Rebell (Hugues) • Le fouet à Londres

Rebell (Hugues) • Le fouet à Londres

C'est en 1905 qu'un dénommé Jean de Villiot, pseudonyme de Hughes Rebell, donna ce Fouet à Londres à l’éditeur Charles Carrington. Ce roman délicieusement pervers conte les aventures galantes d’un colonel de l’armée des Indes, "don juan de la flagellation". Dans le salon très mondain de Lady Helling, toute la gentry écoute le sulfureux colonel Boldman exposer avec complaisance ses théories et pratiques quant à l’usage de la fessée et du fouet appliqué à l’éducation des jeunes filles. A l’écart, l’hôtesse se prend à rêver de l’époque où le jeune et trop pauvre lieutenant Boldman ne pouvait prétendre l’épouser, elle, la richissime héritière des Robson. Quelque temps plus tard, le bel officier révèlera à la très vertueuse lady sa véritable nature…

Troisième partie, chapitre 2 - Une leçon    

    [...] Enfin la présence du colonel allait jeter un peu de gaîté dans la maison.

    Ce fut une vraie fête que le jour de son arrivée. Tous les amis accoururent lui souhaiter la bienvenue. Il s'aperçut, dès l'abord, de la tristesse et du changement du jeune pasteur, remettant au lendemain de lui en parler, de lui conseiller de se soigner ou de se distraire.

    Le colonel menait militairement toutes choses, fût-ce une délicate confidence. « Agir »... telle était sa devise. A tous maux il y avait un remède, disait-il, et il professait le plus franc mépris à l'égard des gens qui prenaient les événements en patience.

    Dès le lendemain, lorsque Daniel arriva, le colonel se trouvait en train de lire sa correspondance sur la terrasse. Il était certes brillant, le colonel arrivant de mener à Paris la vie à toutes guides, et ne s'étant reposé le soir même de son arrivée que pour prouver à Jenny que l'absence, fût-elle en pays étranger, ne pouvait l'éloigner de son cœur.

    Il avait commencé la séance à minuit, par une belle et bonne, par une classique fessée que sa charmante hôtesse avait voluptueusement appréciée, car chaque coup de fouet était le prélude d'une jouissance dont elle avait été sevrée quelque temps, ne voulant pas, après tout, risquer à la légère des événements qui, pouvant être pris au hasard, avaient risque d'entraîner des ennuis, encore plus grands que le plaisir. Aussi, après ces jours de jeûne, la belle veuve s'était-elle montrée au colonel dans les dispositions les plus favorables, et l'avait-elle accueilli comme il aimait à l'être, lui, le chéri de toutes les femmes.

    Tout occupé à dépouiller son courrier, le colonel ne vit Daniel que lorsqu'il était près de lui. Après une affectueuse poignée de main, les deux hommes devisèrent gaîment sur les faits du jour, puis le colonel, prenant le jeune homme par l'épaule, en se dirigeant par les allées du parc, lui fit l'observation du changement physique et moral qu'il avait, avec peine, observé en lui.

    Daniel commença par hésiter, par attribuer ses fatigues intenses au métier : la paroisse était très peuplée, il y avait de nombreuses obligations en dehors du service, etc.

    Le colonel tenait bon, il insista.

    « Après tout, se dit le jeune homme, le colonel est un homme sûr, un ami dont j'ai maintes fois mis la bienveillance à l'épreuve. Qui sait si son expérience de la vie et la sollicitude qu'il semble me montrer à cette heure pénible ne pourront pas me venir en aide ? »

    Et, comme un enfant qui longtemps a gardé un secret et s'en délivre en le confiant au cœur de sa mère, Daniel Gowerson, tout d'un élan, dégoisa à son ami l'histoire de ses amours avec Ethel, sa tendresse à lui, inébranlable, ses efforts pour satisfaire les désirs de la jeune femme qu'il sentait chaque jour lui échapper davantage.

    Le colonel l'écoutait, sans l'interrompre. Quand il eut terminé :

    – Daniel, mon ami, vous n'avez pas su comprendre les femmes, voilà tout. Ce qu'elles veulent, c'est un amant qui les dompte, qui soit leur maître, et non pas un amant qui soit leur esclave et qui soupire à leurs pieds. Tout cela ne vaut rien avec elles. Si vous perdez celle-là, descendez en vous-même et demandez-vous bien si vous n'en avez jamais encore perdu d'autres par les mêmes agissements.

    Être aimé d'une femme, mon cher, c'est être redouté d'elle. Il faut, dès l'abord, la traiter en conséquence et, je le répète, la dompter. Une femme est-elle sûre de votre unique amour, à quoi bon dès lors se mettre en frais pour vous, pour vous qui êtes son bien, sa propriété ? Elle se sait reine et maîtresse, plus de craintes, plus d'émotions, dès lors l'ennui. Il faut, en amour, que l'un ou l'autre soit le maître, ce dernier rôle est fait pour vous.

    Puis, après quelques pas et un silence, il continua :

    – Tenez, un bon conseil, mon cher ami. Surprenez Ethel par le changement de votre attitude, elle vous reviendra. Prenez un stick, une cravache quelconque, entrez dans sa chambre et, sans crier gare, relevez les jupes de la belle et allez-y d'une fessée, d'une fessée sans pitié, sans trêve ni répit, d'une fessée exemplaire, jusqu'à ce que la chair soit zébrée de vos coups de cravache.

    Le pasteur resta abasourdi devant une semblable révélation. Quoi, l'amour voulait de semblables traitements ?

    – Parfaitement, essayez, vous m'en direz des nouvelles.
Eh bien, soit. Il se fiait entièrement à l'expérience de son guide, il agirait.

    Il dit au colonel toute sa reconnaissance de l'aider ainsi à retrouver son bonheur égaré, et, plein d'espoir, impatient de mettre à profit la leçon bienfaisante, il le quitta, lui promettant de le tenir désormais au courant de toutes choses.

1 Comment

  1. La célèbre discipline anglaise n’est pas un mythe ! Mais les fessées aristocratiques dans l’Italie du Mezzogiorno, je peux en témoigner, n’ont point épargnées les fesses de ma soeur, qui regrette sans doute son manque d’application à étudier ses cours de catéchisme.

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