plus vite! Vous êtes beaucoup trop sensible mon fils, cela en devient lassant. Nous avons déjà eu cette conversation. »

La voix était comme à son habitude, autoritaire, ne souffrant aucune réplique. Clotilde ne put entendre la réponse de son mari. Des pas retentir dans sa direction et elle se redressa brusquement. Un valet de pied venait de passer dans le grand salon attenant. Ne voulant pas être surprise dans cette position embarrassante, trop angoissée pour réfléchir, elle ouvrit la porte et entra dans la pièce afin de ne pas attirer de soupçon.

« Et bien ma chère, nous parlions justement de vous ! » l'interpella sa belle-mère.

La remarque fut accompagnée d'un regard réprobateur sur sa tenue. Comme à chaque fois, Clotilde se sentait jugée et évaluée dans chacun de ces gestes, de ses regards, de ses sourires.

« Comment vous portez-vous, Maman ? »

Elle s'empêcha de grimacer en prononçant le dernier mot. Cela lui coûtait, vraiment, de cohabiter avec celle qu'elle considérait comme une vieille chouette aigrie et qu'elle devait en plus traiter comme sa propre mère. Sans écouter la réponse désagréable de la vieille dame, elle attira l'attention de son époux :

« Je souhaiterais vous demander quelque chose. »

Elle regarda son mari et sa belle-mère, attendant que celle-ci sorte afin qu'elle puisse évoquer certains sujets en toute discrétion.

« Ne faites donc pas attention à moi, je m'installe dans ce fauteuil. Mes jambes me font souffrir, et comme je dois parcourir un véritable chemin de croix pour pouvoir saluer mon fils et ma bru... »

Cette remarque s'adressait au jeune couple, et plus précisément à Clotilde. La mère de Charles avait demandé à s'installer au sein même de la demeure, alors qu'elle avait toujours habité un petit cottage situé à quelques centaines de mètres, donnant sur le parc, dans l'enceinte du domaine. Mais pour une fois, son fils n'avait pas cédé. Il pensait – à juste titre – que sa mère, qui avait dirigé le domaine d'une main de fer pendant toutes ces années, ne laisserait pas sa place à son épouse. Celle-ci héritait après le mariage de ses fonctions et devenait la nouvelle maîtresse de maison. Charles avait alors clos le débat en rappelant que les traditions familiales justifiaient qu'il en soit ainsi. Devant cet argument de poids, sa mère n'avait rien trouvé à dire. Elle qui invoquait sans cesse la nécessité de maintenir et respecter ces traditions (officiellement pour conserver l'ordre moral, officieusement pour mener son petit monde), elle se retrouvait prise à son propre piège.

« Je voudrais que nous reparlions de l'organisation de la maison, demanda Clotilde.

- Et bien, faites comme vous le souhaitez Chérie, vous êtes maintenant la maîtresse des lieux. Ne vous en faites pas, je suis certain que vous vous en sortirez parfaitement.

- Hummm. On aura tout entendu, décidément ! » ajouta la comtesse douairière d'un ton parfaitement sarcastique.

C'est une habitude qu'elle avait prise depuis l'arrivée de Clotilde au domaine, et qui exaspérait cette dernière au plus haut point. Chaque fois qu'une discussion avait lieu entre les deux époux, la vieille dame s'y invitait et participait indirectement à la conversation. Elle marmonnait, lançait des remarques acides, tout en vaquant à ses occupations, l'air de rien. Clotilde devait alors faire semblant de ne rien avoir entendu, et continuer sa conversation avec Charles comme si de rien n'était.

« Et bien, pour la grande réunion de famille, je me demandais si nous ne pourrions pas organiser un bal, après le dîner ? »

Un petit ricanement se fit entendre.

« N'importe quoi. Un bal ! Cela ne se fait pas chez les gens convenables. Il est évident que si cette petite entend gérer le domaine de cette manière, nous n'aurons bientôt plus qu'à accrocher des lanternes rouges à la porte !

- Maman, n'avez-vous pas l'impression d'exagérer un petit peu ? répondit Charles d'une voix douce. De plus en plus de gens organisent des bals ; il est normal d'avoir envie de s'amuser. Je suis sûr que cela pourrait plaire également dans notre famille. »

La vielle dame haussa les épaules et secoua la tête.

« De mon temps, les jeunes gens savaient se tenir. Enfin, si vous aviez un peu de bon sens ma chère Clotilde, vous demanderiez mon avis. Je pourrais très bien me charger de cette réception et éviter un désastre. »

Cette fois-ci, le sang de Clotilde ne fit qu'un tour.

« Justement, je m'en passerais bien, de votre avis de vieille bigote aigrie ! Je vous déteste et je ne demanderez votre aide pour rien au monde, plutôt mourir ! »

Elle se rendit compte trop tard de ces paroles. Elle se mordit les lèvres et rougit violemment.

« Vous avez entendu Charles ? L'illustration parfaite de ce que je vous disais tout à l'heure ! A force de ne jamais la corriger, voilà ce qui arrive. Votre femme est totalement ingérable ! Non seulement elle vous manque de respect au quotidien – mais, à la rigueur, ce n'est que votre honneur qui est en jeu – mais elle insulte votre propre mère ! Moi qui ai toujours été si bonne, et qui lui proposais mon aide il y a quelques minutes à peine. Quelle insolence ! C'est une honte. J'espère que vous ne laisserez pas passer cela, mon fils ! »

Charles resta silencieux quelques secondes. D'un côté, il comprenait que Clotilde puisse en avoir assez des réflexions quotidiennes. De l'autre, son comportement était inacceptable, et il s'inscrivait dans une accumulation d'insolence et de désobéissance. Elle s'était montrée particulièrement rétive ces dernières semaines. C'était justement l'objet de sa conversation avec sa mère avant que Clotilde n'entre. Il décida qu'il était temps d'agir et de prendre les choses en main ; il ne supportait plus les remarques de sa mère sur sa prétendue sensiblerie et son incapacité à se faire obéir de son épouse. Il interpella Clotilde d'un ton autoritaire qu'elle ne lui avait jamais entendu :

« Montez dans votre chambre. Tout de suite. Je pense qu'il est temps que nous ayons une petite discussion sur certaines des obligations inhérentes au mariage. Ensuite, vous présenterez vos excuses à Maman. »

Clotilde regardait son mari, et restait interdite. Elle se rendait bien compte qu'elle était en mauvaise posture, mais n'était pas certaine de comprendre ce qui allait se passer par la suite. Charles était gentil, tendre, affectueux. Elle ne l'imaginait pas une seconde la punir. La remarque de sa belle-mère la fit sortir de sa torpeur :

« Et bien, dépêchez-vous Clotilde. Vous n'avez pas entendu ? Mon fils vous demande de monter dans votre chambre. A moins que vous préfériez me faire vos excuses maintenant ? »

Devant son air triomphant et goguenard, la jeune femme rougit encore plus. Elle serra les dents pour ne pas lui envoyer une réplique cinglante au visage. Elle bouillonnait intérieurement.

La comtesse poursuivit :

« Vous devriez vous estimer heureuse, parce que cela fait déjà bien longtemps que vous méritez une bonne correction, ma petite ! Mon fils me dit tout, vous savez, rien ne remplace la sagesse d'une mère. Et je peux vous assurer que beaucoup vous aurez donné une fessée ici même, et pas dans l'intimité de votre... »

Elle ne put terminer sa phrase, car Clotilde, furieuse, avait attrapé un des précieux vase que la marâtre avait ramené d'un voyage en Asie avec son feu mari, et lui avait lancé à la figure. Heureusement, aveuglée par sa colère, le vase avait atterri par terre en éclat, mais n'avait blessé personne.

« Chérie, cela suffit maintenant ! Vous avez dépassé les bornes ; votre comportement est inconcevable. Je ne voulais pas m'y résoudre, mais cette fois, je ne me laisserais pas attendrir. »

Il attrapa fermement Clotilde par le bras et se dirigea vers un fauteuil, près de celui où était assise sa mère. A mesure qu'il s'installait, il marmonnait, pour lui plus que pour une de ses interlocutrices :

« Maman avait raison ; j'ai manqué de fermeté. Mais c'est terminé, je ne me laisserais plus faire.

- Charles, lâchez moi, je vous en prie. Je suis désolée, j'ai perdu mon sang froid, l'implora Clotilde qui était à présent allongée sur les genoux de son mari, et solidement maintenue. Que faites vous chéri, arrêtez, s'il vous plaît ! »

Maintenant il ne restait plus beaucoup de doute quant à l'issue de la situation. Clotilde ne savait plus que dire ni comment apitoyer son mari, qui semblait fermement résolu à la punir.

« Chérie, je vais faire ce que j'aurais du faire il y a bien longtemps. Je vais vous donner une bonne fessée. Cela me semble être le châtiment minimum pour vos agissements ! »

Joignant le geste à la parole, Charles commença la correction sur les fesses dénudées et bien exposées de son épouse. Celle-ci pleurait de rage et de honte d'être ainsi traitée devant sa belle-mère, ses jupes troussées laissant libre cours à la punition qu'elle recevait. Et pour une première fessée, son mari ne lui fit pas de cadeau. Les claques tombaient, sèches, dures, et imprimaient une marque rouge sur la peau blanche. Au fur et à mesure que la peau devenait uniformément rouge, la main laissait, juste après chaque claque, une empreinte blanche de quelques secondes sur le derrière cramoisi. Les sanglots changèrent de tonalité, et exprimèrent cette fois une réelle douleur et reddition. La jeune femme implora de nouveau, promis de ne plus jamais recommencer, d'être une épouse exemplaire.
La comtesse douairière, qui, une fois n'est pas coutume, s'était faite silencieuse, ajouta son grain de sel :

« Ne soyez pas stupide, mon fils. N'écoutez pas ces simagrées. Voyez où votre manque d'autorité vous a mené ! »

Le comte, qui avait été agacé par les remarques de sa mère sur la façon dont il s'occupait de son épouse, était particulièrement en colère contre elle. En se conduisant de la sorte, elle avait, malgré elle, donné raison à la vieille dame. Il lui était particulièrement insupportable de se voir taxer de lâche et de laxiste. La paume de sa main lui faisait mal, mais il fut revigoré par cette pensée et continua à corriger son épouse pendant des minutes qui parurent interminables à l'intéressée. Quand, enfin, il s'arrêta, le visage de Clotilde était baigné de larmes.

Alors, sans plus de cérémonie et de manière totalement inattendue, la vieille comtesse se leva. Arborant un air satisfait, elle lança aux deux époux interloqués :

« Bien, je vais rentrer chez moi. Je ne voudrais pas avoir l'air de me mêler d'affaires qui ne me concernent pas. »

By Alix

12 Comments

  1. Délicieux Alix 🙂

  2. Merci Lunapower! Contente que cela vous plaise

  3. C’est très bien… Mais je ne peux m’empêcher de plaindre la pauvre Clotilde, c’est la belle-mère qui mériterait une vigoureuse fessée!
    Clotilde va t-elle changer ses sentiments à l’égard de son mari depuis que celui-ci a retrouvé son autorité?

  4. Je suis tout à fait d’accord avec Bertrand, c’est la belle mère qui aurait du se retrouver allongée sur les genoux de sa bru et aurait du se faire rougir les fesses pour lui apprendre à ne pas se mêler des affaires de leur couple

  5. Mais peut-être allons nous trop vite en besogne. @alix nous révèlera peut-être que la Comtesse douairière fut fouettée d’importance dans une suite à venir !

  6. Pourvu que PaulParis ait raison!

  7. Bravo pour ce récit mademoiselle @alix! Même si je suis un peu d’accord avec Bertrand, je le trouve très agréable à lire, bien écrit… et on imagine très bien le contexte! Contrairement à Paulparis je ne veux pas que la comtesse douairière soit fouettée à son tour… j’imagine dans ce rôle l’actrice Maggie Smith qui joue également un rôle de comtesse douairière ‘pince sans rire’ de façon remarquable dans la série Downtown Abbey… 😊

  8. @liberty Vous pourriez alors prendre sa place sous le fouet ….

  9. Bonsoir Liberty! J’adore la série Downton Abbey et j’avoue que le personnage m’a beaucoup inspiré !

  10. Moi aussi j’aime beaucoup, j’ai dévoré la série entière l’été dernier… 😉

  11. Haha quelle mégère cette comtesse. Très beau récit magnifiquement écrit. J’adore la conclusion😊. Merci pour ce récit Alix

  12. Quel joli texte ! Je m’y suis vue…

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